‹ Les premiers HabsbourgsChapitre 34 sur 248 · MATHIAS L HERMITE · texte numérisé non relu

MATHIAS L HERMITE

les abus et les péchés qui se commettent contre la loi et la volonté du Seigneur. » Au mois d'août, il arriva à Prague avec quelques disciples et commença à prêcher '. Bientôt l'affluence fut si grande et l'enthousiasme si vif que le clergé de la ville s'émut; il réussit à obtenir des magistrats l'interdiction de ces sermons; mais cette apparence de persécution exalta le zèle de Mathias et de ses fidèles. Comme la salle de réunion avait été fermée, il prêchait partout, dans les rues, sur les quais, sur les ponts, dans les auberges, toujours prêt à répandre la bonne nouvelle et entouré d'une foule enthousiaste, tour à tour recueillie et bruyante. « Jadis, disait-il, à Sodome, à Gomorrhe, à Sébora, à Ninive, dans toutes ces villes qui ont été consumées par le feu de l'enfer, les péchés publics n'étaient ni aussi nombreux ni aussi épouvantables qu'aujourd'hui, dans ces jours de l'Antéchrist, dans ces temps terribles où les vices se sont multipliés plus que le sable de la mer et la poussière de la terre. La famine a sévi, puis l'abondance est revenue : mais quand finira la disette dont souffrent les âmes? Comment, dira-t-on, les âmes soutirent, lorsque tout regorge de prédicateurs, de prêtres, de docteurs et de livres! — Qu'importe? A quoi sert-il de prêcher, de lire, de connaître la volonté de Dieu? — Ce qu'il faut, c'est exécuter cette volonté ; sans cela les âmes souffrent de la faim et de la soif. Certes, les prêtres ne manquent pas; mais que poursuivent-ils ? La gloire de Dieu? Le salut de leur àme et celui de leur prochain? — Non, mais les honneurs et la gloire de ce monde, une vie de volupté et de débauche. Ce sont des démoniaques et de faux prophètes, et leur exemple est un objet de scandale et une cause de corruption. Aussi que de hontes! des banquets dans lesquels les convives versent la boisson dans leur estomac et la rejettent ensuite à leurs pieds, souillant

I. Le notaire Bartoch, p. 160.Cp.Le5 anciennes chroniques tchèques, p. 435. « Cette même année, vers la Saint Martin, vinrent à Prague du désert quelques personnes pieuses, et parmi eux Mathias l'hermite. Il commença à prêcher et les auditeurs allèrent vers lui, — d'abord en petit groupe — , mais ensuite toujours plus nombreux; car les prêtres n'étaient pas d'une vie exemplaire, et le peuple désirait toujours des prédicateurs bons et nobles. «

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tous les coins de leurs ignobles vomissements; des paresseux qui recherchent les longs sommeils, les vêtements souples, les bains prolongés par lesquels ils préparent leur corps à l'impureté et à l'adultère; partout le désordre et la violence, les riches arrachant aux pauvres leur argent et leurs biens, leur enlevant les misérables vêtements qui les couvrent et le pain quotidien, pour assouvir leur soif de bien-être et de luxe. Dieu ne tolérera pas longtemps ces crimes. Repentez-vous, amendez-vous, car les temps sont proches '. »

Pour bien comprendre l'action de Mathias sur les esprits, il faut se rappeler que Prague était alors une commune démocratique et que le pouvoir appartenait aux assemblées populaires : aucun terrain n'aurait pu être plus favorable pour ces déclamations où l'enthousiasme mystique se mêlait de revendications socialistes et dans lesquelles résonnait comme un écho des révoltes taborites ; allait-on revenir au temps où, au commencement de la guerre hussite, le moine Jean établissait une sorte de despotisme démagogique et puritain? Mathias ne renfermait pas son activité dans les murs de la capitale, allait prêcher dans les villes voisines, mais revenait toujours, et les prêtres utraquistes n'osaient pas lui imposer silence ; il dédaignait leurs ordonnances et ils reculaient devant les mesures extrêmes qui eussent peutêtre abouti à une insurrection. La peste qui dévasta la Bohême en i52o accrut sa popularité; elle lit des milliers de victimes, trois cents prêtres ; beaucoup y virent l'accomplissement des prophéties de l'hermite, et, frappés d'épouvante, songèrent à se rapprocher de Dieu ; il montra un réel dévouement, apportant aux malades ses consolations et ses prières, indifférent au danger; sa charité était inépuisable; il n'avait pour vivre que des aumônes et partageait ce qu'il recevait avec les prisonniers et les pauvres. Sur quelques points il se rapprochait de la doctrine luthérienne, parlait avec respect ou S3'mpathie du Réformateur

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