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RHYTHME DU MOUVEMENT

contre-balancenl, il y a repos; et, en l’absence de mouvement, il n’y a naturellement pas de rhythme. Mais si, au lieu d’une égalité de forces, il y a un excès de force dans une direction ; si, comme cela arrive nécessairement, le mouvement commence dans une direction, pour qu’il continue uniformément dans la même direction, il faut que la matière en mouvément, loat en changeant sans cesse de place, conserve des relations fixes avec les sources de force qui produisent le mouvement ou y font obstacle. Mais c’est impossible. Tout transport dans l’espace doit altérer la proportion des forces en jeu, augmenter ou diminuer la prépondérance d’une force sur l’autre, empêcher l’uniformité du mouvement. Si le mouvement ne peut être uniforme, en l’absence d’accélération ou de retardation continuées durant un temps infini et à travers un espace infini (résultats qu’on ne peut concevoir), il n’y a pas d’autre alternative que le rhythme.

11 y a encore une conclusion secondaire qu’il ne faut pas omettre. Dans le dernier chapitre, nous avons vu que le inouvcmcnt n’est jamais absolument rectiligne; il faut ajouter, coinnic conséquence, que le rhylhnie est nécessairement incomplet. Un rhythme vraiment rectiligne ne peut se produire que lorsque les forces opposantes sont exactement sur la même ligne; et les probabilités contre cette coïncidence sont infiniment grandes. Pour produire un rhythme parfaitement circulaire, il faut que les deux forces soient exactement à angle droit et dans un certain rapport, et il y a aussi des probabilités infinies contre cet arrangement. Toutes les autres proportions et directions des deux forces produiront une ellipse plus ou moins excentrique. (Juand il y a plus de deux forces en jeu, comme cela arrive toujours, la courbe décrite devient plus compliquée et ne peut se répéter exactement. Un sorte que, en fait, dans la nature, l’action et la réaction des forces ne ramènent jamais complètement un état précédent. Pour les mouvements très-compliqués, et surtout pour ceux des agrégats dont les unités sont parfiellemenl indépendantes, on ne

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peut plus tracer une courbe régulière; on ne voit plus qu'une oscillation générale. Enfin, quand un mouvement périodique est achevé, la différence qui sépare l’état d’arrivée de l’état de départ est d’ordinaire en rapport avec le nombre des forces en jeu.

§ 83. L’arrangement spiral, si général dans les nébuleuses diffuses, c’est-à-dire l’arrangement môme que doit prendre la matière qui se meut vers un centre de gravité à travers un milieu résistant, nous montre l’établissement progressif de la révolution, et, par conséquent, du rhytbme dans les régions lointaines que les nébuleuses occupent. Les étoiles doubles qui se meuvent autour de centres de gravité communs, durant des périodes dont quelques-unes sont aujourd’hui connues, nous offrent des actions rhythmiques qui s’accomplissent dans les parties éloignées de notre système sidéral. Un autre fait, mais d’un ordre différent, a une importance générale de même nature ; c’est celui des étoiles varitibles, qui brillent et pâlissent alternativement.

Tout le monde connait si bien la périodicité des révolutions des planètes, des satellites et des comètes, que je serais sans excuse d’en parler, si je n’avais besoin de faire voir quels beaux exemples elles nous offrent de cette loi générale du mouvement. Mais, outre les révolutions de ces corps dans leurs orbites (tous plus ou moins e.xcentriques) et leurs rotations sur leurs axes, le système solaire nous présente divers rliythmes plus complexes et moins évidents. Dans chaque planète et chaque satellite, il y a la révolution des nœuds; c’est un changement lent dans la position du plan de l’orbite, qui, une fois achevé, recommence. 11 y a l’altération graduelle de la longueur du grand axe de l’orbite et celle de l’excentricité de l’orbite, l’une et l’autre rhylhiniques de la môme manière, en ce sens qu’elles alternent entre des maxima et des niinima et que la marche d’un extrême à l’autre n’est pas uniforme, mais se fait avec une vitesse changeante. Il y a aussi

