partie supérieure de sa personne; il aura
des mains et marchera debout.
Bientôt il bifurqua dans une autre direc--
tion.
— Nous sommes à une certaine profan--
deur... C'est-à-dire... peut-être... Une
couple de milliers de pieds ou plus...
— Pourquoi?
— Il fait plus frais... et nos voix sont
tellement plus fortes. Cette atténuation
de tout... a complètement disparu... et
aussi cette sensation de la gorge et des
oreilles...
Je ne l'avais pas encore remarqué, mais
son observation m'en lit apercevoir aussi--
tôt.
— L'air est plus dense. Nous sommes à
une grande profondeur, peut-être à un
mille à l'intérieur de la lune.
— Il ne nous était pas venu à l'idée qu'il
pouvait y avoir un monde sous la surface
lunaire.
— Non !
— Comment aurions-nous pu l 'ima--
giner?
— Nous l'aurions pu. Seulement... il y a
contre cela des habitudes d'esprit...
Il se mit à réfléchir.
— Maintenant, fit-il. cela semble une
chose si évidente! Parbleu! C'est naturel!
La lune doit être une série d'énormes
cavernes avec une atmosphère intérieure,
et, au centre de ces cavernes, une mer. On
savait que la lune a un poids spécifique
moindre que la terre: on savait aussi
qu'elle a au dehors peu d'air et peu d 'eau;
on savait aussi que c'est une planète sœur de la terre et qu'il serait inexpli-cable qu'elle fût d'une composition diffé-rente. L'inférence qu'elle était creusée s'imposait aussi claire que le jour. Et, cependant, on n'a jamais accepté cela comme un fait. Kepler, sans doute...
A cet instant, le ton de sa voix expri-mait l'intérêt éprouvé par un homme qui a découvert une jolie suite de raisonne-ments.
— Ouil continua-t-il. Kepler avec ses subvolvani avait raison, après tout!
— Vous auriez bien dû prendre la peine de vous en apercevoir avant de vous mettre en route.
Il ne répliqua rien et poursuivit ses pensées en bourdonnant doucement. Je sentis la patience me manquer.
— Que pensez-vous que soit devenue la sphère? — demandai-je.
— Perdue! fit-il, du ton d'un homme qui répond à une question sans impor-tance.
— Au milieu de ces plantes?
— A moins qu'ils ne l'aient trouvée...
— Et alors?
— Que puis-je vous dire de plus?
— Cavor! fîs-je avec une sorte d'amer-tume impatientée, j'ai de brillantes per-spectives maintenant pour ma compa-gnie...
Il ne daigna pas me répondre.
— Bon Dieu! exclamai-je. Quand on pense à toute la peine que nous avons prise pour nous mettre dans de si beaux draps!... Pourquoi sommes-nous venus?
Que cherchons-nous? Qu'était la lune pour nous, ou nous pour elle? Nous avons trop désiré et nous avons trop risqué. Nous aurions dû d'abord lancer les petites choses. C'est vous qui avez proposé la lune. Les stores à ressorts garnis de Cavo-rile\ Je suis certain que nous aurions pu nous en servir pour des applications ter-restres... A coup sûr!... Aviez-vous réelle-ment compris ce que je voulais faire? Un cylindre d'acier...
— Sottise ! interrompit Cavor/
La conversation en resta là.
Au bout d'un certain temps, Cavor entama un monologue à bâtons rompus, sans recevoir d'encouragement de ma part.
— S'ils la trouvent, commença-t-il, s'ils la trouvent... qu'en feront-ils? Cela est une question! C'est peut-être même la seule question. Il est probable qu'ils-n'y com-prendront rien. S'ils comprenaiént cette
sorte d'instrument, il y a longtemps qu'ils
seraient venus sur la lerre. Y seraient-ils
venus? Pourquoi pas? En tout cas, ils y
auraient envoyé quelque chose... Ils
n'eussent certes pas manqué une pareille
occasion. Non! mais ils examineront la
sphère. Il est clair qu'ils sont. intelligents
et curieux. Ils l'examineront... ils y entre--
ront... ils feront manœuvrer les boutons.
Ouf! En route! Nous serions condamnés à
la lune à perpétuité. Créatures étanges,
connaissances étranges...
