DL
une jeune fille très pieuse, toute dévouée aux œuvres du catéchisme. Cette jeune fille sentit, nous avouaitelle plus tard, la faiblesse de l'objection sans trouver la réponse convenable. Dieu est partout, c'est vrai, et Notre-Seigneur, en tant que Dieu, est partout, mais en tant qu'homme? Cette humanité qui a souffert, a été ffageliée, crucifiée pour nous, Celle que notre reconnaissance veut entourer de l'amour le plus ardent, où est-Elle ? Partout ? non ; au Ciel et au Saint Sacrement de l'autel ; nulle part ailleurs.
Il ne faut jamais oublier cette présence réelle lorsque vous raconterez la vie de Notre-Seigneur. Votre enfant vient d'assister, par exemple, à la tempête sur le lac. Le vent, la foudre, l'immensité des flots, tous les éléments furieux semblent être enchaînés, tout à coup, par une main divinement puissante. Vous ajoutez alors : * Celui qui a fait ce grand mira- ‘cle, cher petit, est Celui que nous recevrons tous “ deux, demain, dans la communion. Les apôtres
‘étaient bien près de Lui, nous en serons plus près
‘encore ; nous ferons plus que Le toucher, nous ‘serons unis à Lui. Le cœur qui battait dans sa “poitrine lorsqu'Il apaisait la tempête, demain ‘* sera dans la nôtre ; le même, entends-tu, absolu- ” ment le même ! ”
Présenté ainsi, l'Évangile gagne beaucoup en intérêt ; il est l’histoire de quelqu'un vu hier, atten-
hs nt sh voèress be +
RM
du demain ; d’autre part, notre dévotion à l’Eucharistie devient plus vivante et plus intense. Et peu à peu Notre-Seigneur s'empare de l’âme de nos enfants. Il se fait le compagnon de leur vie, ’A:ui auquel on dit tout, du juel on peut tout atteridre et dont le souvenir les suit jusque dans leur: jeux. Vous souriez, Madame : ‘“ Dans leurs jeux ?.. n'est-ce pas trop beau pour être vrai ?”’ Eh bien, je vais charger un de mes nombreux petits amis de vous convaincre. Il joue avec ses soldat de plomb et vient d’en aligner toute une armée sur la table. Ils sont là devant lui, inertes. Un moment desilence pendant lequel mon petit Jean paraît tout absorbé. Puis, soudain, revenant à lui : “ A quoi pensez-vous donc, mes petits soldats ? est-ce à Le petit Jésus ? ”” Lorsque le souvenir de Dieu captive ainsi notre pensée, n’en doutons pas, c’est que, déjà, notre cœur est tout à Lui.
Pour développer ce sentiment, le moyen le meilleur est de montrer à un enfant combien il est aimé, lui, rarticulièrement. Il est impossible que, dans la fraîcheur et l’élan de ses premières années, il reste insensible à cet amour qui le prévient et le cherche et qu'il ne le paie aussitôt de retour. Et l’amour, vous le savez bien, est l2 force la plus puissante pour
Le. 8.
nous élever jusqu’à Dieu. Toutefois ce serait une grave négligence de ne jamais parler des récompenses promises, et aussi de la mort, de l'enfer, de l'éternité. Ces pensées des fins dernières nous entraînent moins habituellement, il est vrai, mais à certaines heures elles nous retiennent davantage. Je vous entends, Madame : ‘ Parler de l'enfer à ces petits, si impressionnables, si nerveux !... ” Et qui vous dit de surexciter leurs nerfs ? Inutile d'attendre la nuit noire pour faire passer, devant leur imagination effrayée, les plus sinistres tableaux. La vérité, la simple vérité : mais elle doit être dite. Tant que nous sommes en ce monde, nous cotoyons le plus redoutable des abîmes, et tous nous pouvons avoir nos heures de vertige. Aurez-vous l’imprudence de ne pas mettre un garde-fou au bord de la route ?
Il convient, d’ailleurs, d'envisager ces motifs moins parfaits comme des échelons conduisant à d’autres plus parfaits. La vue de l'enfer, où tombent des âmes que nos souffrances auraient pu Sauver, excite forcément notre générosité. La figure d’un enfant s’illumine devant tant de bien à faire et les bonnes résolutions naissent sans peine en son cœur compatissant. N'est-ce pas merveilleux de voir combien ces petits sont ouverts aux plus généreuses pensées ? Quelle religion pourrait, comme la nôtre,idéaliser ainsi leurs âmes et les grandir jusqu'aux rêves sublimes de l’apostolat ? “Je veux être missionnaire pour ap-
EE I ue
prendre aux petits Chinois qu'ils ne sont pas en ce monde que pour manger du riz ””, a dit à sa mère, en grande confidence, un petit garcon de 6 ans.
