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LA ROYAUTÉ ET LA NATION

elle se réalisait jamais, se ferait sans les Etats et contre eux.

Cet échec partiel met en lumière les difficultés que rencontrait Ferdinand et permet d'apprécier à leur juste mesure les rares qualités qui, seules, lui permirent d'accomplir les fort importantes réformes qu'il mena à bonne fin. Ne soyons pas cependant trop sévères pour les seigneurs tchèques : leur résistance, bien que leur (intransigeance ait été funeste, s'explique tout naturellement; les sacrifices qu'on sollicitait d'eux étaient de telle nature qu'un patriotisme quelque peu susceptible ne s'y résigne jamais qu'avec tristesse, et l'abnégation qui eût été nécessaire froissait les sentiments les plus respectables et les préjugés les plus enracinés. Ils avaient un vague pressentiment que la voie dans laquelle on les poussait les menait à une demi servitude; malheureusement, ici comme toujours, leur perspicacité n'était pas assez claire ni leur résolution assez virile. Certaines conséquences d'une situation sont inéluctables : du jour où l'on avait accepté pour roi Ferdinand, il était vain de prétendre maintenir la Bohème dans un isolement absolu, et le seul moyen que son autonomie ne disparût pas complètement, était de s'avouer qu'elle devait désormais être limitée.

En général d'ailleurs, les craintes des seigneurs, qui ne visaient encore qu'un avenir éloigné, n'étaient pas partagées par la masse de la population. Parmi les nobles, l'ancien parti patriote, bien qu'il commençât à se tenir sur la réserve et que le roi dépassât quelque peu ses espérances, savait en somme gré au souverain d'avoir relevé l'autorité et sauvé le pays de l'anarchie. Ferdinand, en dépit de ses qualités supérieures et bien qu'il s'y efforçât, ne fut jamais populaire : il était trop besogneux, trop absorbé par des travaux multiples, exigeait trop d'argent pour ces éternelles guerres hongroises qui ne rapportaient ni honneur ni profit ; il fut toujours un étranger, sachant à peine quelques mots de bohème. Mais, si on ne l'aimait pas, on lui était reconnaissant de l'ordre rétabli, de la bonne justice maintenue, de la prospérité réelle du pays. Peu à peu, des liens

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