‹ Les premiers pas sur la grand'route [microforme]Chapitre 6 sur 12 · PARTIR TAN · texte numérisé non relu

PARTIR TAN

ai-je lu cette pensée : “ La force sans l’amour peut être dureté, l’amour sans la force peut être faiblesse ; la virilité qui s’épanouit en tendresse est une des plus parfaites fleurs humaines ” ? Nous venons d’enraciner cette fleur au prix d’un travail bien ardu : qu’elle s’épanouisse donc enfin !

Je ne vous dis pas, Madame, d’aimer vos enfants : ce serait une injure ! mais sachez vous en faire aimer. Telle mère qui donnerait, pour sauver les siens, jusqu’à la dernière goutte de son sang, ne connaîtra pas l’art si délicat de gagner leur affection. Il faut avoir grandi — souvent, hélas ! il faut avoir été meurtri par la vie — pour comprendre ce dévouement maternel qui s’est prodigué à nous sans compter . Nos enfants ne sont pas capables de l’apprécier encore. Ilest nécessaire, pourtant, qu'ils se sentent aimés. Exprimez-leur votre amour en un langage qu’ils puissent entendre ; faites-le transparaître jusque dans vos reprimandes et qu’ils sachent bien, ces chers petits, que lui seul peut vous donner le courage de les gronder.

Intéressez-vous aussi très sincérement à leur vie. Elle est faite de petites peines, de petites joies, de détails insignifiants pour vous et, pour eux, de la plus haute importance. Témoin cet élève, premier

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en excellence depuis le début de l’année, et qui rentrait un soir chez lui, fort attristé : “ Papa, je suis second ! — Ah! fit le père inattentif. — Je suis second, reprit-il douloureusement, et cela ne vous fait rien!” L’indifférence qui accueillait sa peine l'avait doublée. Une mère, de par sa tendresse même eût été plus perspicace.

Mais, en général, nos enfants sont moins préoccupés de leurs études que de leurs jeux. Ce ne sera pas vous abaisser, Madame, que de vous y prêter. Ils organisent une petite comédie, confectionnez-leur des costumes ; ils construisent, un fort, offrez- ‘ur un drapeau, qui flottera fièrement sur les remparts : ils seront si contents ! Et faites cela avec l’affectueuse délicatesse et la dignité qui donnent tant de valeur au moindre présent. Ces petits plaisirs vous semblent superflus? Tout au contraire, ils ont une grande utilité. Dieu, la sagesse même, n’a pas craint de les semer sur notre route! Il nous donne les fleurs, les oiseaux et tant de choses charmantes créées pour notre seul agrément.

Vous aurez obtenu, beaucoup Mzdame, votre œuvre sera même accomplie aux trois quarts, si vous avez su inspirer une affection très vive à vos enfants: vous pourrez les encourager, les reprendre, les stimuler, et ainsi, peu à peu, les entraîner dans la voie de la solide piété. Ne négligez donc aucun moyen, si petit soit-il, de gagner leurs cœurs ; lorsqu'ils seront

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bien à vous, il vous sera plus facile de les donner à Dieu.

Cette œuvre, toutefois, n’est pas l’œuvre d’un jour. Vous-même ne sauriez acquérir en un jour les qualités morales nécessaires pour la mener à bien. Armez-vous donc de patience. Vous n’êtes pas seule pour suffire à la tâche... Dieu vous aidera. Priez-Le ; c’est la condition essentielle établie par Lui pour obtenir ses grâces, et puis faites {out ce que vous pourrez : Il suppléera Lui-même à ce que vous ne pourrez pas.

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