LA ROYAUTÉ ET LA NATION
solides se nouaient entre les sujets et le prince, la dynastie étrangère prenait racine. Il était permis à ce moment d'envisager l'avenir avec confiance. Les plus désastreux effets de la domination des Jagellons étaient réparés : pourquoi la Bohème ne se développerait-elle pas en paix sous une monarchie assez forte pour mettre fin aux discordes civiles et dominer les compétitions, assez contenue par les lois pour que les libertés publiques n'eussent rien à craindre de la volonté des souverains ? Pourquoi, tout en conservant sa langue, ses lois, ses traditions, ne trouverait-elle pas dans son union avec les pa3^s voisins, une garantie de sécurité et d'influence? Après tant de souffrances et de troubles, n'avait-elle pas le droit d'espérer un avenir plus
calme?
Qu'e{it-il fallu pour cela? D'abord, que la royauté n'essayât pas d'abuser de sa victoire et, après avoir arrêté les empiétements des États, qu'elle consentît à respecter leurs légitimes prérogatives; puis, que la diète renonçât sans arrière-pensée à quelques-unes de ses revendications et se résignât à un rôle de contrôle et de modération; en d'autres termes, il était nécessaire que l'état de guerre ouverte ou sourde, qui avait mis aux prises jusqu'alors les principaux facteurs de l'autorité, fît place à une bonne volonté réciproque. Malheureusement, c'était là un rêve à peu près irréalisable; non seulement parce que les intérêts ne désarment guère et qu'il est dans la nature des choses qu'une lutte engagée ne se termine que par l'écrasement complet d'un des combattants, mais surtout parce que cet apaisement aurait exigé une confiance qui n'existait d'aucun côté.
Le grand malheur de la Bohême, à cette période décisive de son histoire, fut qu'elle ne put pas aimer ses souverains parce que ceux-ci ne l'aimèrent pas. Lorsqu'une dynastie est nationale et qu'elle a grandi avec le pays, le chef et les sujets se sentent solidaires, et, en dépit de tous les malentendus, un dévouement commun à la patrie noue entre eux des liens indissolubles. Sortis du même sol, nourris des mêmes pensées, poursuivant le même but,animés des mê-