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la révolution de la ligne des apsides, qui dans le cours du temps se meut autour du ciel, non pas régulièrement, mais par des oscillations complexes. Nous avons de plus les variations dans la direction des axes planétaires, qu’on appelle la nutation, et une giration bien plus vaste qui, pour la terre, cause la précession des équinoxes. Ces rhythmes déjfi plus ou moins composés, sont encore composés entre eux. Un des exemples les plus simples de celte complication, c’est l’accélération et la retardation séculaires de la lune par suite de la variation de l’excentricité de l’orbite terrestre. Un autre fait qui a des conséquences plus importantes provient du changement (le direction des axes de rotation des planètes dont les orbites sont décidément excentriques. Toute planète, durant une longue période, présente au soleil une plus grande partie de son hémisphère nord que de son hémisphère'sud, au moment où elle en est le plus rapprochée; et ensuite, durant une période semblable, elle présente plus de son hémisphère sud que de son hémisphère nord : le retour périodique de ces coïncidences qui, dans quelques planètes, ne cause pas d’altération sensible de climat, comprend pour la Terre une époejue de 21 000 ans pendant laquelle chaque hémisphère parcourt un cycle de saisons tempérées et de saisons excessives en froid et en chaud. Ce n’est pas tout. Il y a encore une variation dans celte variation. En effet, les étés et les hivers de toute la terre oifrent un contraste plus ou moins prononcé selon que l'cxcenlricité de son orbite augmente ou diminue. Il en résulte que pendant l’accroissement de l’excentricité, les époques de saisons modérément contrastées et les époques de saisons fortement contrastées, que chaque hémisphère traverse alternativement, doivent devenir de plus en plus dillérentes par le degré de leur contraste ; le contraire arrive pendant la période de décroissauce de l’excentricité. En sorte que la quantité de lumière et de chaleur qu’une partie de la terre reçoit du soleil, nous oll're un rhythme quadruple : celui du jour et de la nuit, celui de l’été et de l’hiver, celui qui résulte du changement de

lE connaissable.

position de l’axè au périhélie cl A l’aphélie, qui met 21 000 ans à s’accomplir, et enfin celui qui délermine la variation de l’excentricité de l’orbite, qui demande pour s’accomplir des millions d’années.

§ 84. Les séries d’événements terrestres qui dépendent directement de la chaleur solaire, présentent naturellement un rhythme qui correspond à la quantité périodiquement variable de chaleur que reçoit chaque partie de la terre. Le cas le plus simple quoique le moins évident nous est offert par les variations magnétiques. Dans ces variations, il y a un accroissement et un décroissement diurnes, un accroissement et un décroissement annuels, et un accroissement et un décroissement décennaux; ces dernières répondent à une période durant laquelle les taches du soleil se montrent alternativement abondantes et rares. En outre, il y a probablement d’autres variations qui correspondent aux cycles astronomiques que nous venons de rapporter. Les mouvements de l’océan cl de l’atmosphère nous offrent des exemples encore plus évidents. Les courants marins allant de l’équateur aux pôles à la surface, et des pôles à l’équateur dans la profondeur, nous présentent un mouvement incessant en avant et en arrière dans toute l’épaisseur de cette vaste masse d’eau ; ce mouvement varie d’intensité suivant les saisons, et se combine avec des mouvements analogues mais plus faibles d’origine locale. Les courants aériens dus à la même cause ont des variations annuelles pareilles modifiées de la même manière. Quelque irréguliers que les vents nous paraissent dans le détail , nous voyons cependant une périodicité assez marquée dans les moussons et les autres troubles atmosphériques des tropiques ou même dans les coups de vent d’équinoxe, et les vents d’est du printemps. De plus, nous avons une alternanec des périodes durant lesquelles l’évaporation prédomine avec celles durant lesquelles la condensation a le dessus ; c’est ce qu’on voit dans les tropiques par les saisons pluvieuses et les saisons de sécheresse

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bien tranchées qui se suceèdent, et dans les zones tempérées par des changements correspondants dont la périodicité, moins nette sans doute, se laisse encore reconnaître. La diffusion et la précipitation de l’eau, outre les changements lents qui répondent aux différentes parties de l'année, nous offrent (les exemples d’un rhylhme plus rapide. Quand un temps humide dure plusieurs semaines, la tendance à la condensation, bien que plus grande que la tendance à l’évaporation, ne se manifeste pas par une pluie continue, mais cette période se compose de jours pluvieux et de jours en entier ou en partie beaux. La loi ne se manifeste pas seulement par cette alternance en bloc. Chaque jour pendant le cours de la période humide, on peut reconnaître un rhythme plus faible ; surtout quand les deux tendances à l’évaporation et à la condensation se balancent à peu près. C’est dans les montagnes qu’on peut étudier le mieux ce rhythme plus faible. Les vents humides qui ne précipitent pas toute l’eau qu’ils contiennent lorsqu’ils passent au-dessus des terres basses relativement chaudes, perdent tant de chaleur en arrivant sur les pics glacés des chaînes de montagnes que la condensation s’opère de suite. Toutefois l’eau, en passant de l’état gazeux à l’état liquide, dégage une grande quantité de chaleur; par suite les nuages qui .se forment sont plus chauds que l’air qui les précipite, et beaucoup plus chauds que les surfaces rocheuses élevées qu'ils enveloppent. C’est pour cela que, dans le cours d’un orage, les hauts sommets prennent une température plus élevée, en partie par l’effet du rayonnement des nuages qui les enveloppent, et en partie par le eontact de la pluie. Dès lors ils dégagent plus de chaleur qu’auparavant, ils ne refroidissent plus autant l'air qui passe sur eux, et cessent de précipiter l’eau qu’il contient. Les nuages se déchirent, le ciel commence à devenir pur, et un éclat de soleil vient promettre une belle journée. Mais la petite somme de chaleur que les pentes froides de la montagne ont reçue, est bientôt dissipée; surtout quand la dispersion des nuages permet le rayonnement dans l’espace.

