‹ Les premiers hommes dans la luneChapitre 16 sur 36 · partie supérieure de sa personne; il aura · texte numérisé non relu

partie supérieure de sa personne; il aura

des mains et marchera debout.

Bientôt il bifurqua dans une autre direc--

tion.

— Nous sommes à une certaine profan--

deur... C'est-à-dire... peut-être... Une

couple de milliers de pieds ou plus...

— Pourquoi?

— Il fait plus frais... et nos voix sont

tellement plus fortes. Cette atténuation

de tout... a complètement disparu... et

aussi cette sensation de la gorge et des

oreilles...

Je ne l'avais pas encore remarqué, mais

son observation m'en lit apercevoir aussi--

tôt.

— L'air est plus dense. Nous sommes à

une grande profondeur, peut-être à un

mille à l'intérieur de la lune.

— Il ne nous était pas venu à l'idée qu'il

pouvait y avoir un monde sous la surface

lunaire.

— Non !

— Comment aurions-nous pu l 'ima--

giner?

— Nous l'aurions pu. Seulement... il y a

contre cela des habitudes d'esprit...

Il se mit à réfléchir.

— Maintenant, fit-il. cela semble une

chose si évidente! Parbleu! C'est naturel!

La lune doit être une série d'énormes

cavernes avec une atmosphère intérieure,

et, au centre de ces cavernes, une mer. On

savait que la lune a un poids spécifique

moindre que la terre: on savait aussi

qu'elle a au dehors peu d'air et peu d 'eau;

on savait aussi que c'est une planète sœur de la terre et qu'il serait inexpli-cable qu'elle fût d'une composition diffé-rente. L'inférence qu'elle était creusée s'imposait aussi claire que le jour. Et, cependant, on n'a jamais accepté cela comme un fait. Kepler, sans doute...

A cet instant, le ton de sa voix expri-mait l'intérêt éprouvé par un homme qui a découvert une jolie suite de raisonne-ments.

— Ouil continua-t-il. Kepler avec ses subvolvani avait raison, après tout!

— Vous auriez bien dû prendre la peine de vous en apercevoir avant de vous mettre en route.

Il ne répliqua rien et poursuivit ses pensées en bourdonnant doucement. Je sentis la patience me manquer.

— Que pensez-vous que soit devenue la sphère? — demandai-je.

— Perdue! fit-il, du ton d'un homme qui répond à une question sans impor-tance.

— Au milieu de ces plantes?

— A moins qu'ils ne l'aient trouvée...

— Et alors?

— Que puis-je vous dire de plus?

— Cavor! fîs-je avec une sorte d'amer-tume impatientée, j'ai de brillantes per-spectives maintenant pour ma compa-gnie...

Il ne daigna pas me répondre.

— Bon Dieu! exclamai-je. Quand on pense à toute la peine que nous avons prise pour nous mettre dans de si beaux draps!... Pourquoi sommes-nous venus?

Que cherchons-nous? Qu'était la lune pour nous, ou nous pour elle? Nous avons trop désiré et nous avons trop risqué. Nous aurions dû d'abord lancer les petites choses. C'est vous qui avez proposé la lune. Les stores à ressorts garnis de Cavo-rile\ Je suis certain que nous aurions pu nous en servir pour des applications ter-restres... A coup sûr!... Aviez-vous réelle-ment compris ce que je voulais faire? Un cylindre d'acier...

— Sottise ! interrompit Cavor/

La conversation en resta là.

Au bout d'un certain temps, Cavor entama un monologue à bâtons rompus, sans recevoir d'encouragement de ma part.

— S'ils la trouvent, commença-t-il, s'ils la trouvent... qu'en feront-ils? Cela est une question! C'est peut-être même la seule question. Il est probable qu'ils-n'y com-prendront rien. S'ils comprenaiént cette

sorte d'instrument, il y a longtemps qu'ils

seraient venus sur la lerre. Y seraient-ils

venus? Pourquoi pas? En tout cas, ils y

auraient envoyé quelque chose... Ils

n'eussent certes pas manqué une pareille

occasion. Non! mais ils examineront la

sphère. Il est clair qu'ils sont. intelligents

et curieux. Ils l'examineront... ils y entre--

ront... ils feront manœuvrer les boutons.

Ouf! En route! Nous serions condamnés à

la lune à perpétuité. Créatures étanges,

connaissances étranges...

