‹ Les premiers hommes dans la luneChapitre 5 sur 36 · EN ROUTE POUR LA LUNE · texte numérisé non relu

EN ROUTE POUR LA LUNE

Bientôt, Cavor éteignit la lumière. Il déclara que nous n'avions pas une trop grande provision d'énergie électrique et

que nous devions l'économiser pour lire.

Pendant un certain temps, —je ne saurais

dire si ce fut long ou court, — il n'y eut

autre chose que l'absolue obscurité.

Dans ce vide, une question sembla se

préciser.

— Comment marchons-nous? deman--

dai-je. Quelle est notre direction?

— Nous nous échappons de la terre par

la tangente, et comme la lune est proche

de sa troisième phase, nous allons quel--

'que part vers elle. Je vais ouvrir un

store...

J'entendis un déclic, puis une fenêtre de

la carapace s'ouvrit toute grande. Le ciel,

au dehors, était aussi noir que l'intérieur

de la sphère, mais le cadre de la fenêtre

ouverte renfermait une infinité d'étoiles.

Ceux qui n'ont vu que de la terre la

voûte étoilée ne peuvent imaginer son

aspect quand Je voile vague et à demi

lumineux de notre atmosphère n'est plus

interposé.

Les astres que nous apercevons de la

terre ne sont que les survivants épars qui

réussissent à traverser notre brumeuse

couche d'air. Alors, au moins, je pus

comprendre ce que l'on voulait dire en

parlant des multitudes célestes.

Nous allions bientôt voir des choses plus

étranges, mais ce ciel sans air et tout

empoussiéré d'étoiles... Entre toutes, je

crois que cette chose-là sera une des

dernières que j'oublierai.

La petite fenêtre se referma avec un

déclic; une autre s'ouvrit brusquement et

se referma aussitôt, puis une troisième, et

je dus un instant fermer les yeux, à cause

de l'aveuglante splendeur de la lune

décroissante.

Il me fallut porter mes regards tour à

tour sur Cavor et les objets qui m entou--

raient, baignés de clarté blanche, pour

habituer peu à peu mes yeux à cette

intense lumière^ et pouvoir regarder le

pâle éblouissement.

Quatre fenêtres furent ouvertes, afin

que la gravitation de la lune pût agir sur

toutes les substances de notre sphère. Je

m'aperçus que je ne flottais plus libre--

ment dans l'espace, mais que mes pieds

reposaient sur le verre, dans la direction

de la lune. Nos couvertures et nos caisses

de provisions aussi glissèrent lentement,

au long de la paroi, et s'arrêtèrent bien--

tôt de façon à intercepter une partie de

la vue.

Naturellement, il me sembla qu en JE DUS FERMER LES YEUX A CAUSE DE L'AVEUGLANTE SPLENDEUR DE LA LUNE DÉCROISSANTE. regardant la lune, je regardais en bas. Sur la terre, en bas, signifie vers le sol, la direction dans laquelle les choses tom-bent, et en haut, la direction opposée. A cet instant, l'effort de la gravitation nous attirait vers la lune, et j'étais complète-ment persuadé que notre planète était au-dessus de ma tête. Naturellement,

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