— Quant à des connaissances étran--
ges!... interrompis-je, et les paroles me
manquèrent.
— Dites donc, Bedford? s'écria Cavor,
vous vous êtes joint à cette expédition de
votre propre consentement!
— Vous m'aviez dit que nous allions à la
découverte...
— Il y a toujours des risques dans ces
sortes d'entreprises.
— Surtout quand on part sans armes et
sans prévoir toutes les éventualités possi--
bles.
— J'étais si absorbé par la sphère!...
Nous avons été pris et entraînés.
— Oui, moi, j'ai été pris, voulez-vous
dioe.
— Oh! moi aussi autant que vous. Com--
ment pouvais-je savoir, quand je me suis
mis à travailler à la physique moléculaire.
que cela finirait par m'amener ici... ici,
entre tous autres endroits?
— C'est cette maudite science! m'é--
criai-je.
— C'est le diable lui-même; les prêtres
et les inquisiteurs du Moyen âge avaient
raison, et les modernes ont tort. Vous
risquez de petites expériences et l'on vous
offre des miracles. Puis, aussitôt que vous
y êtes pris, vous êtes bernés et démolis de
la façon la plus inattendue. Vieilles pas--
sions et nouvelles armes... Tantôt cela
bouleverse votre religion, tantôt cela ren--
verse vos idées sociales, on vous précipite
dans la désolation et la misère!... N'im--
porte! Je ne vois pas d'utilité à ce que vous
me cherchiez querelle maintenant. Ces
créatures... ces Sélénites... de quelque
nom qu'on les appelle, nous tiennent pieds
et mains liés. Quelle que soit l'humeur qu'il
vous plaise d'arborer pour aller jusqu 'au
bout de la chose, vous êtes bien forcé
d'aller jusqu*au bout,... nous avons en
perspective des expériences qui réclame--
ront tout notre sang-froid.
Il s'arrêta comme s'il eût attendu de ma part. quelque parole d'assentiment.
Mais je persistai dans ma bouderie.
— Au diable votre science ! dis-je.
— La question est de savoir de quelle façon communiquer avec eux. Les gestes, je le crains, seront différents. Indiquer les objets par exemple... Il n'y a que les hommes et les singes qui le tassent.
Cotte assertion parut, même à un igno-rant comme moi, évidemment erronée.
— Mais presque tons les ani-maux, m'éeriai-je, indiquent les objets avec leurs yeux ou leur nez!
Cavor médita un instant sur cette remarque.
— Oui, linit-il par dire. Il y a de telles différences, de telles différences!... On pourrait... Mais comment dire? Il y a la parole.
Les brnits qu'ils font, cessons de flûte ou de fifre..., je ne vois pas comment nous pourrions imiter cela? Est-ce leur langage cette espèce de bruit? Ils peuvent avoir des sens différents, des moyens d'expression et de communica-tion différents. Certes, ils sont des intelligences, et nous som-mes aussi des intelligences...
Nous devons avoir quelque chose de commun. Qui sait jusqu'à quel point nous pouvons aller dans cette voie?
— Tout cela est en dehors de la question, déclarai-je. Ils sont plus éloignés de nous que le plus étrange des animaux de la terre. Ils sont d'une essence tout autre. A quoi bon parler de la sorte?
Cavor prit un moment de réflexion.
Je ne suis pas de cet avis. Partout où il y a des intelligences, elles auront quel-que chose de similaire... même si elles se sont développées sur des planètes diffé-rentes. Naturellement, si c'était une ques-tion d instinct..., si eux ou nous n'étions que de simples animaux...
Sont-ils plus que cela? Ils ressem-blent beaucoup plus à des fourmis dres-sées sur leurs pattes de derrière qu'à des êtres humains... et qui a jamais pu se faire comprendre par les fourmis?
Mais ces machines et cet habillement!
Non! je ne suis pas de votre avis, Bed lord.
La différence qui nous sépare d'eux est énorme...
— Elle est infranchissable!
— La ressemblance devra servir de pont
pour la franchir, en ce cas. Je me rap--
pelle avoir lu une fois une étude du
regretté professeur Galton sur les possibi--
lités de communication entre les pla--
nètes.
« A cette époque, malheureusement, il
ne me paraissait guère probable que cette