‹ Les premiers HabsbourgsChapitre 32 sur 248 · LA DÉFAITE DES VILLES · texte numérisé non relu

LA DÉFAITE DES VILLES

Hus et Luther. — La Réforme allemande en Bohème. — Mathias l'hermite et les premiers disciples de Luther. Cahéra. — La tactique des Protestants tchèques. — Coup d'État de 1524. — Transformation de l'Utraquisme. Orthodoxes et Progressistes. Attitude de Ferdinand. Mystopol. — L'Unité : ses progrès. Premiers rapports avec Luther. Loukach. — Les Protestants de l'Empire et les Tchèques. — La ligue de Smalkalde. Union des villes et confédération de Prague. — Bataille de Mûhlberg. — Attitude des seigneurs; ruine des privilèges municipaux.

Les progrès de la royauté en Bohême pendant la première partie du règne de Ferdinand avaient été singulièrement facilités par la réunion de divers États sous l'autorité d'un même souverain. Le moment vint aussi où les adversaires du roi cherchèrent des alliés au-dehors. Le temps n'était plus, en effet, où les Tchèques hérétiques étaient au ban de l'Europe. — « Telle était la haine des Allemands pour les Tchèques et les Moraves, écrit le chroniqueur Bartoch, que c'était pour eux une soutfrance d'entendre même prononcer le nom de Bohême; ils le prouvaient par des outrages, des injures, les condamnaient à l'enfer, inventaient des guerres et autres mauvaises choses. Mais alors Dieu toutpuissant daigna susciter un savant moine, Martin Luther, qui fit connaître aux peuples étrangers sa vérité et sa loi, et dans les contrées allemandes qui nous entourent, les habitants, depuis si longtemps défavorables et hostiles aux Tchèques et aux Moraves, furent convertis par lui à la Communion sous les deux espèces; par là, grâce à Dieu, il amena ces Allemands à de meilleurs sentiments et ils conçurent de l'amitié pour les Moraves et les Tchèques. »

Le changement que signale le chroniqueur quelques années à peine après la rupture de Luther et de Rome, s'ac-

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centua peu à peu et modifia profondément la situation de la Bohême : menacés par un même adversaire, tous ceux qui s'étaient séparés de l'Église, se rapprochèrent. Sans doute, l'union dogmatique des Luthériens et des Utraquistes ne fut jamais absolue, et les haines de races, qui subsistaient sourdement, empêchèrent ordinairement une entente cordiale entre les Germains et les Slaves; mais, du moins, les Tchèques savaient que, de l'autre côté des montagnes, l'opinion leur était favorable. Dès ce moment, les hétérodoxes bohèmes firent entrer dans leurs calculs des éléments étrangers nouveaux et tentèrent de profiter des difficultés que le Protestantisme créait un peu partout aux Habsbourgs, tandis que les Luthériens ou les adversaires de la maison d'Autriche s'habituèrent à compter sur leur diversion. L'histoire de la Réforme bohème cesse donc à partir de cette époque d'être purement locale ; la lutte des rois et des Protestants tchèques n'est plus qu'un épisode de la guerre européenne engagée entre la papauté et les doctrines nouvelles, entre la monarchie universelle de Charles-Quint et les Bourbons.

L'Allemagne était depuis fort longtemps agitée par un esprit de révolte contre la domination pontificale et la parole de Hus n'y tomba pas sans écho. Lorsque le Réformateur traversa la Franconie et la Souabe pour se rendre à Constance, il fut surpris des sympathies qu'il rencontra sur sa route, et la nouvelle de sa condamnation provoqua dans quelques cercles une douloureuse émotion. Plus tard, les prédications taborites répondaient trop bien aux idées démocratiques et socialistes, fort répandues alors dans l'Allemagne du Sud, pour passer inaperçues : les radicaux tchèques conservent longtemps l'espérance d'entraîner le . reste du monde chrétien, et « les lettres des hérétiques », écrites en allemand, éveillent ça et là une fermentation qui inquiète à diverses reprises les représentants de la Curie '. Les communautés vaudoises, très nombreuses à cette

I. 5ur la propagande hussite en Allemagne, v. Haupt, Die veligiôsen Sckten in Franken vor der Reformation (1882) et die Husitische Propa-

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