‹ Les premiers principesChapitre 44 sur 77 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

RHYTHMK DU MOUVEMENT

§ 82. Quand la flamme d’un vaisseau qui pendait immobile commence à recevoir les premiers effets de la brise, elle exécute de gracieuses ondulations allant de son extrémité Gxe à sa pointe. A ce moment, les voiles commencent à battre, et frappent sur les mâts des coups de plus en plus rapides k mesure que la brise monte. Quand elles sont entièrement gonflées, qu’elles sont en grande partie tendues par l’effort des vergues et des cordages, leurs bords tremblent chaque fois qu’un coup plus fort vient les agiter. S’il survient une rafale, la vibration qu’on sent, quand on saisit avee la main les cordages, montre que tout le gréement vibre ; en même temps, le grondement et le sifflement du vent prouvent que, dans le vent même, il se fait de rapides ondulations. A terre, le conflit entre le courant de l’air et les choses qu’il rencontre produit pareillement une action rhytbmique. Toutes les feuilles frissonnent, toutes les branches oscillent, tous les arbres exposés au vent se balancent. Les brins d’herbe et les tiges desséchées dans les prairies, et mieux encore les tiges des blés s’agitent du même mouvement oscillant d’élévation et d’abaissement. Dans les objets les plus stables, ces mouvements ne font pas non plus défaut, bien que moins manifestes; la vibration qu’on peut sentir dans une maison pendant les éclats d’une tempête violen'e en est un exemple. Les courants d’eau produisent, dans les objets qui leur opposent des obstacles, les mêmes effets

BhYTrtiife D« mokVemènt. 269

qdeles courants d’air. Les brins d'herbe immergés, qui poussent au milieu d’un ruisseau, ondulent d’un bout à l’autre. Les branches rabattues par le dernier flot, et qui sont demeurées engagées au fond de l'eau où le courant est rapide, sont agitées d'un mouvement d’élévation et d'abaissement qui se ralentit ou se précipite suivant qu’elles sont plus ou moins grandes; dans les grandes rivières, comme le Mississipi, des arbres entiers sont retenus dans cette position, et le nom de « scieurs >> qu’on leur donne exprime fort bien le mouvement rhythmique qu’ils subissent Remarquons, en outre, l’clTet de l’antagonisme entre le courant et le lit où il roule. Dans les endroits peu profonds, où l’action du fond sur l’eau qui y coule se laisse voir, nous voyons SC former des rides, c’est-à-dire une série d’ondulations. Si nous éludions l’action et la réaction qui s’opèrent entre le liquide en mouvement et ses rires, nous y trouvons encore un exemple du principe, bien que les choses s’y passent autrement. En effet, dans les plus petits ruisseaux comme dans le cours largement sinueux des grandes rivières, les coudes du courant qui se jette d’un bord sur l’autre, dans toutes les sinuosités de son cours, constituent une ondulation latérale si inévitable qu’un canal tiré en droite ligne ne tarde pas à prendre une forme serpentine. On voit des phénomènes analogues se produire dans les endroits où les eaux sont stationnaires et la matière solide mobile. Quand on agite un bâton en travers dans l’eau avec beaucoup de force, on sent, aux battements qu’il communique à la main, qu’il est en vibration. Dans un corps massif même, le mouvement manifeste un elfet semblable, mais il faut pour cela une grande force ; par exemple, l’hélice d’un steamer, passant d’une rotation lente à une plus rapide, communique un tremblement à tout le navire. Le son qui résulte du frottement d’un archet sur une corde de violon nous montre des vibrations produites par le mouvement d’un solide sur un solide. Dans les tours et les rabots mécaniques, quand le tranchant de l’outil atlaque,un nœud, une vibration violente se transmet dans l’appareil et une série d’ondes se

LB CONNAISSABLE

propage dans la nialière de fer ou de bols qull entame. L’en> fant qui gratte son crayon d’ardoise ne peut guère s’cmpèrlier de faire une surface ondulée. Quand nous faisons rouler une boule sur le sol ou sur la glace, il y a toujours, plus ou moins, un mouvement d’ascension et de descente; jsi la vitesse est considérable, ce mouvement est visible, mais il devient trop petit et trop faible pour être perceptible à l’œil nu, si la vitesse diminue. Quelques lisses que soient les rails, quelque bien construites que soient les voitures, un chemin de fer entre inévitablement en oscillation, à la fois dans le sens latéral cl dans le sens vertical. Dans le cas même où la matière est soudainement arrêtée par collision, la loi se vérifie encore ; en effet, les deux corps, celui qui frappe et celui qui est frappé, se mettent à trembler; et trembler, c’est exécuter un mouvement rhythmique. Il est certain, bien que nous ayons peu l’habitude de l’observer, que les impulsions que nos actions font sur les objets extérieurs qui nous entourent se propagent à travers ces objets sous forme de vibrations. 11 n’y a qu’à regarder dans un télescope d’une forle puissance pour se convaincre que chaque pulsation du cœur communique une oscillation à toute la chambre. Si nous passons à des mouvements d'un autre ordre, h savoir à ceux qui s’accomplissent dans le milieu de l’éther, nous trouvons encore la même nature de mouvements. Toutes les découvertes récentes confirment que la lumière se compose d’ondulations. On a trouvé que les rayons de chaleur ont aussi la même nature fondamentale; leurs ondulations ne diffèrent de celles de la lumière que par leurs longueurs relatives, l.es mouvements de l’électricité nous offrent aussi des ondulations, mais d’un ordre dillérent. On peut voir souvent les aurores boréales agitées par des ondes très-brillantes, et la décharge électrique dans le vide nous donne, par son aspect stratifié, la preuve que le courant n’est pas uniforme, mais qu’il résulte de jets d’une intensité plus ou moins grande. Si l’on nous objecte qu’il y a, à tout prendre, des mouvements, comme ceux des projec-