La réparation est un stimulant très actif aussi. On peut l'expliquer de cette manière : “ Lorsque “ Notre-Seigneur, s, souvent attristé par l'hypocrisie ‘ des pharisiens, ou l’indélicatesse des apôtres, ren- ‘contrait des enfants, Il les faisait approcher pour ‘les bénir et les embrasser. Alors, Il lisait dans ‘leurs âmes bien mieux que je ne puis lire dans tes “yeux ets’ Il les voyait gentils. obéissants, bien dispo- ‘“sés, Il se reposait ct oubliait auprès d’eux les ‘peines dont Il était accablé. Tu le sais bien, cher “petit : Notre-Seigneur continue à vivre au milieu “ de nous et. s’il y a toujours des ingrats, il y a aussi ‘ de bons petits enfants pour Le consoler. Ne vou- ‘ drais-tu pas être un de ces enfants? R: -de : sé l’Église a ses prédicateurs, ses confesse ses ‘savants, chacun a sa mission et toi, bien que tout “petit, tu peux avoir la tienne, la douce mission de “réjouir Notre-Seigneur. En te voyant, j'aimerais “ qu’Il pôt dire : ce cher petit est ma consolation. ‘Ah ! si j'étais toi, tout à l’heure, au moment de ma “ dictée, je viendrais au premier appel, je commen- ‘cerais courageusement, sans répéter vingt fois : ‘ C’est ennuyeux ! et je me dirais en moi-même : “ Mon Dieu, il ne sera pas dit que j'aurais pu vous “ donner cette joie et que je ne l’aie pas fait. ”
Les beaux sentiments, lorsqu’ils n’aboutissent pas
à des actes, offrent le grand danger de nous illusionner Sur nous-mêmes. Aussi, nos petits entretiens se term' ‘ont-ils toujours Par une conclusion qui puisse Sans retard, être mise en pratique. Vous ne l’ignorez pas : les impressions d'enfant sont vives, mais durent peu ; seuls, le temps et une répétition fréquente peuvent les creuser profondément. D’avance, résignez-vous à redire très souvent les mêmes choses et à revenir très souvent sur les mêmes principes.
Parmi ces principes, rendus, de bonne heure, fa miliers à nos àmes, il en est un, très important, sans lequel la piété Ja plus haute serait absolument vaine : le viritable amour se prouve par des actes. Nous avons tous de bons désirs, tous, nous avons pris de bonnes résolutions... Les généreux, les fervents ont été jusqu’au bout et les ont réalisés ; les autres. se sont arrêtés en route. Vos enfants ne seront pas de ces derniers, vous ne le voulez pas, n’est-ce pas, Madame ? Inspirez-leur donc une dévotion oubliée dans certains livres de prières et excellente malgré cela : ’la dévotion du moment présent ”. Le passé ne m’appartient plus, l’avenir ne m'appartient Pas, mais le présent, seul, est à moi ; dans ce présent, je concentre tous mes efforts pour accomplir la
volonté de Dieu. Hic et nunc. Méditez cette dévotion, vous verrez tout ce qu’elle comprend : fidélité au devoir, pureté d'intention, abandon, etc. De plus, elle donne à l’esprit un caractère de précision et de virilité dont la piété n’est pas seule à recueillir les avantages ; elle nous corrige, surtout, du rêve où nous aimions à vivre, ce rêve si dangereux sous ses airs benins, parce qu’en nous promettant des mervedilles pour plus tard, il nous fait négliger le simple devoir d'aujourd'hui.
Et avec le rêve, bannisez de votre enseignement toute fadaise, toute miévrerie, tout faux mysticisme : la piété simple et p'atique est la meilleure.
Notre étude serait vraiment trop incomplète si nous ne nommions — au moins — la Très Sainte Vierge. A l’âme, comme au cœur, comme au corps, il faut une mère. Ce que vous êtes, Madame, Elle l'est aussi, mais bien plus et bien mieux! Son amour est plus éclairé, sa puissance incomparablement plus grande. N’est-ce pas votre rôle, à vous, d'étendre sur vos enfants cette influence maternelle ? Mais, pour qu’ils en bénéficient pleinement, inspirezleur aussi, à l’égard de cette Mère divine, une tendresse et une confiance d’enfant.
