‹ Les premiers principesChapitre 58 sur 77 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

LA LOI D'ÉYOLLTION (rw)

§ 189. La conception de l’évolution, résultat du dernier chapitre, est encore incomplète. Elle est vraie, mais elle ne contient pas toute la vérité. Nous avons considéré Sous trois aspects les transformations que toutes les choses subissent pendant les phases ascendantes de leur existence ; en présentant ces trois aspects simultanément, nous avons donné une idée approximative des transformations. Mais il y a des changements concomitants, dont nous n’avons encore rien dit, et qui, pour être moins apparents, n’en sont pas moins essentiels.

En effet, jusqu’ici nous n’avons fait attention qu’à la redistribution de la matière, négligeant la redistribution concomitante du mouvement. Sans doute nous avons fait des allusions explicites ou implicites à la dissipation du mouvement, qui se fait pendant que la matière se concentre ; si toute l’évolution était absolument simple, elle s’exprimerait parfaitement par la formule qu’à mesure que le mouvement se dissipe, la matière se concentre. Mais si nous avons passé en revue la redistribution définitive du mouvement, nous avons passé sous silence sa redistribution prochaine. Si nous avons de temps en temps dit quelque chose sur le mouvement qui s’échappe,

kO»

nous n’avons rien dit de celui qui ne s’échappe pas. Dans la mesure où une évolution devient composée, dans la mesure où un agrégat retient pour un temps considérable la quantité de mouvement qui permet les redistributions secondaires de la matière qui le compose, il se fait nécessairement des redistributions secondaires du mouvement retenu. Dans la mesure où les parties se transforment, il se fait une transformation du mouvement sensible ou insensible qu’elles possèdent. Les parties ne peuvent s’intégrer progressivement, soit individuellement, soit comme combinaison, sans que leurs mouvements individuels ou combinés s’intégrent davantage. Il ne peut pas s’établir entre les parties des hétérogénéités de volume, de forme ou de qualité, sans qu'il s’établisse aussi des hétérogénéités de quantités et de directions de leurs mouvements, ou des mouvements de leurs molécules. L’accroissement du caractère défini des parties implique un accroissement croissant du caractère défini de leurs mouvements. Bref, les actions rbytbmiques qui s’opèrent dans chaque agrégat doivent se différencier et s’intégrer en même temps que la structure se différencie et s’intégre.

Il faut indiquer ici en quelques mots la théorie générale de cette redistribution du mouvement conservé. Pour compléter notre conception de l’évolution sous son aspect matériel au moyen d’une conception de l’évolution sous son aspect dynamique, nous devons reconnaître la source des mouvements intégrés qui se produisent, et voir comment leur raultiformité et leur précision croissantes sont rendues nécessaires. Si l’évolution est un passage de la matière d’un état diffus à un état agrégé, si tandis que les unités diffuses perdent une partie du mouvement insensible qui les retenait à l’état diffus, les masses cohérentes de ces unités acquièrent des mouvements sensibles les unes par rapport aux autres, il faut que ces mouvements sensibles aient existé précédemment sous forme de mouvement insensible dans les unités. Si la matière concrète est le produit de l’agrégation de la matière diffuse, le mouvement con-

LA LOI D’ÉVOLUTION (fIN). k09

cret est le produit de l’agrégation du mouvement diffus. mouvement des masses qui apparaît implique la cessation d’un mouvement moléculaire équivalent. Si, d’un côté, nous sommes obligés de ne voir qu’une hypothèse dans la croyance que les mouvements célestes se sont ainsi produits, d'autre part nous voyons ailleurs, comme fait certain, que c’est ainsi que se sont produits tous If s mouvements sensibles de la surface du globe. Ainsi que nous l’avons déjà montré (§ 69), la dénudation des terres et les dépôts de nouvelles couches, sont produits par l’eau dans son cours descendant vers la mer, ou pendant l’arrêt des ondulations que les vents lui communiquent; nous avons aussi fait voir que l’élévation de l’eau à la hauteur d’où elle tombe est due à la chaleur solaire, aussi bien que l’origine des courants atmosphériques qui emportent l’eau à l’état de vapeur, et en agitent la surface quand elle est condensée. Cela veut dire que l’action moléculaire du milieu éihéré se transforme en mouvement de gaz, puis en mouvement de liquides, puis en mouvement de solides; qu’à chaque période une certaine quantité de mouvement moléculaire se perd et qu’un mouvement équivalent de masse se gagne. Il en est de même des mouvements organiques. Certains rayons venant du soleil permettent à la plante de ramener à l’état solide des éléments spéciaux engagés dans les combinaisons gazeuses ambiantes, c’est-à-dire qu’ils la mettent en état de grandir et d’accomplir ses changements fonctionnels. La croissance de la plante et le mouvement de la sève, sont des modes de mouvement sensible, mais les rayons dépensés à les produire, sont des mouvements insensibles; nous avons donc ici une transformation de l’espèce indiquée. Les animaux, dérivés comme leurs propres forces le sont, directement ou indirectement, des plantes, poussent encore plus loin la transformation. Les mouvements automatiques des viscères, comme les mouvements volontaires des membres et du corps dans sa totalité, se forment aux dépens de certains mouvements moléculaires et s’accomplissent par l’interm'édiaire du tissu nerveux et du

MO

tissu musculaire; oes mouvements se formaient originellement aux dépens de certains autres mouvements moléculaires propagés du Soleil à la Terre ; en sorte que les mouvements de structure et de fonction que manifeste l’évolution organique sont des mouvements d’agrégat, engendrés par les mouvements d'unités arrêtés. La môme règle se vérifie dans les agrégats formés de ces agrégats. En elfel, dans les sociétés humaines, le progrès se fait toujours dans le sens de l’absorption des actions individuelles dans les actions des corps d’étals. Si, pendant l’évolution, le mouvement qui s'échappe devient, par i’cQct d’une dispersion toujours croissante, plus désintégré, le mouvement retenu pour on temps devient plus intégré; et l’on peut dire que l’évolution, considérée au point de vue dynamique, est un décroissement du mouvement relatif des parties et un accroissement du mouvement relatif des tonts, en donnant aux mots partie et tout leur sens le plus général. Le progrès se fait du mouvement des molécules simples au mouvement des molécules composées, des mouvements des molécules aux mouvements des masses, et du mouvement des masses plus petites aux mouvements des masses plus grandes. Le changement concomitant qui tend vers une mulliformité plus grande dans les mouvements retenus, se fait sous la forme d’un accroissement de la variété des rbytbmes. Nous avons déjà vu que tout mouvement est rhylhinique, depuis les vibrations infinitésimales des molécules infinitésimales jusqu’aux grandes oscillations comprises entre le périhélie et l’aphélie des corps célestes. Ainsi que le fait supposer le contraste entre ces cas extrêmes, une multiplication des rhjlbmes doit accompagner une multiplication dans les degrés et les modes d’agrégation, et dans les relations de ces masses agrégées avec les forces qui leur appartiennent. Le degré ou le mode d’agrégation n’affécte pas, sans doute, la proportion ou l'étendue du rhytbme, quand les forces incidentes augmentent à mesure que les agrégats augmentent, ce qui a lieu pour la gravitation : ici la seule cause de variation dans le rhytbme est la différence de relation avec les forces qui

Page 1