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Par conséquent ces surfaces élevées redeviennent de trèsbonne heure froides comme auparavant (et même plus froides à cause de l’évaporation qui s’y est faite), elles recommencent à condenser la vapeur d’eau dans l’air au-dessus d’elles; un nouvel orage éclate, suivi bientôt des mêmes effets. Pans les régions basses, ces actions et ces réactions sont moins évidentes, parce que le contraste entre les deux températures est moins marqué. Cependant on peut les y découvrir; non pas seulement les jours d’averses, mais les Jours de pluie continue; en effet, nous n’y trouvons pas d’uniformité: il y a toujours des stades de pluie dense ou fine qui sont dus probablement aux causes que nous venons d’indiquer.

Naturellement, ces rhythmes météorologiques impliquent quelque chose de correspondant dans les changements opérés par le vent et l’eau à la surface de la Terre. Les variations dans les quantités de dépôts laissés par les rivières qui grossissent et diminuent suivant les saisons, doivent causer des variations dans les couches qui en résultent, des alternances de couleur ou de qualité dans les feuillets successifs. Les lits formés par les détritus des rives rongées et emportées pries eaux, doivent pareillement présenter des différences périodiques correspondant aux vents périodiques de la localité. Partout oh la gelée joue un rôle dans la dénudation, elle devient par .son retour un facteur du rhythme des dépôts sédimentaires. Les changements géologiques produits par les glaciers et les montagnes de glace doivent aussi pareillement avoir leurs périodes alternantes d’intensité plus et moins grande.

Il y a aussi des preuves que les modifications de la croûte de la Terre dues à l’action ignée ont une certaine périodicité. Les éruptions volcaniques ne sont pas continues mais intermittentes, et autant que nous pouvons en juger d’après les données de l’observation, elles reviennent après un certain temps moyen, plus court dans les époques de plus grande activité, et plus long dans les époques de repos relatif. Il en est de même des tremblements de terre et des élévations ou

RHYTHHE DD MODTEMENT.

dépressions qu’ils amènent à leur suite. A l’embouchure du Mississipi, les «illernances des couches fournissent des preuves d’abaissements successifs de la surface, qui se sont produits à des intervalles à peu près égaux. Partout, dans les groupes étendus de couches régulières qui supposent de petits atfaissemenls revenant avec une fréquence assez régulière, nous voyons un rhythme dans l’action et la réaction qui s’opposent entre la croûte solide du globe et son contenu encore en fu.sion; rhythme qui se combine avec d’autres plus lents qui se manifestent dans la terminaison de groupes de couches et dans le commencement d’autres groupes qui ne leur sont pas conformes. 11 y a même lieu de soupçonner une périodicité géologique immensément plus grande et plus large dans ses clfets, à savoir une alternance des vastes soulèvements et des submersions par lesquels les continents se produisent où étaient les océans, et les océans où étaient les continents. En cü'et, supposons, comme nous en avons le droit, que la croûte du globe est partout d’une épaisseur à peu près égale, il est manifeste que les portions de la croûte les plus déprimées audessous du niveau moyen, doivent être les plus e.xposécs par leur surface inférieure aux courants «le matière en fusion qui circulent è l’intérieur, et que par suite elles supportent un plus grand effet de ce qu’on pourrait appeler la dénudation ignée; inversement, dans les points où la croûte du globe est le plus élevée, la surface inférieure étant soustraite à l’action de ces courants, il en résulte un épaississement qui compense plus ou moins la soustraction opérée à l’extérieur par la dénudation aqueuse. En conséquence, les surfaces déprimées sur lesquelles reposent les océans les plus profonds, s’amincissant par en ba.s, et ne se recouvrant pas par en haut de nouveaux sédiments, deviennent des champs de résistance moindre et par conséquent commencent à céder à la pression e.xercée de bas en haut par le contenu de la terre; il en résulte que ces surfaces s’élèvent pendant de longues périodes, et ne s’arrêtent que lorsque l’état de choses inverse se produit.

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Que ces idées soient bien ou mal fondées, cela ne fait rien à la conclusion générale. Nous avons, sans cela, assez de preuves que les opérations géologiques sont rhythmiques.

