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pour Ferdinand, mais le mécontentement irait-il jusqu'à la révolte ? — Il était permis d'en douter. Il était visible, dans tous les cas, que tous les Ordres et tous les partis religieux n'apporteraient pas à l'opposition le même dévouement et le môme entrain. Les Seigneurs étaient assez peu belliqueux : sans doute, les empiétements du souverain leur étaient fort désagréables et ils avaient encore sur le cœur le recès qu'il leur avait extorqué et qui déclarait la ro3'auté héréditaire; mais, il y avait parmi eux nombre de catholiques et de grands officiers; leurs droits essentiels n'étaient pas menacés, au moins immédiatement, et ils ne se souciaient guère de se lancer dans les hasards de la guerre civile pour conjurer un péril lointain et douteux. — Les Chevaliers, plus prompts aux résolutions extrêmes et très mécontents, étaient en partie contenus par leur alliance séculaire avec les Seigneurs et paralysés par la suppression des diètes provinciales qui rendait difficile toute coalition. Les villes au contraire, qui soutenaient depuis plusieurs années une lutte sourde mais continue contre les représentants de l'autorité royale, accueillirent avec empressement le prétexte qui s'offrait de secouer un joug odieux '. Naturellement, il ne s'agit ici que d'une classification générale, et les circonstances, le tempérament, les idées religieuses en particulier, modifiaient dans tel ou tel sens les résolutions individuelles. Le gros des anciens Utraquistes soutenait le roi : leur ambition se bornait au maintien des Compactats, convaincus, à très juste titre, que Ferdinand ne songeait pas à interdire le Galice, ils voyaient dans les papistes des auxiliaires et non des ennemis. Les Utraquistes progressistes, encore tout émus de leur polémique avec l'Unité, étaient fort indécis, tiraillés entre leurs sympathies pour Vittenberg et la crainte des conséquences de la révolution qui, s'ils étaient vaincus, les livrait aux Catholiques et, s'ils étaient victorieux, ne profiterait peut-être qu'aux Frères. Parmi ces
I. Sur cette lutte des villes et des officiers royaux, v. Tchéiakovsky, La charge de sous-chambcllan, p. 53.
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derniers enfin, les nobles, obéissant à l'impulsion d'Augusta et le dépassant quelquefois, appelaient de tous leurs vœux le combat pour la liberté et la foi; l'élan donné ne pouvait plus être arrêté, mais la masse des fidèles commençait à mesurer l'abîme au bord duquel on les avait conduits et ils ne suivaient leurs chefs qu'avec défiance et tristesse '.
La situation des adversaires de Ferdinand était en somme mauvaise; ils ne pouvaient sans imprudence abandonner les Protestants d'Allemagne, mais ils n'avaient aucune raison précise à alléguer de leur défection ; leur révolte était gratuite. Ils faisaient à la royauté un procès de tendance. Qu'ils en eussent le droit, ce n'est guère contestable, mais ils étaient forcés de prendre l'offensive, et cela éloignait nécessairement d'eux une grande partie de la nation. Dès le premier jour il fut évident que les Bohèmes, ahuris au milieu de toutes ces complications intérieures et extérieures, ne sauraient ni se résigner à l'inaction ni combattre avec vigueur -.
Jean-Frédéric de Saxe et Philippe de Hesse avaient écrit aux États, assemblés à Prague au mois de juillet 1646, pour leur exposer les motifs de la guerre et solliciter leurs secours. Il était déjà trop tard : la majorité des Seigneurs, gagnée par Ferdinand, avait voté tout ce qu'il avait proposé : sous le prétexte, fort invraisemblable, d'une invasion turque, il avait obtenu d'abord l'autorisation d'ordonner dans le royaume une levée en masse ; puis, par une interprétation des plus étranges des conventions qui liaient la Bohême
1. Ils avaient été exposés, ces dernières années, à quelques tracasseries, mais leur liberté religieuse n'avait pas été sérieusement menacée.
2. La principale source pour l'insurrection de 1547 '^s'^ 1^ récit de Sixte d'Ottersdorff : Actes ou Mémoires des deux années de troubles, 1546-4^. Sixte était à ce moment-là chancelier de la ville de Prague, il fut très intimement mêlé aux événements, et il a inséré dans son récit de nombreuses pièces officielles qui en font surtout la valeur. Il appartenait au parti Utraquiste modéré, mais il avait des amis parmi les Frères. Le livre de Sixte n'a^ pas été publié, mais Tieftrunk l'a utilisé pour son travail : Révolte des Etats tchèques contre Ferdinand I"' (en tchèque, Prague 1872).