DEFAITE DE L INSURRECTION
relever les courages, obtinrent quelques votes énergiques. Vaines démonstrations qui ne trompaient personne. Tant qu'ils étaient ensemble, les députés se grisaient de leur éloquence et prenaient des poses héroïques; dès qu'ils se retrouvaient seuls, ils retombaient dans leurs tergiversations et leurs terreurs. Les nouvelles se pressaient, sinistres : Jean-Frédéric avait renoncé à l'Electorat en faveur de Maurice, et il n'avait pas même reçu la liberté pour prix de son abdication ; Philippe de Hesse, pressé par des forces supérieures, s'était rendu à discrétion. L'Allemagne était aux pieds de l'Empereur, la Réforme écrasée, le Catholicisme triomphant : Charles-Quint se préparait à tourner ses armes contre les Tchèques ; dans la lutte imminente quelles chances de succès restaient aux rebelles! Déjà F'erdinand entrait dans le royaume à la tête d'une armée impériale et arrivait à Litomierzitse. Il y convoquait les Etats moraves et silésiens qui accoururent aussitôt, tout agités d'une joie secrète à la pensée des malheurs qui menaçaient leurs maladroits voisins. Qu'opposerait-on à Ferdinand ? — L'armée de Pflug? — Elle n'existait plus; les soldats s'étaient éparpillés sans attendre les ordres de la diète.
Ferdinand avait le sens très fin de la réalité des choses et le succès ne l'enivrait pas. Il savait que la fortune aime les audacieux, trahit vite aussi les imprudents. La victoire qu'il avait remportée était brillante, et il comptait l'exploiter, mais il ne voulait pas la compromettre par des exigences intempestives. Les Tchèques, imprudents, divisés, timorés, avaient mérité une sévère leçon ; — il fallait craindre, en les poussant à bout, de rendre leur désespoir redoutable.
D'autant plus que l'Allemagne était encore frémissante, surprise plus que domptée : de ce côté, l'avenir réservait aux triomphateurs de tristes étonnements, et le roi, moins optimiste que son frère, le pressentait. Il ne faut pas croire d'ailleurs que, dès cette époque, les idées de monarchie absolue fussent généralement répandues; un système n'at-