§ 85. Les exemples de rhythme ne sont peut-être nulle part aussi nombreux et aussi évidents que parmi les phénomènes do la vie. Les plantes, il est vrai, ne nous offrent d’ordinaire aucune périodicité nette, sauf celles que produisent le jour, la nuit et les saisons. Mais chez les animaux nous trouvons une grande variété de mouvements où nous voyons les extrêmes opposés alterner avec tous les degrés de rapidité, déglutition des aliments s’effectue par une constriclion ondulée qui s’étend d’un bout à l’autre de l’œsophage; la digestion s’accompagne d’une action musculaire de l’estomac, ondulatoire aussi; et le mouvement péristaltique des intestins est d’une nature analogue. Le sang qui provient de ces aliments est mis en mouvement non pas en un courant uniforme, mais par saccades; il est aéré par les poumons qui se contractent et se dilatent tour à tour. Toute locomotion résulte de mouvements oscillatoires : lors même que le mouvement semble continu, comme dans beaucoup de petits êtres, le microscope fait voir que ce qui fait mouvoir doucement en avant ces petits animaux c’est la vibration des cils dont ils sont pourvus.

Les rhythmes primaires des actions organiques se combinent avec les mouvements secondaires d’une plus grande durée. Ces divers modes d’activité ont leurs retours périodiques d’accroissement et de diminution. Nous en voyons des exemples dans le besoin périodique de manger et dans le besoin périodique de dormir. Chaque repas amène une actionrbythmique plus rapide des organes digestifs; 1a pulsation du cœur s’accélère, et les inspirations deviennent plus fréquentes. Pendant le sommeil, au contraire, ces divers mouvements se relâchent. En sorte que dansie cours de vingt-quatre heures, les petites ondulations dont les différentes espèces d’action organique se composent, prennent la forme d’une onde longue d’accroissement et de dé-

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croissemcnt, compliquée d'ondes plus petites. Des expériences ont montré qu’il y a encore des élévations et des abaissements plus lents de l’activité fonctionnelle.L’équilibre de ladésassimilation et de l’assimilation n’est pas rétabli par chaque repas, mais l’une ou l’autre conserve quelque temps le dessus; en sorte qu’une personne, dans l’état ordinaire de santé, augmente et diminue de poids alternativement, à des intervalles à peu près égaux. Outre ces périodes régulières, il y en a de plus longues et relativement irrégulières, à savoir les alternatives de vigueur plus grande et moindre que les gens bien portants eux-mêmes ressentent. Ces oscillations sont si inévitables que même les hommes qui exercent leurs forces ne peuvent rester dans un état stationnaire à leur plus haut degré de puissance, mais qu’ils commcucent à rétrograder dès qu’ils l’ont atteint. Les mouvements vitaux des malades nous offrent un autre fait de rhythme. Certaines maladies reçoivent leur nom du caractère intermittent de leurs symptômes. Lors même que la périodicité n’est pas très-marquée, elle peut néanmoins être reconnue. Il est rare que les malades voient leur mal s’aggraver uniformément, et les convalescents ont d’ordinaire leurs jours de rechute partielle, ou de progrès moins décidé.

Les groupes de créatures vivantes offrent dans un autre genre un exemple du même principe général. Si l’on regarde chaque espèce d’organisme comme un tout, on voit qu’elle manifeste deux espèces de rhythme. La vie comme elle existe dans tous les membres de ces espèces est un mouvement extrêmement compliqué, plus ou moins distinct des mouvements qui constituent la vie dans les autres espèces. Dans chacun des individus de l’espèce ce mouvement extrêmement compliqué commence, s’élève à son sommet, décline, et cesse à la mort. Ainsi chaque génération successive offre une onde de l’activité spéciale qui caractérise l’espèce considérée comme un tout. L’autre forme de rhythme se montre dans cette variation de nombre que chaque tribu d’animaux et de plantes subit sans

