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interdites à moins d'autorisation spéciale. Les plus importantes questions d'administration intérieure furent soustraites à la compétence des autorités municipales et réservées au roi. Un officier royal, « le capitaine de la ville », eut la direction de la haute police, présida le conseil et veilla à ce qu'il ne votât aucune résolution contraire à la volonté du souverain. Un « juge royal » représenta dans le tribunal les intérêts du prince. Jusque-là, on en appelait de la plupart des justices urbaines au tribunal de la Vieille-Ville de Prague; ses pouvoirs furent transférés à une nouvelle cour, le Tribunal du château de Prague, d'où ressortirent les justices municipales de Bohême, de Silésie et de Moravie. Les bourgeois enfin furent atteints dans leur fortune par l'interdiction d'acquérir des biens libres et la suppression des corporations '.
Désormais, dépouillée de ses immenses domaines, ruinée par des impôts onéreux, privée de ses ressources les plus nécessaires, Prague cessait d'être la métropole du royaume, le centre de la bourgeoisie bohème, l'inspiratrice et l'exemple des autres cités. Sans doute, par la suite, l'arrêt qui l'avait frappée, fut adouci sur certains points; elle recouvra quelques-uns de ses domaines, — Ferdinand voulait sa soumission, et non sa ruine; seulement il avait calculé ses coups assez habilement pour qu'une restauration complète fût impossible. Prague ne perdit jamais toute l'importance que lui assuraient sa population, sa richesse et les souvenirs de son histoire; — mais les jours de gloire et de puissance sont à toujours passés pour elle : elle suit les révolutions, elle ne les conduit plus. Elle s'attriste ou se réjouit des événements, elle s'y mêle quelquefois, elle ne les domine pas. Amère était la douleur de ceux qui voyaient ainsi ruiner en un jour de malheur l'œuvre de tant de générations : « Nous avons vu ces temps dont la colère de Dieu avait menacé et épouvanté nos prédécesseurs, écrit Sixte
r, V. Tchélakovsky, Les privilèges des villes de Prague, Introduction, p. xxxiii, et Privilèges, n»* :«35-236.
d'Ottersdorf. Si Dieu tout puissant, disaient-ils, voulait prolonger notre vie, nous ne voudrions pas rester encore dans ce monde; dans la dernière épidémie, nous avons entendu de jeunes et innocents enfants qui disaient à leurs parents : vous pleurez sur nous, mais dans peu d'années telles seront les épreuves qui fondront sur vous que vous préféreriez être morts que vivants, si le choix vous était donné. Ce qu'ils prédisaient par l'inspiration divine, ce que beaucoup de saintes gens ont consigné dans leurs récits, nous l'avons vu de nos yeux, et notre affliction et notre désespoir ont été grands '. » Le malheur qui accablait Prague atteignait en même temps le roj'aume tout entier. Depuis lors il porte aux flancs comme une blessure toujours saignante, qui paralyse tous les efforts et épuise peu à peu l'organisme social. Trois siècles s'écouleront avant que le peuple tchèque réussisse à reconquérir sa capitale, et du jour seulement où il l'aura retrouvée, datera sa résurrection.
Les autres villes ne furent pas traitées avec plus de clémence. Elles furent frappées d'amendes énormes, condamnées à livrer leurs armes, à abandonner au roi leurs domaines et leurs octrois, payèrent un impôt sur la consommation du vin et de la bière. Les conseillers municipaux furent nommés par le sous-chambellan et responsables devant lui ^ D'ailleurs les pouvoirs du sous-chambellan passèrent en fait à la Chambre royale, elle eut ses représentants dans les villes, les jug-es et les procureurs qui s'arrogèrent la haute direction des affaires politiques ou judiciaires. Les procès des bourgeois furent jugés en appel par le Tribunal du château, qui était dans une étroite dépendance du roi. — « Depuis 1647, écrit un historien du xvii^ siècle, Péchina deTchechorod, les villes, déchues de leurs privilèges et de leurs richesses, ne purent et ne peuvent encore élever aussi haut la tête qu'elles le faisaient auparavant, de telle sorte que la défaite de cette insurrection est à propre-