‹ Les premiers principesChapitre 35 sur 77 · CONTINUITÉ DD MOUVEMENT · texte numérisé non relu

CONTINUITÉ DD MOUVEMENT

SC mouvoir en ligne droite avec une vitesse uniforme. Cette loi a été absorbée de nos jours par une loi plus comprébensive : que le mouvement, comme la matière, est indestructible, et que tout ce qui est perdu par une partie quelconque de la matière se transmet à d’autres parties. Bien que cette nouvelle loi semble en désaccord avec les faits qui nous montrent des corps s’arrêter subitement après avoir frappé un objet immobile, elle se concilie avec ces faits depuis qu’on a découvert que le mouvement perdu en apparence se continue sous de nouvelles formes, lesquelles ne sont pourtant pas directement appréciables.

§ 56. Il faut faire ici pour le Mouvement la même remarque que nous avons faite déjà pour la Matière ; son indestructibilité n’est pas seulement une vérité d’induction, c’est une nécessité de la pensée; sa destructibilité n’a jamais été conçue, elle a a toujours été, comme elle l’est à présent, une pure forme verbale qui ne peut se concevoir, une pseudo-idée. 11 nous est impossible de dire si la réalité absolue qui produit en nous la conscience de ce que nous appelons Mouvement est ou n’est pas un mode éternel de l’inconnaissable; mais que la réalité Klative de ce que nous appelons Mouvement ne puisse jamais arriver à l’existence ou cesser d’exister, c’est une vérité impliquée dans la nature même de notre conscience. Dire que le Mouvement est créé ou anéanti, dire que rien devient quelque chose ou que quelque chose devient rien, c’est établir dans la conscience une relation entre deux termes dont l’un est absent de la conscience, ce qui est impossible. La nature même de l’intelligence dément la supposition qu’on puisse concevoir (encore moins connaître) le commencement ou la cessation du mouvement.

§ 57. Il reste à montrer que la continuité du Mouvement, aussi bien que l'indestructibilité de la Matière, nous est connue réellement en fonction de force. Une certaine manifestation de

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force reste pour toujours la infime, sans diminution; voilJi la vérité dernière, qu’elle soit acquise à posteriori ou donnée à priori.

Empruntons à la physique terrestre l'exemple de la propagation du son B une grande distance. Toutes les fois que nous avons directement conscience de la causation du son (à savoir quand nous le produisons nous-mfimes), son antécédent invariable est la force. Nous savons que ce qui suit immédiatement cette force c’est le mouvement, d’abord de nos propres organes, et ensuite des corps que nous mettons en vibration. Nous pouvons discerner ces vibrations par l’oreille ou les doigts. Les sensations reçues par l’oreille sont les équivalents de la force mécanique transmise à l’air, qui se communique par ce milieu aux objets environnants; nous en avons une preuve évidente quand ces objets sont cassés par l’intensité du son, comme les vitres par le bruit du canon ou un vase de verre par une voix forte. Comment se fait-il que, dans des circonstances favorables, des hommes, à bord d’un vaisseau à cent milles du rivage, entendent le son des cloches d’église en se plaçant au foyer de la maîtresse voile, et comment sait-on qur les ondulations atmosphériques ont traversé cette immense distance? 11 est évident ipie lorsque nous disons que le mouvement du battant, transformé en vibrations de la cloche et communiqué à l’air ambiant, s’est propagé à cette disbincC dans tous les sens, diminuant en intensité à mesure que la masse d’air traversée devient plus grande, nous nous appuyons .sur un certain changement produit sur la conscience par l’intermédiaire de l’oreille. Celui ijui écoute n’a con.science d’aucun mouvement ; il a conscience d’une imprc.ssion produite .sur loi, impression qui implique une force comme son corrélatif nécessaire. Les impressions commencent par la force et flnissenl par elle; le mouvement intermédiaire n’est qu’une induction. De plus, en mécanique céleste, si la continuité du niouvenienl est prouvée quantitativement, la preuve n’est pas directe, clic n’est qu’inductive, et les forces .servent de données à l’induc-

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lion. Une planète ne peut être reconnue que par le pouvoir constant qu’elle a d’affecter nos organes de la vue d’une certaine manière, d’imprimer sur la rétine un groupe de forces unies par une corrélation spéciale. En outre, l’astronome n’a pas tnt cette planète se mouvoir, mais, de la comparaison de sa position présente et de celle qu’elle occupait auparavant, il a ronc/u qu’elle se meut. Rigoureusement parlant , celte comparaison n’est autre qu’une comparaison d’impressions différentes produites sur l’astronome par les adaptations différentes des instruments d’observation. Un pas de plus, et l’on voit que cette différence est dépourvue de signification, tant qu’on n’a pas montré qu’elle correspond à une certaine position ^donnée par le calcul, que la planète doit occuper, en supposant qu’aucun mouvement n’ait été perdu. Si, pour finir, nous examinons le calcul qui donne cette position, nous découvrons qu’il repose sur des accélérations et des retardations impliquées dans la nature elliptique de l’orbite, aussi bien que sur les variations de vitesse causées par le voisinage d’autres planètes. Nous arrivons alors à conclure à l’indestructibilité du mouvement, non à cause de la vitesse uniforme de la planète, mais à cause de la quantité constante de mouvement manifesté, réserve faite du mouvement communiqué aux autres corps célestes ou transmis par eux. Quand nous deinaiidorts comment on estime ce mouvement transmis, nous découvrons que c’est en s’appuyant sur certaines lois de force, qui toutes sans exception impliquent le postulat que la force ne peut être détruite. Sans l’axiome de l’égalité et de l’antagonisinc de l’action et de la réaction, l’astronomie ne pourrait faire de prédiction exacte, et nous manquerions de la preuve inductive rigoureuse qu’on en lire, que le mouvement ne peut jamais se perdre et ne peut être que transmis.

11 en est de même de la conclusion a priori de la continuité du Mouvement. Ce dont la pensée ne peut pas se défaire, c’est la force que le Mouvement indique. Le changement incessant de position, considéré à part, peut être elfacé de la pensée sans

LE CONNAISSABLE

difficulté. Nous pouvons facilement imaginer que le ralentissement et l’arrêt sont des résultats de l’action des corps extérieurs. Mais cela n’est pas possible si l’on ne fait pas abstraction de la force impliquée par le mouvement. Nous sommes obligés de concevoir cette force comme imprimée sous forme de réaction dans les corps qui causent l’arrêt. Nous sommes forcés de regarder le mouvement qui leur est communiqué, non comme communiqué directement, mais comme un produit de la force communiquée. Nous pouvons par la pensée diminuer la vitesse, l’élément-espace, du mouvement, en répartissant le moment, ou l’élément-force, sur une plus grande masse de matière; mais la quantité de cet élément-force, que nous regardons comme la cause du mouvement, est invariable dans la pensée.

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