LA ROYAUTF, ET LA NOBLESSE
querelles politiques, rendaient un conflit inévitable. Maximilien et Rodolphe s'étaient contentés d'user de la puissance que leur avait léguée leur prédécesseur, sans penser à la développer : or tout pouvoir qui ne se fortifie pas, s'énerve. Le fondateur de la monarchie avait interprété la constitution à son profit plutôt qu'il ne l'avait révisée; ses successeurs n'avaient réglé aucun des points en litige ni effacé de la charte aucun des articles douteux. Les capitulations, équivoques et obscures, permettaient toutes les revendications féodales et semblaient avoir été rédigées de manière à entretenir les espérances les plus hardies. Les organes de gouvernement créés par P'erdinand, le Tribunal d'appel, la Chambre aulique, etc., n'avaient pas cessé d'exister, et leur action s'était peu à peu étendue: mais, comme leurs attributions n'étaient ni régulièrement déterminées ni officiellement reconnues, leur intervention constituait une sorte d'usurpation permanente et provoquait plus de rancunes qu'elle ne fortifiait vraiment l'autorité monarchique. Les grands fonctionnaires, bien qu'ils fussent en général les instruments dociles de la volonté ro3'ale, n'en étaient pas moins, par leur naissance et en partie par leur origine, les représentants de l'aristocratie, et il était naturel que celle-ci cherchât à les ramener au rôle dont ils s'étaient peu à peu écartés par faiblesse ou par ambition et à transformer de nouveau ces serviteurs du souverain en surveillants délégués auprès de lui par la diète. En somme, aucun droit n'était fixé; aucune prétention, inconstitutionnelle.
Le résultat réel du règne des Habsbourgs en Bohême avait été moins de modifier l'ordre politique que de le figer. Depuis un siècle, aucun progrès ne s'était accompli et les changements que sans cela auraient nécessairement amenés le temps et la marche des événements, avaient été absolument impossibles. Cette immobilité entraînait pour la royauté des avantages qui n'étaient pas sans contre-partie. Les diètes, dans lesquelles les villes étaient annulées, tumultueuses et flottantes, étaient d'ordinaire faciles à intimider et à conduire : mais, dès que le pouvoir faiblissait,