PAPUS DE LA VERDAUGIE
Deux des compagnons de Vivens, Gavanon dit La Vérune, et La Rouvière, durent leur salut à ce qu'ils venaient de quitter sa caverne lorsqu'elle fut envahie. Nous ignorons ce que devint le premier (1). Quant au second, il continua encore pendant trois années à édifier les assemblées du Désert.
Pierre Papus, né à Bergerac, avait émigré tout jeune avec sa famille en 1685 ; il revint de Hollande avec Vivens en 1689. D'abord simple aide et messager du pasteur, il se consacra bientôt à un ministère tout particulier, dont nous ne connaissons que peu d'exemples. Il portait les surnoms d'Olivier et de La Rouvière ; Quick et Ant. Court l'appellent Papus de la Verdaugie. Voici en quels termes une relation du temps, rédigée par un de ses collègues, et publiée par M. Ch. Frossard, s'exprime sur le compte de ce généreux martyr (2) :
« Il vint... dans le Bas-Languedoc où il se fit remarquer d'abord par la véhémence et la ferveur
(1) Ne pas le confondre avec le pasteur Gavanon qui, en 1746, écrivait à rintendant du Languedoc (Bullet.^ IX 246).
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dont ses prières étaient accompagnées ; tous ceux qui l'entendaient étaient ravis en eux-mêmes et bénissaient Dieu de ce qu'il donnait des dons si extraordinaires aux hommes. A peine pouvait-il rester dans une ville, qu'on le venait quérir pour aller dans une autre, où on l'attendait avec de grands empressements. Je puis dire, sans craindre de me tromper, qu'il excellait pour la prière sur tous ceux qui ont paru en ces derniers temps, soit par la présence d'esprit, comme par la richesse de l'expression. Il accommodait les prières selon les temps, les lieux, et les personnes auxquelles il parlait, en telle sorte qu'on ne pouvait qu'être consolé en l'entendant, de quelque affliction que l'on fût accablé ; tous ceux qui ont eu le bonheur de l'entendre en savent quelque chose, sans qu'il y ait besoin d'insister plus longtemps là-dessus, et même plusieurs personne^ se firent un plaisir d'avoir de ses prières par écrit, qui serviront beaucoup pour prouver ce que j'avance.
« Il y en a quelques-uns qui ont voulu dire qu'il se mêlait de prêcher ; mais ils se trompent grandement, car jamais il ne l'a voulu entreprendre, encore qu'on l'ait pressé souvent là-dessus...
« Il exerça cette charge l'espace de quatre ans et demi environ; car ce fut vers la fin de l'année 1690 que l'esprit de prière le saisit. On ne saurait croire le* fruit qu'il produisit; partout où il passait, il inspirait la dévotion, il relevait les courages abattus, il fortifiait les faibles et il mettait d'accord ceux que les querelles avaient divisés, de sorte qu'il serait à souhaiter qu'il fût encore parmi nous ; mais Dieu qui
conduit tout avec une grande sagesse nous l'a voulu ôter, afin de nous rendre plus sages. Mais je crois qu'il arrive, comme du temps du prophète Ésaïe, que le juste meurt et que personne n'y prend garde. Ha ! peuple ingrat ; l'on ne vous demande qu'un souvenir, et vous nous le refusez ! Oui, c'est la récompense que nous souhaitons de vous, après tant de misères et de douleurs que vous nous avez causés ; car, au moins, en vous souvenant de nous, vous vous souviendriez de nos paroles, vous pourriez pratiquer nos enseignements, ce qui est la fin que nous nous sommes toujours proposée parmi vous. Le sang de notre martyr qui fume encore, vous en conjure pour la dernière fois ; mais après tout, quand vous seriez si malheureux que de l'oublier, vous ne diminueriez rien de sa gloire, au lieu que votre dureté comblera la mesure de la colère de Dieu, qu'il versera un jour sur vos têtes criminelles (1).
a Pour reprendre le fil de notre histoire, notre martyr étant arrivé à Montpellier, le 24® jour du mois de décembre 1694, la veille de Noël, il y célébra, le lendemain, la bienheureuse naissance de notre Seigneur Jésus-Christ; et l'on eut le bonheur d'entendre ce jour-là trois prédications et de participer au saintsacrement de la Cène : le zèle commençait à se rallumer, et plusieurs personnes voulaient mourir en confessant la vérité. Tous couraient à la prière et aux
(1) Ce n'est pas un prédicant qui a pu écrire ainsi ; mais bien quelque pasteur ou proposant dont le nom nous est inconnu. Il ne faut pas songer à Brousson qui, en ce moment, allait de Suisse en Hollande.