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CHAPITRE XXI

LA SÉGRÉGATION

§ 163. Nous n’avons pas encore achevé d’expliquer l’évolution dans les chapitres précédents. Il faut que nous examinions encore sous un autre aspect les changements qui la constituent, avant d’arriver à une conception précise de l’ensemble de l’opération. Les lois que nous avons établies fournissent bien la clef du réarrangement des parties, en tant qu’il va de l’uniforme au multiforme ; mais elles ne nous donnent pas cel- | les du réarrangement qui va de l’indéflni au déflni. L’étude des actions et des réactions partout en jeu, nous a révélé qu'elles découlent nécessairement d’un certain principe primordial ; à savoir, que l’homogène doit passer à l’état hétérogène, et que l’hétérogène doit devenir encore plus hétérogène; j mais l’étude que nous avons faite ne nous a pas appris pourquoi les parties d’un tout simple prennent, quand elles sont affectées diversement, des caractères différents et tranchés en 1 même temps qu’elles deviennent dissemblables. i

Nous n’avons pas trouvé la raison pour laquelle il ne se produit pas une hétérogénéité vague et chaotique au lieu de l’hétérogénéité harmonique que nous voyons dans l’évolution. Nous avons encore à découvrir la cause de l’intégration locale { qui accompagne la différenciation, c’est-à-dire la ségrégation | qui se complète graduellement des unités semblables en un groupe distingué par un caractère nettement tranché des groupes voisins, composés chacun d’autres espèces d’unités.

LA SÉGRÉGATION

Cette raison va nous être donnée par l’examen de quelques faits dans lesquels on peut suivre à la trace l’opération de la ségrégation.

A la fin de septembre, alors que les arbres revêtent leurs couleurs automnales, et que nous espérons voir bientôt un changement nouveau augmenter la beauté du paysage, il n’est pas rare que nous soyons désappointés par un brusque coup de vent d’équinoxe. La violence du courant arrache de la masse bariolée du feuillage les feuilles déjà atteintes de décomposition celles dont les couleurs sont vives, mais elle respecte les feuilles encore vertes. Ces dernières froissées et desséchées par les chocs longtemps répétés contrq les autres feuilles ou les branches voisines, donnent aux bois une couleur sombre, tandis que les feuilles colorées en rouge, jaune et orange, se rassemblent dans les fossés, derrière les murs et dans les coins où des tourbillons les entassent. Que s’est-il passé? l’action uniforme du vent qui s’exerce sur les deux espèces de feuilles a arraché les mourantes du milieu de celles qui vivent encore, et en a fait des tas. Au mois de mars, nous voyous sur toutes les routes s’effectuer pareillement une séparation de particules de différentes grosseurs, la poussière, le sable, le gravier. Depuis les temps d’Homère jusqu’à nos jours on a toujours utilisé à vanner le grain pour le séparer de la balle, le pouvoir qu'ont les courants d’air naturels ou artificiels de séparer les unités de poids spécifiques différents. Dans toute rivière nous voyons les matériaux mélangés qu’elle charrie se déposer séparément; dans les rapides, le fond n’offre de repos qu’aux blocs et aux cailloux ; aux endroits où le courant n’est pas aussi fort, le sable peut se déposer; et dans les parties tranquilles, il se forme des sédiments de boue. On utilise dans les arts cette action élective de l’eau en mouvement, pour recueillir séparément des masses de petits corps de différents degrés de ténuité. Par exemple dans la fabrication de l’émeri, après qu’on a broyé la pierre, on la fait entraîner par un courant lent dans des compartiments successifs ; les plus gros grains s’arrêtent

LE COMNAISSAbLE.

dans le premier, les grains un peu plus petits gagnent le fond du second avant que l’eau s’en échappe, des grains encore plus petits se déposent dans le troisième, jusqu’à ce qu’enfin le dépôt ne soit plus formé que de la poussière qui tombe trop lentement dans l’eau pour qu'elle eût pu gagner le fond plus tôt.

L’eau en mouvement peut encore d’une manière différente, mais avec le même résultat, exercer son action ségrégative, quand par exemple elle emporte en les dissolvant les matières solubles qu’elle sépare d’autres matières insolubles. Nous voyons à toute heure ces effets se produire dans les laboratoires. Les effets des forces uniformes exercées par les courants aqueux et atmosphériques ont leurs analogues dans ceux des forces uniformes des autres ordres d’agents. L’attraction électrique séparera les petits corps d’avec les gros, les légers d’avec les lourds. Avec le magnétisme on peut séparer les grains de fer des autres substances auxquelles ils sont mêlés. C’est en utilisant cette propriété que rémouleur de Shefficid avec son filtre de gaze aimantée sépare la poussière d’acier d’avec la poussière de pierre qui, mêlée avec elle, se détache de la roue à repasser. Il n’y a pas d’expérience chimique qui ne nous apprenne comment l’affinité d’un agent agissant diversement sur les éléments d'un corps donné, nous permet d’enlever tel ou tel élément en laissant les autres.

