GUILLAUME DE KOUI'A 5 I
tilleux n'avait pas les délicatesses et les timidités d'un BoLidovets ou les clairvoyantes inquiétudes d'un Ziérotyn. Défenseur impatient de la liberté religieuse, il n'avait ni Fàme très pieuse ni le cœur très haut : à ce point de vue, il était le meilleur chef qui convînt à une révolte oligarchique où les intérêts matériels se confondaient trop étroitenient avec les passions sincères et quelquefois les étouffaient. Sa foi, comme sa patrie, il avait assez de hardiesse pour risquer sa vie pour elles, mais il ne les chérissait pas de cette tendresse pleine de sollicitude qui redoute les hasards et tremble devant les pensées extrêmes. Pas très riche et fort ambitieux, très avide de bruit et ne croyant pas payer trop cher la renommée par de grandes responsabilités, à une époque où les caractères étaient médiocres, la hardiesse avec laquelle il se mettait en avant, sans le rendre populaire, lui avait valu une grande notoriété, et dans un pays où les qualités et les vertus militaires étaient lamentablement déchues, le souvenir de quelques campagnes de Hongrie et sa facilité à accepter le commandement l'avaient promu général. Malheureusement Tévénement prouva qu'il était aussi médiocre stratégiste que politique aventureux, et l'histoire ne saurait qu'être sévère pour l'homme qui, après avoir brigué une si lourde tâche, y fut si tristement inférieur.
A côté de Thurn, que l'on désignait déjà comme le chef militaire de la révolution, la direction politique, à défaut de Boudovets, qui ne joua dans les événements qu'un rôle un peu effacé, devait revenir à Guillaume de Roupa. Parlant et écrivant plusieurs langues avec une rare perfection, il était tout désigné pour la conduite des négociations avec les peuples voisins. Les fonctions qu'il avait remplies auparavant avec une certaine distinction lui avaient permis d'acquérir de sérieuses connaissances administratives. D'ailleurs, pas plus que Thurn, ce n'était un homme remarquable, et, s'il ne reculait pas devant un acte dangereux, son courage n'était pas à l'abri de soudaines défaillances : on l'avait vu en 1617, lorsque, après avoir soutenu la thèse de l'élection du roi, il n'avait pas osé refuser sa voix à Ferdinand.
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Depuis plusieurs années, Thurn, Roupa, Boudovets et leurs complices préparaient une insurrection, et étaient en relations avec les Protestants étrangers. En 1612, Thurn disait à un agent saxon que les États, toujours trompés et menacés, n'attendaient que d'être mordus pour se débarrasser d'un maître détesté. Un envoyé de l't^lecteur de Saxe écrivait que l'idée d'élire roi Jacques I"-' faisait son chemin ; le roi d'Angleterre, qui avait repris assez maladroitement le rôle de Henri IV à la tête du parti protestant, ne convoitait pas cependant la couronne de Bohême, mais patronnait chaudement alors la candidature de l'Electeur palatin. Les représentants des puissances catholiques étaient au courant de ces menées, et Zuniga prévenait la cour de Madrid que les Tchèques et les Hongrois songeaient à se séparer de la maison d'Autriche. Roupa était en commerce d'amitié avec l'Électeur palatin, Frédéric V. La nomination de Ferdinand avait détruit les derniers scrupules des meneurs, et l'attitude des ministres leur avait préparé de nombreux adhérents. Ils n'attendaient plus qu'un prétexte retentissant : dans l'état du pays et au milieu des passions surchauffées, ils étaient sûrs de ne pas languir longtemps.
Un des points les plus controversés de la Lettre de Majesté était la situation des dissidents sur les domaines ecclésiastiques. La charte de 1609 reconnaissait aux nobles et aux habitants des villes royales le droit de se construire des temples; le traité signé entre les Protestants et les Catholiques, qui formait comme une annexe de la Lettre de Majesté et qui, inséré dans les Tables du pays, avait force de loi, avait stipulé le même droit pour les habitants des domaines royaux; dans les négociations préalables, les Évangélistes avaient ajouté qu'ils entendaient aussi sous le nom de domaines royaux les biens ecclésiastiques, qui, suivant les usages du pays, étaient considérés comme relevant directement de la Couronne '. L'intention des Protestants n'était pas douteuse