Cantique de communion
Mais déjà il a clos ses paupières, en révant au grand bonheur du lendemain.
Je termine par les leçons de piété les meilleures, les plus agréables, les plus faciles à recevoir et, si Vous savez faire, Madame, les plus faciles à donner : ce sont vos conversations. Là, sans qu’un enfant s’en doute, vous pouvez l’imprégner de surnaturel, Demandez-vous chaque matin, ainsi que Pasteur le conseillait à tous les maîtres : “ ( ‘omment Pourrai-je aujourd’hui, élever plus haut qu’hier l'esprit et le cœur de mes enfants ? ”’
Une conversation n’est pas u:: discours ; ne prêchez donc pas, mais causez. Et ne craignez pas d’aborder les grandes questions de la foi et de la piété, de montrer votre enthousiasme, votre indignation, vos craintes : votre enfant, tout impressionné d’être pris au sérieux, sera très attentif.
Au mois de septembre dernier, nous entendions avec surprise un bon petit diable soutenir ainsi de vraies conversations sur des sujets très élevés. Il questionnait, discutait, donnait son avis, il riait, parfois, de ce rire frais et pur des enfants, lorsque sa mère donnait un ton plus imprévu à sa pensée. Et le temps s’écoulait sans que, de part et d’autre, il fût trouvé trop long.
Si vos entretiens prennent l'allure d’un sermon, instinctivement nos petits se tiennent sur la défensive ; ils prévoient quelque chose d’ennuyeux. Dans
ET qe
ces causeries, au contraire, il est aisé de les atteindre et, autre avantage bien précieux, en raisonnant ils finissent par se convaincre eux-mêmes. Je voudrais citer des exemples, mais à quoi bon? L’à-propos et le naturel feront toute l'efficacité de vos reflexions : il faut que, spontanément, elles jaillissent du plus intime de votre âme.
Qui dira, alors la puissance d’un mot? Lorsqu'il a été prononcé, nul n’a paru y prendre garde, mais secrètement, uneiâme en a été touchée. Et il fait son chemin en elle: chaque jour, il la pénètre davantage ; une heure vient où il l’a totalement transformée. Mais vous le comprenez, Madame, pour avoir tant d'élan et tant de force, nos paroles doivent exprimer de: sentiments bien sincères et bien intenses !
Faut-il conclure? Tout à l’heure, je vous disais | de le faire toujours. Vivez donc, Madame, la vie k surnaturelle que vous voulez dé.… »pper autour de À vous. Elle vous commupiquera l'inspiration de ce | que vous devez dire et le conviction ; à son tour, | cette conviction ardente et profonde vous donnera | “l'accent ”” qui touche.
ra Si Qu
IV" LETTRK
CE
Pratique de la piété vraie : — L'habitude —- Prières.
Confession : joies de l'areu, de l'aveu qui coûte. — Les “ péchés perdus.”
Communion des tout petits : Préparation, Action de grâces.
Développer l'énergie de l'enfant.
MADAME
Il me paraît utile de vous rappeler quelques principes concernant l'habitude. Vous avez là une auxiliaire trop précieuse dans l'éducation de vos enfants pourn'enpastirerto le parti possible.
Établissons bien, tout d’abord, que nos habitudes, bonnes ou mauvaises, caractérisent notre physionomie morale ; et, comme elles dépendent de notre volonté. par elles, nous pouvons nous faire ce que nous voulons être.
Comment donc s'acquiert une habitude? Par la répétition des mêmes actes. Chaque acte, renouvelé, la fortifie ; omis, négligé, il l’affaiblit. L’effort, indispensable au début, diminue en raison inverse de cette répétition ; il devient nul quand, réellement, l'habitude a pris en nous la force d’une seconde na-
EC
ture!'. Rappelez-vous, Madame, vos premières leçons de lecture et d'écriture et voyez avec quelle facilité vous lisez et vous écrivez aujourd’hui. D'où vient cette facilité? de l’habitude. D'où vient l'habitude ? de la répétition du même acte.
Ce qui est vrai pour les sciences, les arts, l’éducation, l’est aussi pour la piété, avec, pourtant, cette différence que nos inclinations mauvaises resteront toujours le contrepoids de nos meilleures tendances et nous obligeront à veiller sans cesse, même sur nos habitudes acquises, pour les entretenir et les fortifier.
Il faut convenir aussi que l’enfance est le meilleur moment pour contracter des habitudes. L'âme, très souple, se laisse facilement former. Il suffit qu’une autorité s’impose à elle pour la façonner, si j'ose dire, selon le type qu’elle veut réaliser. Ce travail est le vôtre, Madame, il est long, il est pénible, il exige une grande dépense d’énergie. Ah! comme il serait plus agréable de s’isoler avec un livre intéressant au lieu de vivre dans le mouvement et le bruit, de veiller à l’exécution de vos ordres, de reprendre une négligence, d’être, en un mot, toujours en haleine. Il le faut pourtant, afin qu’il n’y ait aucun recul dans cette ascension vers le bien dont nous parlions dans notre derniere lettre. Ne voulez
1, Habit is a cable ; we weave a thread of it every day and at last we cannot break it ( H. Mann).
ET
vous pas faire à vos enfants tout le bien que vous pourrez ? les élever aussi haut qu'ils doivent monter ? Supporterez-vous, Madame, qu'ils soient, par votre faute, inférieurs à ce qu’ils pouvaient être ?