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cesse. Dans le conflit incessant entre la tendance de l’espèce à s’accroître et les tendances antagonistes, l’équilibre ne so fait jamais; l’une ou l’autre prédomine toujours. Même quand il s’agit de plantes et d’animaux domestiques, pour lesquels on emploie des moyens artificiels afin de maintenir l’offre à un niveau constant, nons voyons qu’on ne peut éviter les alternances d’abondance et de rareté. Chez les animaux que l’homme n’entoure pas de ses soins, ces changements se font d’ordinaire sentir plus vivement. Quand une race a été beaucoup diminuée par ses ennemis ou par le manque de nourriture, les membres qui survivent se trouvent dans une meilleure situation que d’habitude. A mesure que leur nombre diminue, la quantité de nourriture devient relativement plus abondante; en môme temps leurs ennemis eux-mômesdiminuent aussi faute de proie. De la sorte les conditions de cette race restent quelque temps favorables à son accroissement; et elle se multiplie rapidement. Peu à peu la nourriture redevient relativement rare, et les ennemis reparaissent plus nombreux; les forces destructives reprennent le dessus, et le nombre des membres de l’espèce recommence à décliner. Si maintenant nous considérons la vie sous son aspect le plus général, nous pouvons encore découvrir parmi ses phénomènes nn nouveau rbythme extrêmement lent dans son action. Les recherclies des paléontologistes nous apprennent que des changements de formes organiques se sont produits, durant de vastes périodes dont nos roches sédimentaires rendent témoignage. Des espèces ont fait leur apparition, sont devenues nombreuses, puis ont disparu. Des genres qui d’abord ne comprenaient qu’un petit nombre d’espèces, ont grandi pour un temps et sont devenus très-variés, puis ilsont commencé à décliner, leura subdivisions devenant plus nombreuses; enfin ils n’ont laissé qu’un ou deux représentants, ou souvent point du tout. Dans le cours de longues périodes, des ordres entiers se sont accrus, ont atteint leur apogée, puis .se sont amoindris cl enfin ont disparu. Les tlivisions plus grandes qui contiennent plusieurs ordres, ont pa-

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reillemenl présenté une ascension graduelle, une hante marée, et un long reflux. La crinoïdée pédiculée, par exemple, qui a pullulé pendant l'époque houillère, a presque disparu ; il n’en reste plus qu’une espèce. Une famille de mollusque autrefois immense, les brachiopodes, estaujourd’hui réduite à un petit nombre de membres. Les céphalopodes testacés, qui dominaient autrefois parmi les habitants de l’Océan par le nombre des espèces et par celui des individus, sont de nos jours à peu près éteints. Après un âge de reptiles est venu un autre âge où les mammifères ont supplanté les reptiles. Si ces grandeurs et ces décadences colossales des diverses espèces d’êtres vivants prennent toujours un caractère presque périodique (à peu près en correspondance avec les grands cycles d’élévation et d’affaissement qui produisent les océans et les continents), cela suffit pour prouver que la vie sur la terre n’a pas progressé uniformément niais par d’immenses ondulations.

§ 86. Les changements qui surviennent dans la conscience ne paraissent pas au premier abord rhythmiques. Cependant l’analyse démontre que l’état mental existant à un moment donné, n’est pas uniforme, mais qu’il peut se décomposer en oscillations rapides; elle prouve aussi que les étals de l’esprit traversent de longues périodes d’inlensité croissante ou décroissante.

Lorsque nous portons l’attention sur une sensation unique ou sur un système de sensations constituant la perception d’un objet, il semble que nous restions quelque temps dans un éU\t d’esprit homogène et persistant ; pourtant un examen attentif de la conscience montre que cet état mental en apparence continu, est en réalité traversé par un certain nombre d’états moins saillants dans lesquels d’autres sensations , d’autres perceptions se présentent rapidement et disparaissent. Si, comme on l’admet, penser c’est poser des relations, il en résulte nécessairement que si la conscience restait dans un même état à l’exclusion totale des autres états, il n’y aurait plus de pensée, c’est-à-dire de conscience. En sorte qu’un senli-

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ment en apparence continu, celui de pression par exemple, SC compose en réalité de parties de ce sentiment revenant perpétuellement après l’intrusion momentanée d’autres sentiments et d’autres idées, c’est-à-dire de pensées rapides relatives au lieu où le sentiment est perçu, à l’objet extérieur qui le produit, aux conséquences qui en peuvent découler, et aux autres choses que suggère l’association. Il se fait ainsi des oscillations extrêmement rapides qui éloignent de l’état mental que nous regardons comme pei-sistant, et qui y ramènent Outre la preuve du rhythme de la conscience que l’analyse directe nous apporte, nous pouvons en trouver de nouvelles dans la corrélation qui unit le sentiment et le mouvement Les sensations et les émotions se dépensent à produire des contractions musculaires. Si une sensation ou une émotion était rigoureusement continue, il y aurait une décharge continuelle le long des nerfs moteurs mis en jeu. Mais autant que les expériences fuites au moyen de stimulants artiflciels nous permettent d’en juger, une décharge continue sur le nerf qui conduit à un muscle ne fait pas contracter ce muscle ; il faut une décharge interrompue, une succession rapide de coups. La contraction musculaire présuppose donc ce même état rhythmique de la conscience que découvre l’observation directe. Un rhythme bien plus évident, à longues ondes, se manifeste quand une émotion se fait jour par la danse, la poésie, la musique. Le courant d’activité mentale qui se révèle par ces modes d’action corporelle, n’est pas continu, mais se décompose en une série de pulsations. La mesure de la danse est le résultat de l’alternance de contractions musculaires fortes avec des contractions plus faibles, et à l’exception des mesures de l’ordre le plus simple, de celui que l’on observe chez les populations barbares ou dans les danses des enfants, cette alternance se compose d’élévations et d’abaissements plus longs dans le degré d’c.xcitalion musculaire. La poésie est une forme de discours dans laquelle l'énergie reparaît régulièrement; c’està-dire que l’effort musculaire de la prononciation y présente

BttYTttME DÛ mouvement.

