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JEAN AUGUSTA I

connivence avec les sectes ultra-radicales, et attaquait avec furie le clergé utraquiste : manœuvre nécessaire peut-être, puisqu'il s'agissait de prouver à tous que l'Unité seule en Bohême étaitdignedemeneràbien l'reuvredu Christ, — fort imprudente aussi. Surson inspiration, les Frères se départaient de leurs habitudes de réserve; ils semblaient provoquer la persécution en bravant ouvertement les décrets qui les mettaient hors la loi et qui, pour n'être pas appliqués, n'étaient pas abolis ; leur propagande très active attirait à eux de nombreux adhérents : pour la première fois, ils ouvraient une église à Prague (1544); en 1540, une grande assemblée réunissait à Mlada-Boleslas les chevaliers et les seigneurs affiliés à l'Unité. Augusta y consacrait les diacres et les prêtres avec une orgueilleuse ostentation et prenait pour texte de son sermon le passage significatif de l'Écriture où il est question du remplacement de Judas par Mathieu.

L'agitation des Frères n'inquiétait pas seulement les Utraquistes. Leurs ennemis prétendaient que dans leurs conciliabules, il était question de déposer Ferdinand : pures calomnies sans doute! Qui oserait affirmer pourtant que les seigneurs qui soutenaient Augusta et qu'irritaient les empiétements du roi, n'ont pas caressé par moments l'idée de venger à la fois la cause de Dieu et leurs propres outrages? L'attitude des dissidents avait radicalement changé : jadis, ils s'inclinaient sous l'oppression; maintenant, ils relevaient la tête, dénonçaient l'injustice, sollicitaient la protection des lois. En i535, ils remirent à Ferdinand une profession de foi : elle avait été signée par douze seigneurs, 33 chevaliers; les événements d'Allemagne avaient édifié le roi des Romains sur le sens réel de ces confessions — ainsi présentées à la pointe de l'épée. Elle avait été apportée par Conrad de Krajek; c'était le plus fougueux auxiliaire d'Augusta, le véritable chef laïque de l'Unité. L'entrevue fut orageuse : Nous voudrions bien savoir qui vous a poussé à adopter cette foi ; le diable vous a séduit. — Non pas le diable, sire, mais Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ferdinand, que secouaient de brusques accès de colère, éclata : De quoi vous mêlez-

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VOUS? Vous n'êtes ni pape, ni empereur, ni roi, croyez ce qui vous plaira, que nous importe? Allez en enfer, qu'estce que vous voulez que ça me fasse? Mais ce que nous ne permettrons pas, c'est que vous vous réunissiez pour continuer toutes vos farces; voilà ce que nous ne permettrons pas, dussions-nous y perdre notre couronne. Et assez de discussion comme cela ' ! — Quelque temps plus tard cependant, le roi revient à des dispositions moins hostiles ; vis à vis d'eux aussi, le moment ne lui semblait pas venu de s'engager à fond, mais il ne leur pardonnait pas, et il se rappelait qu'il n'aurait pour les frapper qu'à tirer de l'oubli le décret de la Saint-Jacques.

La majorité de la diète le soutiendrait contre eux, il en était sûr : à ce moment même, elle l'excitait contre les Frères, les poursuivait de ses dénonciations. La haine sourde qui avait toujours animé les Utraquistes contre l'Unité, avait été réveillée par les attaques d'Augusta. Ah! il traitait leurs prêtres d'avares, d'ivrognes, de voleurs, de simoniaques : on saurait lui fermer la bouche! Lamentable spectacle que ces divisions que ne justifie désormais aucune diflférence dogmatique essentielle : en réalité, Mystopol, comme Augusta, ne poursuivait-il pas une alliance étroite avec les Luthériens? Ce qui séparait les deux partis, c'étaient de vieux souvenirs, des colères qui survivaient aux causes qui les avaient provoquées, un aveugle esprit d'exclusion, la rivalité banale de deux Églises qui se disputent les âmes; et cette misérable concurrence s'aggravait de motifs secondaires, haines personnelles, affaires d'intérêt ou de vanité qui mettaient aux prises les seigneurs ou les prêtres des deux partis. Vétilles qui laissent dans les âmes d'inoubliables rancœurs! Lorsqu'au dernier moment, sous le coup d'une nécessité évidente, l'union se conclut entre les deux grands groupes hérétiques de la Bohême, elle est précaire, pleine de sous-entendus : elle se dissout à la première défaite, et elle n'aurait pas survécu à la victoire.

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