ÉLECTION DE FRÉDÉRIC V
aucun cas l'Eglise n'aurait à soutYrir quelque dommage. Nous possédons un mémoire adressé par Ferdinand à la cour de Madrid : il faut profiter de l'insurrection, disait-il, comme d'une occasion excellente pour affranchir l'F^mpereur de l'esclavage dans lequel il était tenu jusqu'alors, écraser toute résistance par la force des armes, et rétablir en Bohême l'autorité du prince si gravement compromise par les concessions précédentes.
Le conflit était donc inexpiable, et les seigneurs tchèques étaient dans la logique de la situation en écoutant avec une extrême froideur les propositions de négociation qui leur vinrent de Vienne. Après la mort de Mathias (1619), ils ne voulurent pas reconnaître comme roi Ferdinand, et quelques mois plus tard, l'Electeur palatin, Frédéric V, fut élu roi de Bohême. Malheureusement, les insurgés n'eurent pas une vue assez claire de l'importance décisive de la lutte qu'ils engageaient, ou plutôt, victimes de fautes séculaires et d'une politique désastreuse, après avoir ouvert le combat avec une criminelle imprévoyance, ils montrèrent aie soutenir aussi peu d'habileté que de dévouement et d'énergie. Depuis un siècle et demi, leurs efforts continus avaient tendu à Torganisation d'une oligarchie exclusive et étroite, et leur succès même les avait isolés du reste de la nation, en même temps qu'il avait desséché leur cœur et obscurci leur conscience ; le jour de la punition était arrivé : à l'heure du combat, ils restèrent seuls, sans alliés, et ils n'apportèrent eux-mêmes il la défense de la patrie que des préoccupations étroites et des vues mesquines.
L'égoïsme n'abaisse pas seulement lésâmes, il altère l'intelligence; les chefs protestants s'étaient habitués, pendant les longues querelles précédentes, à confondre la politique avec l'intrigue. Au moment des résolutions suprêmes, personne parmi eux n'eut lautorité suffisante pour imprimer au mouvement l'unité indispensable, et aucun n'avait songé à s'enquérir des chances qu'offrait à leur tentative la situation de l'Europe à ce moment. Avec quel relief apparaissent leur ignorance et leur légèreté, si Ton réliéchit aux
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lents et patients efforts de Henri IV et de Richelieu, quand ils songèrent à attaquer la maison d'Autriche! Il était bien évident que les Habsbourgs ne renonceraient pas à la Bohême sans un effort désespéré, et la question de savoir si la majorité dans le Corps électoral allemand passerait des Catholiques aux Protestants était assez grave pour que F Europe entière n'assistât pas indifférente aux événements de Prague. Thurn et ses amis avaient-ils sondé le terrain, avaient-ils prévu les conséquences de leur acte et l'accueil que recevrait au dehors la révolution?
Un simple regard jeté autour d'eux les aurait avertis que l'heure était mal choisie et convaincus des périls dans lesquels leur coup de tète lançait leur patrie. En France, la politique de Henri IV avait été complètement renversée par ses médiocres successeurs, et la neutralité des ministres de Louis XIII fut, après quelques oscillations, nettement bienveillante à Ferdinand ; leur médiation s'exerça exclusivement en faveur des Habsbourgs : les ambassadeurs français décidèrent l'Union Evangélique à signer avec la Ligue catholique le traité d'Ulm, et cette défection de l'Union permit au duc de Bavière, Maximilien, de conduire en Bohême l'armée qui écrasa la révolte. — Jacques F' d'Angleterre se flattait d'avoir remplacé Henri IV à la tète du parti protestant européen, et il n'aurait eu pour cela qu'à reprendre les traditions d'Elisabeth. Les Tchèques tablaient sur son appui : l'opinion publique anglaise se prononçait passionnément pour eux, et le roi n'abandonnerait pas son gendre et sa fille. — Mais on ne fait pas de la politique avec des suppositions et des vraisemblances. Avaient-ils le droit d'ignorer, ces chefs dont l'infatuation assumait de si lourdes responsabilités, la médiocrité de Jacques F' et ses pensées de derrière la tête? Très féru des idées absolutistes, le roi d'Angleterre fut froissé de l'insolence des hommes qui osaient mettre en question l'autorité souveraine d'un monarque, plus que touché des dangers que l'écrasement des Tchèques créait au Protestantisme ; une guerre l'eût forcé à solliciter les subsides de son Parlement, et comment
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aurait-il songé scricuseincnt à rompre avec l'Espagne, alors qu'il négociait le mariage de son fils avec une infante? Il voulut justifier le titre de Pacifîcus dont il se parait, et tous ses secours se bornèrent aux pieuses exhortations dont il inonda les Tchèques.
L'attitude de la France et de l'Angleterre déterminèrent la conduite de plus d'un État secondaire. — Le duc de Savoie, après avoir envoyé quelques secours aux révoltés et brigué même un moment la couronne, revint en arrière dès qu'il s'aperçut que Louis XIII ne le soutiendrait pas, et olVrit son alliance à Ferdinand. Les Hollandais fournirent quelques subsides; mais la lutte ardente des Arminiens et des Gomaristes, où les rivalités politiques se compliquaient de passions religieuses, paralysait leurs forces; et d'ailleurs, du moment que la France n'attaquait pas l'Espagne, la prudence la plus élémentaire leur ordonnait de réserver leurs ressources pour leur propre sûreté. — Dans le Nord, le Danemark était tout entier à ses démêlés avec la Hanse; le roi de Suède, Gustave-Adolphe, gardait rancune aux Réformés allemands de la froideur avec laquelle ils avaient accueilli ses avances, lorsqu'il avait, quelque temps auparavant, manifesté le désir d'être reçu dans l'Union Evangélique, et il s'absorbait dans ses préparatifs de guerre contre la Pologne. Les Turcs enfin étaient précisément en train de renouveler leur traité de paix avec l'Empereur.
La situation de l'Allemagne n'était pas plus encourageante. II semblait qu'un vent d'erreur et de folie soufflât sur les Protestants. En dépit des progrès incessants de l'Eglise catholique, ils ne parvenaient pas à comprendre les devoirs que leur imposait le salut de leur foi et continuaient à s'hypnotiser dans leurs querelles confessionnelles. Quelques politiques s'inquiétaient des progrès de la réaction : si Ferdinand était vainqueur, n'essayerait-il pas d'enlever aux Luthériens les domaines qu'ils avaient sécularisés ? — Bah ! Le péril était lointain et vague, on préféra l'oublier : les villes refusèrent absolument de se mêler à une ali'aire qui, prétendaient-elles, ne concernait que les princes; les rivalités de