(les périodes bien tranebées d’intensité plus grande et d’intensité moins grande, qui se compliquent d’autres périodes de môme nature répondant à la succession des vers. La musique nous offre une bien plus grande variété d’c.vemplcs de la loi. Ce sont des mesures qui se répètent et qui présentent chacune un battement primitif et un batterficnt secondaire. C’est l’accroissement et le décroissement alternatifs de l'effort musculaire, qu’il faut faire pour monter aux notes les plus élevées et descendre aux plus basses ; double mouvement composé d’ondes plus petites qui rompent les mouvements d’élévation et de ebute des plus grandes, d'une façon particulière à chaque mélodie. Nous avons ensuite l’alternance des morceaux piano et des morceaux forte. Ces diverses espèces de rbythmes qui caractérisent l’expression esthétique, ne sont pas, à rigoureusement parler, artificielles; ce sont des formes plus intenses d’un mouvement ondulatoire engendré habituellement par le sentiment quand il se décharge dans le corps: ce qui le montre, c’est qu’on peut les retrouver tous dans le langage ordinaire. Le langage, en effet, nous offre dans chaque phrase des points d’insistance primaires et secondaires, et une cadence qui renferme une montée et une descente princi|)ales compliquées de montées et de descentes subordonnées; et il s’.acconipagnc, quand l’émotion est forte, d'un mouvement oscillatoire plus ou moins grand des membres. Tout le monde peut observer des ondulations encore plus longues, en soi comme chez les autres, à l’occasion d’un plaisir très-vif ou d’une douleur extrême. Notez d’abord que la douleur ayant son origine dans un désordre corporel, manifeste presque toujours un rhythme reconnaissable. Durant les heures où elle ne cesse jamais réellement, elle a ses variations d’intensité, ses accès ou paroxysmes; puis après ces heures de souffrance, viennent des heures de bien-être relatif. La douleur morale nous présente aussi des ondes analogues, les unes plus grandes, les autres plus petites. Un individu en proie à une vive douleur ne pousse pas continuellement des gémissements et ne

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verse pas des larmes toujours avec la même abondance; mais CCS signes de douleur reviennent par éclats. Alors, a|)iès un temps durant lequel alternent ces ondes d’émotion plus faibles et plus fortes, survient un temps de calme comme si l’émotion était assoupie, auquel succède un autre intervalle durant lequel elle se réveille et devient une douleur atroce, avec des séries de paroxysmes. 11 en est de même pour un grand plaisir, surtout chez les enfants qui ne sont pas aussi maîtres de leurs émotions; on y voit des variations manifestes dans l’intensité du sentiment, des éclats de rire, des accès de danse, séparés par des repos où des sourires et d’autres faibles signes de plaisir suflisent à donner issue à une excitation amoindrie. 11 y a même des ondulations mentales qui prennent plus de temps que celles-ci, et qui demandent des semaines, des mois ou des années pour se compléter. On parle d’accès d’humeur qui reviennent par intervalles. Il y a un très-grand nombre de personnes qui ont leurs périodes de vivacité et d’abattenieut. 11 y a des temps d’ardeur au travail, et des temps de paresse; des temps pendant lesquels on s’occupe avec zèle de certains sujets ou l’on s’abandonne à certains goûts, et des temps pendant lesquels on néglige les mêmes études et les mêmes goûts. 11 y a cependant une réserve à faire au sujet de ces oscillations lentes, c’est que soumises à l’action d’influences nombreuses, elles sont relativement irrégulières.

§ 87. Dans les sociétés nomades, les changements de lieu, déterminés habituellement par l’épuisement ou l’insuffisance des provisions alimentaires, sont périodiques; et dans beaucoup de cas, la périodicité répond à celle des saisons. Les tribus qui se sont à peu près fixées dans le lieu de leur choix, s’accroissent jusqu’à ce que la pression des désirs non satisfaits produise une migration d’une partie de la population vers une région nouvelle, ce qui se reproduit à certains intervalles. Ces excès de population, ces ondes successives d’émi-

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gralion, aiuènenl des coiillils avec les autres tribus, qui s’accruisseiil et tendent aussi à se répandre. Cet antagonisme, comme tous les autres, aboutit non pas à un mouvement uniforme, mais à un mouvement intermittent. Guerre, épuisement, échec, paix, prospérité, agression nouvelle, telles sont les alternatives plus ou moins appréciables que nous présentent les gestes militaires des nations sauvages et des peuples civilisés. Quelque irrégulier que soit ce rhythme, il ne l’est pas plus que les grandeurs dill'érentes des sociétés et les causes extiémement compliquées qui font varier leur force, ne peuvent nous le faire prévoir.

