I. Gindely, Gesch. der bœlim. Brilder, I, p
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Le petit troupeau d'Augusta commençait à s'effarer : tout ce bruit, ces polémiques bruyantes, ces haines qu'ils sentaient monter autour d'eux, ne troublaient pas seulement les courages, mais inquiétaient les consciences. Les Frères gémissaient d'être compromis dans des hasards pour lesquels ils n'étaient pas faits. Aucune secte n'a jamais moins eu le goût et le talent de la propagande. Coménius, qui a tant aimé son Église et qui la connaît si bien, insiste sur ce point : « Ils s'occupaient plus d'être bons que d'être instruits, de maintenir entre eux la paix, l'union et le bon ordre que d'attaquer les autres. — Ils avaient plus de dons de Dieu qu'ils ne pouvaient en montrer ou en communiquer. De là aussi leur timidité : même dans les communes dont les patrons leur étaient dévoués, ils ne voulaient pas fonder des églises officielles, se contentaient des auditeurs qui leur venaient d'eux-mêmes '. » — Les Frères, dit un autre de leurs écrivains, sont de petits poulets qui piaillent; Luther et les autres sont de bons coqs. — Cette réserve, cet effroi des responsabilités, — qui provient, non d'une lâche pusillanimité, mais du sentiment de leur indignité devant Dieu, — cette simplicité d'âme qu'épouvante le bruit du monde, ont quelque chose de touchant et de véritablement chrétien. « Depuis l'époque des apôtres, aucune Eglise n'a plus ressemblé aux églises apostoliques que celle des Frères. » Quelle que soit l'authenticité de cette parole que Coménius prête à Luther, elle nous donne la sensation très exacte de la réalité : comme les compagnons de Jésus, ils ont le cœur droit et l'esprit court, et ils s'étonnent et s'effrayent du Saint-Paul qui a surgi au milieu d'eux. Il y a là comme un trait de tempérament qui subsiste à travers toutes les variations dogmatiques : Loukach et Augusta ont abandonné l'enseignement de Kheltchitsky et parlent de lui avec une nuance de dédain; il n'en est pas moins le père véritable, celui dont l'Unité a reçu ses traits caractéristiques, la
I. Coménius, Quelques questions sur l'Unité; cité par Zoubek, Journ. du Musée boh., i885, p. 4.
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moelle de ses os. Pour connaître une Église, ce n'est pas assez de savoir ce qu'elle enseigne : les idées, quelles qu'elles soient, se déforment suivant les esprits où on les verse. Conçue dans les jours de fatigue et de terreur qui suivent la révolution hussite, la secte des Frères a gardé de sa naissance une marque indélébile et comme une susceptibilité nerveuse : elle a produit des héros, mais sa véritable vocation reste le martyre. Le type dans lequel elle s'incarne, ce n'est pas Boudovets ou Ziérot3m, c'est Coménius : mobile, ouvert à tous les progrès, docile à toutes les inspirations, il subit toutes les influences sans en être atteint; dès la première heure, dit M. Zoubek, il est si déterminé et si caractérisé que ses transformations ne modifient que la forme et non la substance de son être intellectuel. De même pour son Église. Elle n'a jamais perdu la grâce de son baptême. Les protestations, d'abord isolées, devenaient plus nombreuses. Au synode de Boleslas, en 1 546, la fraction antiluthérienne était en majorité. Des défections éclatantes affaiblissaient le parti d'Augusta : Jean Cornu éclata en sanglots, demanda pardon à Dieu d'avoir oublié qu'il avait révélé sa vérité aux Frères. L'évêque lui-même était troublé dans sa conscience; il avait espéré que, si l'Unité acceptait de Luther une foi plus précise, les Allemands lui emprunteraient de leur côté sa discipline ecclésiastique ; — Luther s'excusait, invoquait les nécessités de la lutte: il fallait avant tout triompher de la Curie. Une nouvelle entrevue à Vittenberg avait été froide, en dépit de la cordialité apparente; le dernier mot d'Augusta sonnait comme une menace: si les réformateurs attachaient toute leur attention au développement scientifique et négligeaient la vie pratique, un grand mal s'en suivrait. Plût à Dieu, ajoute Coménius, qu'il eût été faux prophète. Bien peu d'années s'écoulèrent, en effet, avant que le formalisme théologique étouffât l'esprit de liberté évoqué par Luther et que les espérances nées de la renaissance religieuse fussent compromises par l'indiscipline et l'absence d'organisation. En même temps, l'hostilité de Mystopol et des Utraquistes exaspérait Au-