‹ Les premiers pas sur la grand'route [microforme]Chapitre 7 sur 12 · I LETTRE · texte numérisé non relu

I LETTRE

Théorie de la solide piété. - Où lu puiser ? — Comment l’inculquer?

MADAME

Ce matin, un rayon de soleil s’est insinué doucement dans la chambre où dort votre Benjamin.

C’était un beau soleil de printemps, rajeuni, sembletil, plus radieux et plus gai. Il s’est joué tout d'abord dans les dentelles, dans la mousseline au milieu desquelles repose le cher petit être ; puis délicatement, comme en une caresse, il a effleuré son visage. L'enfant s’est éveillé aussitôt, et, ouvrant les yeux, il vous a vue penchée auprès de lui. Il vous a regardée alors comme il ne l’avait jamais fait auparavant et voici qu’il vient de vous sourire pour la première fois. Cette minute inoubliable a satisfait, l’ua de vos plus chers désirs ; mais, dans votre joie, ne l’oubliez pas : Dieu attend aussi ce premier regard de connaissance et ce premier sourire, et ses droits sont plus grands que les vôtres.

Le crucifix est là, suspendu au mur ; portez auprès de Lui votre gracieux bébé ; n’acceptez pas qu'il

émerveille votre entourage par ses gentilesses, tende ses petites mains pour saisir la flamme de la lampe envoie un baiser, montre l’horloge et ne puisse désigner encore Celui qui doit occuper une si grande place dans sa vie. Vous avez un don spécial pour communiquer à son âme les sentiments de la vôtre : parlez-lui de Notre-Seigneur tandis que ses yeux purs fixeront l’image sainte ; ce regard d’amitié au Christ sera sa première prière.

Mais, peu à peu, ses facultés vent se développer; vous saurez, Madame, élargir votre enseignement |

en la graduant suivant leur essor. Rappelez-vous qu’il y a, de par son baptême, entre l’esprit de l’enfant et les plus hautes vérités de la religion, une sorte

d'harmonie préétablie ; il importe seulement de les A

adapter à la mesure de on intelligence en usant de comparaisons qu’il comprenne et en lui expliquant avec soin le sens des mots.

Il importe encore, pour arriver à un résultat sérieux, de tenir compte des principales étapes que tous, grands ou petits, nous avons à franchir pour parvenir au sommet de la perfection (n’est-ce pas, en effet, une ascension de notre âme que la véritable piété ?) Or, ces étapes sont au nombre de trois : 1° nous connaissons Dieu, par la raison et surtout par la foi ;

Le:

2° cette connaissance produit l'amour, et 3° l'amour agissant sur notre volonté, nous fait accomplir ce qui nous est demandé. L'union de notre volonté à la volonté divine est le terme : c’est la perfection.

Nous vivons à une époque où notre foi, très discutée, doit être plus vivante et plus robuste que jamais. Plus que jamais, aussi, la piété de votre fils a besoin de cette bagse solide pour défier les tempêtes qui l’attendent. Tout petits, nos er”’ants croient sans peine. Vous leur dites que Dieu est partout, qu'ils ont une âme distincte de leur corps et, sans raison-

À ner. ils acceptent ces vérités. Mais leur confiance À paisible ne durera pas toujours ; votre devoir est

donc de les armer dès maintenant pour les luttes inévitables.

Ferez-vous de la controverse avec un petit garçon de 8 ans? Vous appliquerez-vous à réfuter par

4 avance les objections qu’il entendra ou formulera

lui-même plus tard? Ah! gardez-vous-en bien ! ne troublez pas sa foi pure et tranquille. Pour le moment, contentez-vous de l’éclairer par un exposé

1 très substantiel et très net de la religion ; fortifiez

cet exposé en l’appuyant des preuves que vous pourrez mettre à sa portée, et c’est tout. Vous répondrez à ses doutes quand ils se seront éveillés dans son esprit.

Mais surtout dites-vous bien que vous préparez un soldat à l’Église, attaquée si souvent, — si mal

ES de

défendue parfois ! — parce qu’elle est insuffisamment connue. Notre doctrine catholique est la source de ce qu’il y a de plus beau, de plus élevé, de plus généreux dans le monde. Le monde, Madame, que serait-il sans elle? Vraiment, nous n’avous pas assez la fierté de notre foi ! Un enfant est très susceptible d’éprouver ce sentiment, mais encore faut-il le lui inspirer. Habituez-le aussi à voir le sens profond et magnifique de nos pratiques pieuses. S'il a bien pénétré jusqu’à l’âme des actes extérieurs qui nous sont prescrits, il restera, sans rougir, fidèle à les accomplir toujours.

Il ne suffirait pas de croire en Dieu d’une façon vague, il faut encore Le connaître de façon précise, autant du moins qu’il est possible à nos faibles moyens. Nous n'avons pour cela qu’à ouvrir l’Évangile, histoire de la grande manifestation de ‘“‘Jésus splendeur du Père !.

Trop souvent on considère Notre-Seigneur, ne vous semble-t-il pas, Madame ? comme un être éloigné, distant, alors qu’Il a fait miracles sur miracles pour vivre auprès de nous. Mais, peut-être, cette présence est-elle trop vaguement comprise. ‘“ Pourquoifaire votre visite au Saint Sacrement à l’église alors que Dieu est aussi bien dans votre chambre, puisqu’Il est partout ? ” disait une personne pieuse à

Page 1