‹ Les premiers HabsbourgsChapitre 30 sur 248 · LA ROYAUTÉ ET LA NATION ^'J · texte numérisé non relu

LA ROYAUTÉ ET LA NATION ^'J

mes passions, combattant les mêmes ennemis, la conscience d'une destinée commune suffit d'habitijde à rendre les conflits moins acerbes et les réconciliations plus sincères. Mais, entre les Tchèques et leur maître d'occasion, quels souvenirs venaient adoucir les dissentiments? Ferdinand ne comprenait pas leur langue, n'avait pas la même foi; leurs plus illustres héros n'étaient à ses yeux que des insurgés ou des bandits. Son gouvernement était juste et ses lois utiles, seulement ce qu'il cherchait, ce n'était pas le bonheur de la patrie, mais les moyens d'accroître au dehors sa propre influence personnelle : les Tchèques n'étaient qu'un instrument de sa gloire, le savaient et s'en irritaient. Le roi, de son côté, froissé de cette froideur qu'il Jugeait injuste, irrité des défiances qu'il rencontrait, s'entourait d'étrangers et creusait ainsi entre lui et ses sujets l'abîme qu'il eût fallu combler. Par une conséquence cruelle de la situation, le dévouement au pays paraissait une sorte de trahison envers le souverain, et celui-ci ne s'estimait pas sûr de l'autorité tant qu'il n'avait pas la nation à ses pieds.

Aussi, tandis qu'il aurait dû trouver ses auxiliaires les plus dévoués dans les masses populaires, intéressées au maintien de l'ordre public et qui, comme cela se passa par exemple en France, semblaient devoir être les alliées du roi contre la noblesse, c'était précisément de ce côté qu'il se heurtait à une sorte d'aversion invincible. L'opposition venait moins des Seigneurs que des Chevaliers et des Bourgeois : plus difficiles à atteindre, moins accessibles aux séductions individuelles, avec des idées plus simples, une intelligence plus bornée et un instinct plus vif de conservation, ils suivaient avec une irritation croissante le développement d'un système politique dont tout le poids retombait sur eux, qui blessait leurs sentiments les plus ombrageux et les plus intimes, et dont ils ne comprenaient pas la nécessité. Ferdinand n'ignorait pas ces dispositions : toutes les fois qu'il s'était trouvé en présence, non plus de quelques oligarques, mais du gros de la nation, il avait senti cette répulsion sourde, et les mesures par lesquelles il avait

Page 1