I. Diètes bohèmes, II, p. i5i et sq
DEFAITE DE L INSI'RRECTION I I r)
parlement, composé des délégués des assemblées provinciales et qui restait par leur intermédiaire en communion avec le pays. Les Ordres s'affranchissaient un moment de leurs préoccupations mesquines, sacrifiaient leurs ambitions personnelles à l'intérêt suprême de la patrie : un vent de liberté soufflait, les idées démocratiques reparaissaient. Cela seul révélerait l'influence prépondérante des villes et des Frères.
Mais que valent les programmes sans les hommes! Il était plus aisé de protester contre les lois de Ferdinand que de secouer le souvenir des vingt dernières années : beaucoup avaient déjà le pli de la servitude. Dans la réunion des Trois Ordres, des dissidences se produisirent. Jean de Pernstein, le chef des Utraquistes progressistes, se sentait dépassé : ni le roi sans les communes, disait-il, ni les communes sans le roi ne peuvent bien marcher. Beaucoup étaient assaillis par les mêmes doutes. Ils n'avaient pas envisagé les conséquences extrêmes de leur action : mis en demeure de prendre les armes pour soutenir leurs droits, ils se troublaient. Entre leur serment de fidélité au roi et leurs sympathies religieuses, ils ne se décidèrent pas à choisir, attendirent les événements. Les plus clairvoyants d'entre les nobles se demandaient à qui profiteraient les modifications introduites dans la constitution, éprouvaient quelque honte d'être traînés à la remorque des bourgeois. Les Utraquistes se méfiaient des Frères. Dans le comité directeur, quatre membres sur huit appartenaient à l'Unité : n'était-ce pas un scandale ? Parmi les Frères euxmêmes, plus d'un s'étonnait du rôle qu'ils avaient pris : était-ce à eux de tirer l'épée? N'étaient-ils plus les disciples de Celui qui a dit que son royaume n'était pas de ce monde?
Les Etats avaient voté la levée d'une armée : le commandant fut Pflug de Rabenstein qui ne manquait ni d'expérience ni de courage, mais qui n'avait ni assez d'autorité pour obtenir de la diète des résolutions décisives, ni assez d'initiative pour y suppléer. Les troupes arrivaient lente-