‹ Les premiers hommes dans la luneChapitre 21 sur 36 · POINTS DE VUE · texte numérisé non relu

POINTS DE VUE

A mesure que nous avancions, la clarté

devenait de plus en plus nette. En peu de

temps, elle fut presque aussi vive que la

phosphorescence des jambes de Cavor.

Notre tunnel s'agrandissait en un''

caverne, de l'extrémité de laquelle venait

cette lumière nouvelle. Quelque chose

que j'aperçus surexcita toutes mes espé--

rances.

— Cavor! cela vient d'en haut! Je suis

sûr Cela vient d'en haut.

Il ne répondit pas, mais accéléra son

allure.

C'était indiscutable une clarté grise,

une lumière argentée.

L'instant d'après, nous nous trouvions

au-dessous. La lueur filtrait à travers une

crevasse du plafond et, tandis que je

regardais, la tête en l'air, jusqu'où allait

cette fente, une énorme goutte d'eau me

tomba à la figure. Je tressaillis et m'é--

cartai vivement... Toc, la chute d'une

autre goutte s'étendit distinctement sur

le sol rocheux.

— Cavor! si l'un de nous soulève l'autre,

on pourra atteindre cette fissure.

— Je vais vous soulever, me dit-il, et,

immédiatement, il me haussa comme si je

n'avais pas plus pesé qu'un enfant.

Je passai un bras dans la crevasse et,

juste au bout de mes doigts, je trouvai un

petit rebord auquel je pus m'accrocher.

La lumière blanche était, à présent,

beaucoup plus brillante. Avec deuxd»igts,

je me soulevai presque sans effort, bien

que sur terre, mon poids fût de soixante--

quinze kilos; j'atteignis un recoin plus

élevé de la roche et, de cette façon, j'ins--

tallais mes pieds sur l'étroit rebord.

J'étendis les bras et j'explorai le rmc en

tâtonnant avec les mains : la fente s'élar--

gissait graduellement.

— On peut grimper, dis-je à Cavor,

vous allez sauter après mon bras que je

vous tend. Je me calai entre les parois, posai un pied et un genou sur le rebord et abais-sai ma main autant que je pus. Je ne voyais pas Cavor, mais j'entendis le léger bruit qu'il fit en s'accroupissant pour sauter. D'un seul élan, il vint, pas plus lourd qu'un chat se cramponner à mon bras. Je le tirai jusqu'à ce qu'il eût une main sur le rebord.

— C'est renversant!

remarquai-je. Tout le monde pourrait être-alpiniste dans la lune.

Sans plus tarder, je commençai vivement l'escalade. Pendant quelques minutes, je gravis la pente avec entrain, puis je levai de nouveau la tête.

La fissure s'agrandis-sait d'une façon con-tinue et la clarté deve-nait plus brillante.

Seulement... ce n'était pas la lumière du j our.

Au bout d'un mo-ment, je pus m'en ren-dre compte, et, à cette vue, mon désappointe-ment fut tel que je me serais bien cogné la tête contre le toc. J'a-percevais seulement un espace ouvert, des-.

cendant en pente irré-gulière, sur lequel croissait une forêt de petits champignons.

en forme de massue, dont chacun rayon-nait cette lumière ar-gentée et rosâtre. Un instant, je restai les yeux fixés sur leur éclat adouci, puis je m élançai sur la plate-forme. J'en arra-chai une demi-douzaine et les lançai con-tre la paroi; enfin, je m'assis, éclatant d'un rire amer, et, à ce moment, la tête rousse de Cavor émergeait.

— C'est encore cette maudite -phospho-rescence! dis-je. Pas besoin de tant se presser. Prenez un siège et faites comme chez vous.

Tandis qu'il se mettait à bredouiller sa désillusion, je m'amusais à faire tomber dans la fissure des poignées de ces végétaux. —, J'avais cru que c'était la clarté du soleil! dit-il piteusement.

— La clarté du soleil ! m'écriai-jè. L'au--

rore, le couchant, les nuages et les cieux

orageux! Les reverrons-nous jamais?

Tandis que je parlais, tout un tableau

de notre monde semblait s'élever devant

mes yeux, brillant minuscule et clair

comme l'arrière-plan de certaines pein--

tures italiennes.

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