I.A ROYAUTÉ ET LA NATION
fondé son pouvoir et qui avaient surtout frappé les villes et la petite noblesse, telles que l'interdiction des assemblées provinciales et des assemblées communales, avaient naturellement accru le mécontentement. C'était de ce côté qu'une insurrection était à craindre bien plutôt que du côté des Seigneurs.
Une rupture ouverte eut été cependant sans doute évitée si aux questions politiques n'étaient venues se mêler les questions de dogme. Avec les théories dominantes à cette époque, Ferdinand ne devait pas se tenir pour véritablement roi tant qu'il n'avait pas imposé sa foi à ses sujets. Menacés dans leurs croyances, attaqués dans les libertés religieuses qu'ils avaient si chèrement achetées, les Tchèques essayèrent de secouer le joug qui peu ù peu s'appesantissait sur eux. L'attachement aux doctrines utraquistes ou réformées était surtout vif dans les classes inférieures : nouvelle raison pour qu'elles s'emparassent de la direction de l'opposition. Au moment de la crise décisive, en 1547, le mouvement partit en effet des sectes radicales et populaires, et la haute noblesse ne s'y rallia qu'assez timidement, pour l'abandonner très vite. Grâce aux sourds dissentiments qui affaiblirent l'insurrection, la royauté n'eut pas grand peine à l'étouffer, et après sa victoire, elle écrasa dans l'Église et dans l'État les éléments démocratiques dont elle n'avait pas su ou pas voulu obtenir l'appui. Les Seigneurs livrèrent à sa vengeance les Frères Bohèmes et les villes, mais avec eux disparurent l'honneur et la force de la nation.