— Quant à des connaissances étran--

ges!... interrompis-je, et les paroles me

manquèrent.

— Dites donc, Bedford? s'écria Cavor,

vous vous êtes joint à cette expédition de

votre propre consentement!

— Vous m'aviez dit que nous allions à la

découverte...

— Il y a toujours des risques dans ces

sortes d'entreprises.

— Surtout quand on part sans armes et

sans prévoir toutes les éventualités possi--

bles.

— J'étais si absorbé par la sphère!...

Nous avons été pris et entraînés.

— Oui, moi, j'ai été pris, voulez-vous

dioe.

— Oh! moi aussi autant que vous. Com--

ment pouvais-je savoir, quand je me suis

mis à travailler à la physique moléculaire.

que cela finirait par m'amener ici... ici,

entre tous autres endroits?

— C'est cette maudite science! m'é--

criai-je.

— C'est le diable lui-même; les prêtres

et les inquisiteurs du Moyen âge avaient

raison, et les modernes ont tort. Vous

risquez de petites expériences et l'on vous

offre des miracles. Puis, aussitôt que vous

y êtes pris, vous êtes bernés et démolis de

la façon la plus inattendue. Vieilles pas--

sions et nouvelles armes... Tantôt cela

bouleverse votre religion, tantôt cela ren--

verse vos idées sociales, on vous précipite

dans la désolation et la misère!... N'im--

porte! Je ne vois pas d'utilité à ce que vous

me cherchiez querelle maintenant. Ces

créatures... ces Sélénites... de quelque

nom qu'on les appelle, nous tiennent pieds

et mains liés. Quelle que soit l'humeur qu'il

vous plaise d'arborer pour aller jusqu 'au

bout de la chose, vous êtes bien forcé

d'aller jusqu*au bout,... nous avons en

perspective des expériences qui réclame--

ront tout notre sang-froid.

Il s'arrêta comme s'il eût attendu de ma part. quelque parole d'assentiment.

Mais je persistai dans ma bouderie.

— Au diable votre science ! dis-je.

— La question est de savoir de quelle façon communiquer avec eux. Les gestes, je le crains, seront différents. Indiquer les objets par exemple... Il n'y a que les hommes et les singes qui le tassent.

Cotte assertion parut, même à un igno-rant comme moi, évidemment erronée.

— Mais presque tons les ani-maux, m'éeriai-je, indiquent les objets avec leurs yeux ou leur nez!

Cavor médita un instant sur cette remarque.

— Oui, linit-il par dire. Il y a de telles différences, de telles différences!... On pourrait... Mais comment dire? Il y a la parole.

Les brnits qu'ils font, cessons de flûte ou de fifre..., je ne vois pas comment nous pourrions imiter cela? Est-ce leur langage cette espèce de bruit? Ils peuvent avoir des sens différents, des moyens d'expression et de communica-tion différents. Certes, ils sont des intelligences, et nous som-mes aussi des intelligences...

Nous devons avoir quelque chose de commun. Qui sait jusqu'à quel point nous pouvons aller dans cette voie?

— Tout cela est en dehors de la question, déclarai-je. Ils sont plus éloignés de nous que le plus étrange des animaux de la terre. Ils sont d'une essence tout autre. A quoi bon parler de la sorte?

Cavor prit un moment de réflexion.

Je ne suis pas de cet avis. Partout où il y a des intelligences, elles auront quel-que chose de similaire... même si elles se sont développées sur des planètes diffé-rentes. Naturellement, si c'était une ques-tion d instinct..., si eux ou nous n'étions que de simples animaux...

Sont-ils plus que cela? Ils ressem-blent beaucoup plus à des fourmis dres-sées sur leurs pattes de derrière qu'à des êtres humains... et qui a jamais pu se faire comprendre par les fourmis?

Mais ces machines et cet habillement!

Non! je ne suis pas de votre avis, Bed lord.

La différence qui nous sépare d'eux est énorme...

— Elle est infranchissable!

— La ressemblance devra servir de pont

pour la franchir, en ce cas. Je me rap--

pelle avoir lu une fois une étude du

regretté professeur Galton sur les possibi--

lités de communication entre les pla--

nètes.

« A cette époque, malheureusement, il

ne me paraissait guère probable que cette

Page 1