Et maintenant, Madame, je réponds à la question ane je vois, déjà, s’esquisser sur vos lèvres : ‘ Com-
ment suggérer ces pensées à nos petits étourdis, vrais papillons voltigeant de fleur en fleur sans se fixer jamais ? ”
Vous avez tout d’abord le catéchisme. De toutes les leçons, il peut être la plus intéressante :; la plus vivante aussi. Faites parler votre élève autant que Vous ; vous serez sûre alors qu’il vous écoute et vous comprend.
En écrivant ces derniers mots, je vois passer, dans mon souvenir, l’idéale figure d’un enfant, ravi trop tôt à l’affection des siens. Comment me défendre de l’appeler aussi pour lui demander son temoignage ? Toujours content, épanoui, mais déjà maladif et, par suite, un peu paresseux, il s’intéressait beaucoup ::lus aux plantations du jardin qu'aux règles de sa grammaire. Un soir pourtant, il parut transformé. Son institutrice était émerveillé de son calme et deson attention. Profitant d’une bonne volonté si grande... et si rare !elle faisait un Cours en règle et s'élevait aux considérations les plus hautes, quand, tout à Coup, son élève s’écria, debout rouge d'émotion et de plaisir : “ Ils plongent, Mademoiselle, ils plongent !” Sous les fenêtres de la salle, dans un bassin, deux prtits canards, offert le matin même par ume brave femme de la campagne, plongeaient allègrement. Souvenez-vous de mon histoire, Madame, et ne comptez pas trop sur votre éloquence Pour retenir l’attention de vos petits auditeurs,
Les images vous seront ,auprès d'eux, d’un précieux secours. Lorsque vous les leur montrez, ne faites pas tout le travail, qu'ils cherchent eux-mêmes à reconnaître les personnages ; ils seront très fiers de vous indiquer ce que vous n’avez pas su découvrir, et cet effort fixera mieux les faits dans leur mérioire.
Mais si nos petits aiment les images, ils leur préfèrent, je crois, les histoires, et par elles, ils peuvent vivre vraiment dans la société de Notre-Seigneur, des saints, de nés grands croyants. Or, l'exemple, surtout lorsqu'il vient de haut, a une influence presque irrésistible. Oles belles histoires de la Bible, de l'Évangile, combien elles ravissent l’imagination enfantine ! Elles ne l’effrayent pas, comme les contes de l’ogre et de Barbe-bleue, mais elles peuplent ses rêves de visions très douces. Vous avez là, Madame, une mine abondante qu’il faut savoir exploiter.
Une histoire nous intéresse d’abord par les personpages qui en font l’objet. Leurs vertus, leurs défauts, leurs malheurs éveillent en nous, avec la sympathie ou l’aversion, le désir de connaître ce qui les touche. Leur caractère dominant sera donc fortement marqué. Vous racontez, je suppose, les noces de Cana. Faites ressortir l’humiliation de cette famille dépourvue de vin : longtemps peut-être, le souvenir en restera’ dans le pays, les railleries ne manqueront pas ;... montrez bien la tristesse qui vient assombrir ce jour où tant de bonheur était promis.
lt —
Notre intérêt, en second lieu, doit être excité par l'attente d’un dénouement désiré ou redouté, mais inconnu. Si, dès les premiers mots, vous découvrez ce dénouement, pour nous l’histoire est finie et nous n’écoutons plus. Le grand talent est, au contraire, de tenir toujouis la curiosité en éveil ; un mot suffit parfois. Je reprends les noces de Cana au début du festin : ‘ Le repas commence gaîment. toute l’assistance est en joie ; ah! si le maître de la maison se doutait... s’il pouvait prévoir l’avenir ! ”
Voulez-vous ,enfin, mettre en relief une petite morale ? Que ce soit rapide. “ Quelle heureuse idée d’avoir invité la Saint» Vierge, ne trouves-tu pas ? Sans Elle, pas de miracle! N otre-Seigneur Luimême le fait remarquer, lorsqu'il dit que son heure n'est pas encore venue... Nous ne saurons qu’au Ciel tout ce que nous devons à cette vraie Mère, mais dès maintenant, tu le sens bien, jamais nous ne pourrons assez l’aimer. ”?
Comme les histoires, les petites poésies, les chants ont aussi leur influence dans la formation pieuse d’un enfant. Tandis que les mots se fixent dans la mémoire, l’âme, par un travail incomrient, se pénètre du sens qu’ils renferment. Nous souhaiterions que votre choix fût très sévère. Une petite fille de ma
ne tem Eééi cage a et |