La première habitude pieuse à faire prendre est celle du “ don du cœur ” à Dieu le matin et de la prière, matin et soir. Sans doute, vous assistez au réveil de vos enfants : c’est un moment si décisif dans la journée! N'’acceptez ni bonjour, ni caresse avant cé premier salut donné au Maître qui, pendant notre sommeil, veillait sur nous avec amour. Il aime tant les prémices !
Les prières se réciteront à genoux : ‘Il faut se faire des genoux catholiques ”, disait Mgr de Ségur. Quand à leur durée, c’est un juste milieu à prendre entre le trop et le trop peu.
Ces questions demandent beaucoup de tact et de prudence, et leur solution dépend des attraits de chacun. Je ne parle pas des prières du matin et du soir, les mêmes pour tous : mais Dieu peut avoir des exigences spéciales pour certaines âmes. La petite fille de sainte Jeanne de Chantal faisait oraison chaque jour et en rendait compte à sa mère ‘‘ fort dévotement ”. Sans remonter si haut, nisiloin, je connais des fillettes qui méditent cinq minutes tous
2 vont or
oo d —
les matins. Notre rôle est de diriger et de régler ces premiers élans de ferveur sans les hâter, ni les forcer, et encore moins les étouffer. Ce serait lutter contre Dieu lui-même.
Il est bien évident, Madame, que toutes nos prières doivent être bien faites. La tenue extérieure sera, tout d’abord, irréprocnable. Ayez le courage de rappeler à l’ordre un enfant dissipé ou nonchalant. ‘ N'oublie pas à qui tu parles !”” Rien de tel que le souvenir de la présence de Dieu pour nous garder dans un respect profond. De ce respect, nous ne devons jamais nous départir ; et nous ne nous en départirons jamais, si nous réfléchissons à la distance qui sépare l’Infini du fini et que, donc, Dieu franchit pour venir jusqu’à nous...
Mais le plus difficile, lorsqu'on prie, n’est pas de se maintenir dans une attitude recueillie ! L’imagination, toujours vagabonde, se réfrène moins aisément que les yeux. Que nos enfants sachent bien que ce qui est mal, ce n’est pas d’avoir des distractions, mais seulement de ne pas les combattre et d’y cpnsentir. Trop souvent ils sont troubl: vour n'avoir pas été assez éclairés. Et s’il n’est p: possible de supprimer toutes les distractions, il est possible, du moins, de les prévenir et d’en diminuer le nombre en fixant notre attention sur les paroles prononcées. Y a-t-il beaucoup d’enfants qui pensent leurs prières ? On ne leur demande pas d’en méditer chaque mot, mais il
ER Je ne doivent pas, non plus, les débiter comme de petites machines. Nous sommes des êtres intelligents; le souci de notre dignité doit suffire à nous rendre plus attentifs.
Et comme ce serait bien, si, de bonne heure, ces petits ne se contentaient pas des prières vocales usuelles ; s’ils s’habituaient à considérer Dieu comme le confident de leurs peines, dé leurs craintes, de leurs désirs, et à lui parler simplément, sans phrase ! Quelles prières charmantes et -éffcaces ils trouveraient ainsi, tout seuls ! DE
Je ne vous conseillerai pas de les conduire à l’église, pour les cérémonies du culte, lorsqu'ils sont trop petits : à moins de s’y endormir, ils y seraient insupportables. Mais, er dehors des longs offices, une Courte visite, un salut, ‘leur apprendront à aimer la maison du bon Dieu. a
Voulez-vous, enfin, qu‘ifs-soient heureux de prier chez vous? F aites-leur une petite chapelle. Dans la chambre à coucher ou‘la salle de jeux, mettez une statue du Sacré-Cœur, de la Sainte Vierge, de saint Joseph, des chandeliers, des petits vases... , c’est trés simple et c’est suffisant. L'enfant cueillera des fleurs et ornera lui-même son petit autel. Ses bouquets seront moins gracieux ?... c’est bien possible ! et après? Vous interviendrez pour les fêtes de première classe, et alors, ce sera magnifique. Je connais une famille où chaque petit garcon, chaque
petite fille a sur l’autel, un cierge, avec son nom, éclairé seulement si l’on a été sage. Quelle punition lorsque Maman dit : “ Le cierge de Paul ne s’allumera pas aujourd'hui, car Paul a fait un caprice ! ” Vous imaginez les bonnes résolutions prises en commun pour que, demain, l’autel resplendisse de toutes les lumières ! ;
Les fêtes de l’Église, les. mois de mars, de mai, de juin offrent à notre piété des sujets toujours variés, permettent de changer.iz Gisposition de l’autel, d’apprendre d’autres cantiques. La nouveautéest un attrait si puissant pour les petits !
N'oubliez pas, surtout, que Noël est leur fête par excellence. Avec quelle arüeur ils vont s’y préparer ! Le 24 décembre, la crèche a, été rangée avec leur aide, puis. dans la nuit, vous apportez l’Enfant Jésus. Après, laissez-leur la joie d'amener eux-mêmes les bergers et les mages.
Le ler février dernier, Mme X., passant devant la crèche ainsi préparée et pieusement gardée depuis Noël, aperçoit tous les personnages, à la file indienne, le dos tourné sans façon à l'Enfant Jésus. Très scandalisée, elle veut se faire expliquer cette attitude irrévérencieuse. Un petit garçon, interrogé aussitôt, laisse lire dans ses grands yeux l’étonnement le plus profond. Comment sa mère n’a-t-elle pas compris ? ‘ Mais, Maman, ils ont dit adieu au petit Jésus, et ils s’en vont, et c’est demain le 2 février !”” C’est