I»2 DEFAITE DE L INSURRECTION
teint que lentement sa formule dernière ; les souverains du xv!*^ siècle sont les précurseurs, non les fondateurs de la monarchie de droit divin. Ils entendent limiter les libertés publiques, non les supprimer. Philippe II lui-même ne poursuit pas la ruine des anciennes coutumes : à plus forte raison, Ferdinand. Il n'était pas cruel, et une guerre d'extermination d'où la Bohême serait sortie ruinée et dépeuplée, l'aurait épouvanté : — ce sont des extrémités auxquelles un fanatique seul tel que Ferdinand II se résigne ; — et pour arracher.le Calice aux Utraquistes ou aux nobles leurs privilèges, une guerre d'extermination eût été nécessaire.
A quoi bon d'ailleurs? Une longue expérience des diètes avait convaincu le roi que, bien maniées, elles étaient une gêne plutôt qu'un obstacle, et quant aux Utraquistes, quelques modestes concessions les décideraient sans doute à se soumettre à Rome. Le plus sage était de ménager ses coups et de réserver ses rigueurs à ceux avec lesquels toute entente était évidemment impossible. Qui avait-il trouvé sans cesse devant lui? Les villes et les Frères. Ferdinand les haïssait non pas seulement à cause de leur résistance passée et de la part éminente qu'ils avaient prise à l'insurrection, mais parce qu'il devinait en eux un élément de régénération pour le pays. Les idées démocratiques qu'ils représentaient l'efifrayaient comme un inconnu redoutable, bien plus que l'opposition oligarchique. Ce fut sur eux qu'il épuisa sa colère.
Il ordonna aux seigneurs et aux chevaliers de se rendre dans son camp de Litomierzitse et promit l'amnistie à tous ceux qui répondraient à son appel et prouveraient qu'ils n'avaient pris part à la révolte que par crainte ou par entraînement. Presque tous obéirent, rivalisèrent de servilité pour pallier leurs torts, promirent de se retirer de la ligue et de soutenir le roi contre ceux qui persisteraient dans l'insurrection. Le roi, si débonnaire vis à vis des nobles qu'il recevait même à merci un des orateurs les plus en vue de l'opposition progressiste, Jean de Pernstein,
montrait au contraire les dispositions les plus hostiles aux villes. Leurs députés n'avaient pas été mandés à Litomierzitse. Une délégation des Praguois ne fut pas reçue. Ils écrivirent au roi une lettre très humble : il ne leur répondit qu'en faisant avancer ses troupes ; elles occupèrent les hauteurs qui dominent la ville et les quartiers situés sur la rive gauche de la Vltava. La population passait par des alternatives énervantes de surexcitation et d'abattement. Le petit peuple voulait se défendre ; dans les cercles voisins, la population, exaspérée par les pilleries des bandes espagnoles et italiennes, prenait les armes, parlait d'aller au secours de la cité sainte du Hussitisme. Une imprudence pouvait aboutir à un épouvantable malheur. Ferdinand semblait chercher un prétexte pour donner une leçon à la capitale : je ne commencerai pas, avait-il dit aux envoyés de Prague, et les miens ne commenceront pas ; mais si vous commencez, tant pis pour vous, la fin sera mauvaise. — Et quel succès attendre d'une tardive levée de boucliers! Les modérés décidèrent la commune à se soumettre au roi sans condition (juillet 1547 ')•
Il fut impitoyable. Les Praguois durent renoncer à la ligue et remettre tous les documents qui s'y rapportaient, livrer leurs armes et leurs munitions, abandonner au monarque les biens communaux et tous les revenus de la cité; ils s'engagèrent à payer un impôt permanent sur la bière, renoncèrent à tous les privilèges qu'ils tenaient des anciens princes. Jusqu'en 1 547, Prague formait une sorte de république et l'autorité ro3^ale y était étoitement limitée : les chartes nouvelles lui enlevèrent la plupart de ses prérogatives. — Auparavant le roi seul, lorsqu'il était présent dans le ro3'aume, nommait les Conseillers de la commune, et même alors il était lié en partie par les présentations que lui faisaient les conseillers sortants, ne pouvait désigner que des Utraquistes; désormais, le conseil du roi choisit en toute liberté les magistrats. Les assemblées générales furent