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PROTESTANTS ET UTRAQUISTES

au contraire et punissait les nouveautés et les hérésies. Tout l'etfort des Luthériens allait donc à s'emparer du Consistoire en le recrutant parmi les hommes favorables aux doctrines de Wittenberg et à couvrir leurs usurpations des privilèges reconnus à TUtraquisme. Les ennemis de la Réforme percèrent bien vite à jour cette tactique et répondirent par une manœuvre analogue : les souverains devinrent les protecteurs de la foi nationale et mirent toute leur autorité au service de l'ancienne hérésie, qu'ils avaient si longtemps combattue, afin de s'opposer au progrès des opinions plus radicales,

La politique des Protestants tchèques leur était en quelque sorte imposée par la situation, mais elle eut d'assez graves inconvénients. La Réforme allemande n'a pas eu en général pour résultat immédiat d'améliorer beaucoup les mœurs et d'élever les âmes. D'où vient cette stérilité morale relative? — Sans doute de causes diverses et nombreuses : le caractère du chef lui-même, le plus admirable par le cœur et par le génie de tous les grands agitateurs de cette époque, mais — et peut-être par cela même, — plus large, moins exigeant, plus luoiiaiu; les idées qu'il propage et cette liberté chrétienne qu'une interprétation étroite ramenait à une sorte de résignation au péché; le rôle trop grand des seigneurs et la prédominance des intérêts matériels ; les habitudes générales de l'Allemagne, viciée par une trop longue anarchie. Quoi qu'il en soit, le Protestantisme luthérien n'a pas imprimé aux âmes une secousse très vigoureuse vers le bien : les héros qu'il a suscités sont rares, et plus encore les saints; à ce point de vue, il est certainement très inférieur au Calvinisme comme au Hussitisme. En se propageant dans l'Elbe supérieur, il ne s'améliore pas. Non seulement ses missionnaires les plus en vue, Cahéra, Mystopol, ne sont que des aventuriers sans conviction et sans valeur, mais TEglise qu'ils fondent se ressent toujours de cette origine douteuse. Les Luthériens tchèques montrent toujours plus d'ambition que de dévouement et moins de fermeté que d'intolérance; leurs chefs sont plus

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avides d'honneurs que de martyre. Entre eux: et les catholiques, l'historien n'ose pas prendre parti, tant le but poursuivi par les deux adversaires est semblable et les armes pareilles; tant que dure le combat, il faut un certain effort pour se rappeler qu'en somme et malgré tout, les Luthériens sont les champions, — bien indignes, — de la liberté et du progrès; la sympathie ne leur revient qu'aux jours d'épreuves.

Les Protestants tchèques subissent certainement la fatalité du milieu et du temps : l'enthousiasme religieux s'était usé, les âmes s'étaient abaissées dans des querelles mesquines et la sève nouvelle ne rajeunit pas cet organisme trop épuisé. Mais, la nécessité où ils se crurent de revêtir les haillons de l'ancienne Église, contribua encore à leur amoindrissement moral. Obligés de dissimuler sans cesse, de se réfugier dans la duplicité et l'équivoque, ils laissèrent dans cette misérable politique une partie de leur dignité et de leur courage. Ils n'osèrent jamais avouer leur foi, — encore serait-il plus juste de dire qu'ils n'eurent jamais de confession précise et complète. Le malheur de certaines situations est que les cœurs médiocres s'y plaisent et que les âmes nobles s'y altèrent. Il y eut chez eux trop de calcul et pas assez d'élan, trop de restrictions mentales et d'intrigues. De la secte religieuse ils n'eurent guère que l'intolérance; à tous les autres points de vue, ils ne furent jamais qu'une faction.

Les événements semblèrent d'abord les favoriser. Louis Jagellon, d'après des traditions fort douteuses, n'aurait pas été hostile à la Réforme; dans tout les cas, les hommes auxquels il confia le gouvernement de Prague lors du coup d'État de i523, Hlavsa, Sobek, etc., étaient en général gagnés aux idées nouvelles et le grand burgrave Jean de Wartenberg les encourageait. Dans une assemblée des États utraquistes (i524), des changements très graves furent acceptés : la messe, maintenue en souvenir des souffrances du Christ, était simplifiée; elle serait célébrée en tchèque; l'exposition de l'hostie n'était plus exigée et les

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