Si nous passons des changements externes aux changements internes, nous rencontrons sous diverses formes ce mouvement en avant et en arrière. Il se fait surtout remarquer dans les courants du commerce. Durant la première période, l’échange est presque en entier concentré dans les foires tenues à de longs intervalles dans les principaux centres de population. Le Ilux et le reflux des gens et des marchandises dans chacune de ces foires, devient plus fréquent à mesure que le développement national produit une activité sociale plus grande. Le rhythme plus rapide des marchés hebdomadaires remplace le rhythme lent des foires. 11 arrive môme que les opérations du commerce deviennent sur certains points si actives qu’elles donnent lieu à des assemblées quotidiennes d’acheteurs et de vendeurs, à une onde journalière d’accumulation et de distribution de coton, de grains, de capitaux. Laissons l’échange et « voyons la production et la consommation ; nous y rencontrons des ondulations beaucoup plus longues, sans doute, dans leurs périodes, mais presque aussi évidentes. L’ofl're et la demande ne sont jamais complètement égales; mais chacune d’elles de temps en temps en excès, amène bientôt un excès de l’autre. Les agriculteurs, après une récolte de blé très-abondante, sont dégoûtés du bas prix qui en résulte; à la saison suivante, ils sèment une quantité moindre et apportent au marché un produit insuflisaut; d’où un effet inverse. La consommation

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présente des ondulations analogues qui n’onl pas besoin d’être indiquées. La balance des demandes entre les divers pays, détermine aussi des oscillations analogues. Un lieu, où certains objets nécessaires à la vie sont rares, devient le confluent où viennent se décharger les courants de ces objets partis des autres lieux où ils sont relativement en abondance : ces courants venus de tous côtés amènent une onde d’accumulation où ils SC rencontrent, un encombrement : il en résulte un mouvement en arrière, un reflux partiel des courants. C’est encore dans la hausse et la baisse des prix que l’ondulation des actions sociales se fait le mieux sentir. Si l’on représente les prix par des mesures numériques qui puissent être rangées dans des tableaux* ou représentées par des lignes, on voit de. la façon la plus claire comment les mouvements commerciaux sc composent d’oscillations de grandeurs variables. On y voit que le prix du froment monte et descend, et que les points de hausse les plus élevés et les poiuts de baisse les plus bas ne sont atteints qu’au bout d’un certain nombre d’années. Ces grandes ondes de variations sont coupées par d’autres qui s’étendent sur des périodes de plusieurs mois. Celles-ci, à leur tour, le sont par d'autres qui n’ont qu’une semaine ou deux de durée. Si l’on notait avec plus de détails les changements, nous aurions les ondulations plus faibles de chaque jour, et les ondulations encore plus délicates que les courtiers télégraphient d’heure en heure. Nous verrions alors un dessin compliqué semblable à la houle de l’Océan portant à sa surface de grandes lames, hachées de vagues moyennes, couvertes elles-mêmes de petites vagues, à leur tour froncées de rides. Des figures analogues pour les naissances, les mariages, les morts, les maladies, les crimes, le paupérisme, présentent la mêlée des mouvements rhythmiques qui s’opèrent au sein de la société à ces divers points de vue.

Des changements sociaux plus complexes présentent des signes analogues. En Angleterre, comme chez les nations continentales, l’action et la réaction du progrès politique sont

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devenues des faits reconnus. La religion, outre ses réveils accidentels d'une étendue plus faible, a de longues périodes d’exaltation et de dépression, des générations de croyants, de puritains, à la suite de générations d’indifférents et de libertins. Il y a des époques poétiques, et des époques où le sens du beau semble presque endormi. La Philosophie, après avoir quelque temps prédominé, tombe dans l’oubli pendant une longue période, après laquelle elle ne reprend vie qu’avec lenteur. Toute sciencea des époques consacrées au raisonnementdéductif et des époques consacrées à rassembler et à relier les faits. J’ajouterais même, si l’observation était moins rebattue, que dans des phénomènes d’une moindre importance, mais plus en évidence, ceux de la mode, il se fait toujours des oscillations d’un extrême à l’autre.