RHYTHME Dü MOÜVEMKNT. 271

liles, qai ne sont pas rhvlhmiqucs, nous r^*pondrons que l’exreplion n’est qu’apparente, et que ces mouvements le seraient, s’ils n’étaient pas interrompus. On a l’habitude de dire que In trajectoire d’un boulet de canon est une parabole; et il est vrai (en ne tenant pas compte de la résistance atmosphérique) que la courbe décrite par le boulet diffère si peu d’une parabole qu’on peut, dans la pratique, négliger la différence. Mais, rigoureusement parlant, c’est une portion d’une ellipse extrêmement excentrique, ayant le centre de gravité de la terre pour son foyer le plus éloigné; et s’il n’était pas arrêté par la substance de la terre, le boulet de canon parcourrait l’espace autour de ce foyer et reviendrait au point de départ, pour recommencer ce rhythme lent. La décharge d’un canon, même quand elle parait à première vue prouver le contraire, nous offre un des plus beaux exemples du principe que nous avons énoncé. L’explosion produit de fortes ondulations dans l’air ambiant. Le sifflement du boidet qui vole vers le but est drt à d’autres séries d’ondulations atmosphériques. Enfin le mouvement autour du centre de la terre que le boulet de canon commence à effectuer, se trouvant arrêté par de la matière solide, se transforme en un rhythme d’un autre ordre: à savoir la vibration que le choc communique aux corps voisins (t).

Très-généralement le rhythme n’est pas simple, mais com-* posé. Il y a d’ordinaire plusieurs forces en action qui causent des ondulations différant de rapidité; c’est pour cela qu’il y a toujours, il côté des rhythmcs primaires, des rhythmes secondaires produits par la coïncidence et l’antagonisme périodiques des primaires. Il se forme ainsi des rhythmes doubles, triples et même quadruples. Nous en trouvons un cas des plus simples dans ce qu’en acoustique on appelle des battements', ce sont des intervalles périodiques de son et de silence qu’on perçoit quand

(1) Il y B quelquM années, je me croyais seul à professer que tout mouvement est rliythmique; j’»i découvert que mon ami, le professeur Tyndall, admet aussi ce principe .

LE CONNAtSSABT-E.

on donne à la fois deux noies à peu près de même ton, et qui sont dus h la correspondance et à l’antagonisme alternes des ondes aériennes. Il en est de même des phénomènes appelés interférences de la lumière, qui résultent de la ressemblance et de la dissemblance périodique des ondulations de l'étber, qui, en se renforçant et se neutralisant mutuellement, produisent des intervalles d’accroissement et de diminution de la lumière. Au bord de la mer, on recueille divers exemples du rhythme composé. Nous avons celui des marées, qui présentent deux fois par mois un accroissement et une diminution de l'élévation et de l’abaissement journaliers de la mer, causés par la coïncidence et l’antagonisme des attractions solaires et lunaires. Nous avons aussi un autre exemple que nous présente san.« cesse la surface de la mer; toutes les grandes vagues en portent de plus petites à cèté d’elles, et celles-ci de plus petites encore ; il en résulte que chaque flot d’écume avec la couche d’eau qui le supporte monte et descend moins, alors qu’il est élevé ou abaissé par les plus grandes lames. Nous voyons un exemple tout différent et très-intéressant du mouvement rhythmique dans les petits ruisseaux, qui, à marée basse, courent sur le sable en franchissant des bancs de galets; quand le canal d'un de ces bancs est étroit, et le courant fort, le sable du fond s’élève en séries de crêtes qui correspondent aux rides de l’eau. Si l’on observe quelque temps ce phénomène, on voit que ces crêtes deviennent plus élevées et les rides de l’eau pliL< fortes, jusqu’à ce que, à la longue, l'action devienne violente et que, toute la série de crêtes étant subitement balayée, le courant coule sur une surface unie; après quoi l’opération recommence. On pourrait ajouter encore des exemples de rbythmes plus compliqués; mais ils seront mieux à leur place dans les diverses espèces de changements cosmiques dont nous nous occuperons par la suite.

De l’ensemble des faits qu'on vient de voir, il résulte que If rhythme se produit partout où y il a un conflit de forces qui ne se font pas équilibre. Si les forces antagonistes sur un point se

Page 1