‹ Les premiers HabsbourgsChapitre 58 sur 248 · RÉVOLTE DE I S-\.-/ I I · texte numérisé non relu

RÉVOLTE DE I S-\.-/ I I

et la Saxe, il avait décidé les États à conclure un traité d'alliance avec Maurice de Saxe,

Triomphe plus apparent que réel. Les Chevaliers n'avaient approuvé le traité qu'après bien des hésitations, et les villes avaient absolument refusé leur consentement. Les Seigneurs avaient passé outre : les bourgeois n'avaient pas le droit d'intervenir dans ces questions internationales ! Jamais Ferdinand n'avait eu la main plus agile : tourner la constitution, faire gouverner le pays par une minorité, il excellait dans cette haute prestidigitation. Il arrive cependant toujours un moment où la fiction s'évanouit.

Kadan était le point fixé pour la concentration des milices. Seulement elles n'arrivaient pas. Le roi envoyait sommations sur sommations. Les plus timides finirent par se résigner : quelques bandes se réunirent lentement, mécontentes, mal armées. Les chefs, très hautains, demandaient des explications : Ouest l'ennemi? D'où viendra l'invasion? Dans les cercles où les Frères étaient nombreux, l'opposition était plus hardie : le district de Boleslas, un de leurs centres principaux, refusa d'envoyer ses hommes. Ce fut bien pis quand le roi voulut mettre l'armée en mouvement. Les soldats étaient travaillés par des émissaires protestants : ce n'était pas la Saxe que menaçait Ferdinand, mais la Bohême ; les Tchèques détruiraient-ils de leurs propres mains les libertés de la patrie? Quelques bataillons refusèrent de quitter Kadan; d'autres, de franchir la frontière. Devant cette mauvaise volonté générale, le roi finit par donner congé à cette armée inutile (fin de 1546).

Maurice avait conquis d'abord la plus grande partie de la Saxe, mais Jean-Frédéric était revenu de l'Allemagne du Sud, et Maurice, vivement pressé par des forces supérieures, réclamait des renforts. Ferdinand demanda des troupes à Prague. — Grand embarras des Conseillers. Ils craignaient la colère du roi, mais que faire? Personne ne voulait marcher contre l'Électeur « qui, avec tous ses sujets, reçoit le corps et le sang du Sauveur sous les deux espèces et sur ce point, comme sur les autres, suit avec les Bohèmes

la doctrine du Christ. )> S'ils avaient ordonné des levées, on ne leur aurait pas obéi : « Ceux qui sont dans le Conseil, répondit-on au roi, n'ont d'autre supériorité que celle qu'ils tiennent de leurs fonctions mêmes; aussi ne leur est-il pas possible d'envoyer leurs égaux à la guerre, car chacun pourrait leur répondre qu'il ne partira pas, mais leur demander de donner l'exemple • )>. La fiction savamment entretenue par Ferdinand s'évanouissait : le peuple des villes refusait de subir plus longtemps la volonté de magistrats qui ne le représentaient pas.

Le roi se décida à une mesure extrême. Le 12 janvier 1647, il ordonna une nouvelle levée en masse; tous ceux qui ne paraîtraient pas au jour fixé (24 janvier) à Litomierzitse, seraient punis de mort et leurs biens confisqués. Cette fois, les masques étaient bas : la constitution était violée, il se mettait hors la loi. La levée en masse ne pouvait en effet être autorisée que par la diète, à moins de péril national et d'invasion imminente, et il était évident à cette heure que ce péril n'existait pas. Les raisons par lesquelles il essayait de motiver son décret, le manque de temps, l'urgence, n'avaient aucune valeur. En réalité, il voulait se passer des Etats, parce que leur vote était au moins fort incertain.

Est-il possible même qu'il se soit fait de grandes illusions sur les forces que lui fournirait cette levée en masse? Quelques historiens ont vu dans le décret du 12 janvier une provocation calculée. Les événements de Tannée précédente avaient convaincu Ferdinand que l'insurrection serait incertaine et timide; dès qu'elle ne reffra3^ait plus, il devait la désirer, parce qu'elle lui donnerait l'occasion de modifier la constitution. On a quelque peine à admettre cette hypothèse assez odieuse, et le caractère de Ferdinand ne comporte guère des dessous aussi compliqués. Il est certain sans doute que son attitude fut étrange au début de l'insurrection : il la laissa se développer, l'encouragea presque

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