Ainsi qu’on pouvait le prévoir, les rhythmes sociaux nous offrent de beaux exemples de l’irrégularité qui résulte de la combinaison de plusieurs, causes. Quand les variations ne portent que sur un seul élément de la vie nationale, par exemple sur l’offre d’une marchandise, nous constatons un retour à la condition primitive après bien des mouvements compliqués; le prix redevient ce qu’il était auparavant. Mais quand il s’agit d’actions dans lesquelles entrent plusieurs facteurs, on ne voit jamais le même état se reproduire exactement. Une réaction politique ne ramène jamais l’ancien état de choses. Le rationalisme d’aujourd’hui diffère beaucoup de celui du siècle dernier. Enfin, quoique la mode fasse de temps en temps revivre les mêmes formes d’habits, ce n’est qu’avec des modifications bien marquées qu’elles les fait reparaître.

§ 88. L’universalité de ce principe soulève une question analogue à celles qui se sont présentées dans les chapitres précédents. Le rhythme se manifestant dans toutes les formes du mouvement, nous avons des raisons de penser qu’il est déterminé par une condition originelle. On suppose tacitesrua». 49

LE COimAISSABLE.

ment qu’il peut se déduire du principe de la persistance de la force. Nous allons voir qu’il en est ainsi.

Quand on frappe avec le doigt une branche d’un diapason, il se produit entre ses particules cohérentes un excès de tension ; elles résistent à toute force qui tend à les faire sortir de leur état d’équilibre. Il entre en jeu dans ces particules cohérentes autant de force que le doigt en dépense pour déplacer la branche du diapason. Par suite, quand la branche est devenue libre, elle est soumise à une force égale à celle qu’on a employée d’abord. La branche revient à sa position primitive, mais la force qu’elle a subie pendant son recul a fait naître en elle une quantité de mouvement correspondante, quantité à peu près équivalente à la force primitivement imprimée au diapason (nous devons dire à peu près, parce qu'une certaine partie s’est épuisée en communiquant du mouvement à l’air, et qu’une autre partie a été transformée en chaleur). Cette quantité de mouvement emporte la branche au delà de la position de repos, à peu près aussi loin qu’elle avait été poussée la première fois dans la direction inverse, jusqu’à ce qu’à la longue, à force de s’user à produire une tension analogue parmi les particules, il est perdu tout entier. La tension opposée, qui n’est que la transformation du moment dépensé, produit alors un second mouvement en arrière ; et ainsi de suite, la vibration ne s’arrêtant enfin que parce qu'à chaque mouvement, une certaine somme de force se dissipe en créant des ondulations dans l’air et dans l’éther. Or il n’y a qu’à faire attention à cette action et à cette réaction répétées, pour voir qu’elle est comme toute action et réaction une conséquence de la persistance de la force. La force dépensée par le doigt à tendre le diapason ne peut disparaître. Sous quelle forme existe-t-elle donc? Sous la forme de la tension cohésive engendrée parmi les molécules. Cette tension cohésive ne peut cesser d’exister sans produire un résultat équivalent. Ce résultat équivalent, quel est-il? Le moment engendré dans le diapason, quand il revient à sa position de repos. Ce moment lui-méme, que

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dcrient-il? Il faut qu’il continue à rester moment, ou qu’il produise une force corrélative d’une intensité égale. Il ne peut continuer comme moment, puisque le changement de lieu est etnpéché par la cohésion des parties; il disparait donc partiellement pour se transformer en tension dans ces parties ; celleci se transforme à son tour pour devenir le moment équivalent; et ainsi de suite. Si au lieu du mouvement combattu directement par la cohésion des parties, nous considérons le mouvement à travers l’espace, la môme vérité se présente sous une autre forme. Quoiqu’il ne semble pas y avoir d’autre force enjeu, et que, par conséquent, on ne voie pas de cause de rhythme, néanmoins son propre moment accumulé doit, en définitive, porter le corps en mouvement au delà du corps qui l’attire, et devenir par là une force d’un effet différent de celle qui l’a engend ré. De ce conflit naît forcément le rhythme comme dans le cas précédent. La force réalisée comme moment dans une direction donnée ne peut être détruite; et si elle disparaît en définitive, elle reparaît dans la réaction sur le corps retardant; réaction qui recommence à éloigner de son aphélie le corps qui vient d’étre arrêté. Les seules conditions sous lesquelles il pourrait n’y avoir pas de rhythme, c’est-à-dire les seules sous lesquelles il pourrait y avoir un mouvement continu à travers l’espace en ligne droite à tout jamais, ce serait l’existence d’un infini vide, ne contenant que le corps en mouvemenL Rien de cela ne peut être représenté dans la pensée. L’Infinité est inconcevable; et inconcevable est aussi un mouvement qui n’aurait jamais eu de commencement dans une source préexistante de force.

Ainsi donc le rhythme est une propriété nécessaire de tout mouvement. Étant donnée la coexistence universelle de forces antagonistes, postulat nécessité comme nous l’avons vu par la forme de notre expérience, le rhythme est un corollaire forcé de la persistance de la force.

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