PAPUS DE LA VERDAU6IE
exhortations de quelques autres serviteurs de Dieu...
<x II y avait quelques jours qu'une certaine femme nommée Martelle, le priait d'aller voir sa cousine Pauque, qui était malade, alln qu'elle eût la consolation d'entendre une de ses prières. Il avait différé quelque temps d'y aller, parce qu'il avait appris le commerce malséant que ces femmes menaient depuis longtemps. Mais enfin ce qui le persuada à s'acheminer vers cette maison, ce fut l'espérance que cette Martelle lui donnait de la conversion de cette famille débauchée. Il ne fut pas plutôt arrivé [le 7 février 1695, sur les 7 heures du soir], qu'il commença à prier Dieu pour la convalescence de la malade et pour le salut de ses enfants. Jeanne Pauque, qui est la plus jeune, n'attendit pas que la prière fût achevée, elle se leva et descendit dans la cour, et remonta après pour dire qu'il y avait des archers en bas pour prendre quelqu'un. La Rouvière ne laissa pas de finir sa prière, et voulant sortir, Françoise Pauque, qui est l'aînée, le fit passer paf la porte où les archers étaient apostés pour le prendre...
« On ne l'eut pas plutôt saisi au collet, qu'on l'emmena en prison dans le palais. En entrant, on le fouilla. Dans ses poches l'on trouva plusieurs lettres, qu'on lui écrivait du pays étranger, touchant les difficultés que quelques personnes faisaient d'entendre ceux que Dieu suscite en ces derniers temps pour consoler ses élus (1). Nos ennemis ne demandèrent
(1) Ces lettres étaient au nombre de deux : Tune, de son père, et l'autre, du prédicant La Jeunesse .
nade. On lui lut sa sentence, qui portait qu'au préalable il serait appliqué à la question ordinaire et extraordinaire, afin qu'il décelât ses collègues et les personnes qu'il connaissait dans la ville; mais il avait déjà protesté qu'il n'avait rien à dire là-dessus. N'importe, on lui fracassa tous les os par cette géhenne, et de là on le conduisit sur l'échafaud qu'on lui avait dressé à l'Esplanade. L'on ne saurait exprimer la constance avec laquelle il alla à la mort, et avec quelle fermeté il envisagea le lieu de son supplice. Ni les soldats campés autour de l'échafaud, ni la présence d'un bourreau, ne furent capables de l'étonner, ni d'ébranler sa foi. Son esprit fut toujours élevé vers le ciel, et de temps en temps il répétait ces paroles : Mon Dieu, mon Sauveur, accomplis ta vertu dans ma grande faiblesse, afin que j'achève heureusement ma course. En sortant de prison, il s'aperçut d'un écriteau qu'on lui avait mis devant et derrière, où il y avait : Assassin et perturbateur du repos public, et élevant les yeux au ciel, il cria : Seigneur, j'avoue que je suis un grand pécheur, et par conséquent indigne de l'honneur que tu me fais de m'appeler aujourd'hui à souffrir pour ton saint nom; mais je puis dire hardiment, devant ton trône de grâce où je comparaîtrai bientôt, que je suis innocent du meurtre dont on m'accuse. Tu le sais, mon Dieu, si j'ai jamais trempé mes mains dans le sang de mon prochain. Aussi ce n'est qu'à toi seul que je veux exposer la justice de ma cause ; les hommes ne sont remplis que d'injustice et de malice qu'ils exercent tous les jours contre tes enfants. Seigneur, abats