Quel est donc le principe que ces exemples démontrent? Comment exprimer en une formule qui les contienne tous ces faits différents et les faits innombrables qui leur ressemblent? Dans chacun de ces cas nous voyons en action une force qu’on peut considérer comme simple ou uniforme, c’est le mouvement d’un liquide dans une certaine direction et pourvu d’une certaine vitesse; c’est l’attraction électrique ou magnétique avec une intensité donnée; c’est une certaine espèce d’affinité chimique : ou plutôt, à parler rigoureusement, la force en action est une résultante de l’une de ces forces et de certaines autres forces uniformes, telles que la gravitation, etc.

LA SÊ6BÊGATI0N.

Dans chaque cas nous avons un agrégat composé d’unités dissemblables, OH bien des atomes de substances différentes combinées ou intimement mêlées, ou bien des fragments de la même substance mais de volumes différents, ou bien encore d’autres éléments différant entre eux par leur poids spécifique, par leur forme, ou par d’autres attributs. Dans chacun de ces cas ces unités différentes, ou ces groupes dissemblables d’unités, éléments des agrégats, se séparent les uns des autres sous l’action de quelque force résultante qui s’exerce indifféremment sur tous; ils se séparent en agrégats moindres, composés chacun d’unités semblables entre elles pour chaque agrégat, et dissemblables de celles des autres. Voilà ce qui se passe dans tous ces changements. Voyons comment nous pouvons interpréter ce fait commun.

Dans le chapitre intitulé : « l’Instabilité de l’homogène», on a vu qu’une force uniforme tombant sur un agrégat produit des modifications dissemblables sur ses parties diverses, rend Tuniforme multiforme, et le multiforme plus multiforme encore. Ces sortes de transformations consistent, soit en des changements sensibles, soiten des changements insensibles des positions respectives des unités ou de ces deux sortes de changements, soit de cette espèce de réarrangements moléculaires que nous appelons chimiques, ou de cette espèce de transpositions plus étendues que nous nommons mécaniques, ou encore de ces deux sortes de déplacements combinés. La portion de force réellement efficace qui tombe sur chacune des différentes parties ou sur chacune des parties soumises à des conditions différentes de l’agrégat, peut se dépenser à modifier les relations mutuelles de ses constituants, ou à changer les parties de place; ou encore se dépenser en partie à produire l’un et l’autre de ces changements. Par suite, la portion de la force réellement effective qui ne sert pas à produire l’une de ces espèces d’effets, doit servir à produire l’autre. Il est évident que si une portion, si faible qu’elle soit, de la force effective qui tombe sur une unité composée d’un agrégat, se consume à

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réarranger les éléments irréductibles de cette unité composée, tout le reste ou la plus grande partie du reste doit se manifester par le mouvement de l’unité composée vers un autre point, au sein de l’agrégat ; et réciproquement, si peu ou point de cette force se consume à produire un déplacement mécanique, la plus grande partie ou la totalité de la force produira des changements moléculaires. Qu’en doit-il résulter? Dans les cas où nulle force, ou bien où une partie seulement de la force engendre des redistributions chimiques, quelles sont les redistributions physiques qui doivent se produire? Les parties semblables entre elles seront influencées pareillement par la force, et réagiront pareillement sur elle. Les parties dissemblables seront düTéremment influencées et réagiront différemment sur elle. Par suite, la force incidente effective d’une façon permanente, une fois transformée tout entière ou en partie en mouvement mécanique des unités, produira des mouvements semblables dans les unités semblables et des mouvements dissemblables dans les unités dissemblables. Si donc, dans un agrégat contenant deux ou plusieurs ordres d’unités mêlées, celles du même ordre viennent à être mises en mouvement dans le même sens et dans un sens différent de celui que reçoivent les unités des autres ordres, les ordres d’unités seront séparés. Un groupe de choses semblables, recevant des mouvements semblables par la direction et l’intensité, doit être transporté en totalité en un autre lieu, et si ces choses sont mêlées à d’autres choses d’un autre ordre qui reçoivent de leur côté des mouvements de même nature, mais différents de ceux du premier groupe par la direction et l’intensité ou par ces deux caractères, celles qui composent le second groupe doivent être transportées en masse en un autre lieu; c’est-à-dire que le mélange doit subir une sélection et une séparation simultanées.

Pour mieux faire comprendre cette opération, il est convenable de présenter quelques exemples qui montrent que, toutes choses restant égales, la netteté de la séparation est propor-

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tionnelle à l’état déflni de la ditTérence qui sépare les unités. Prenons une poignée d’une substance broyée contenant des morceaux de diverses grosseurs et laissons la tomber au gré d’une brise légère. Les gros fragments se rassembleront ensemble sur le sol, à peu près au point placé immédiatement audessous de la main; les morceaux plus petits seront emportés un peu plus loin sous le vent; d’autres plus petits encore plus loin, et les particules ténues appelées poussières seront emportées assez loin avant de toucher le sol ; cela veut dire que l’intégration est nette, quand la différence entre les fragments est nette, quoique la divergence des fragments soit la plus grande quand la différence est la plus grande. Si cette poignée de matière se compose d'ordres d’unités tout à fait distincts, tels que cailloux, graviers et poussière, ces unités se sépareront avec une netteté parfaite; les cailloux tomberont à peu près verticalement; les graviers, dans une direction oblique, se rassembleront en dépôt assez loin des cailloux; la poussière sera emportée, à peu près horizontalement, à une grande distance. Le principe sera mis encore mieux en lumière par un autre exemple, dans lequel c’est un autre agent qui opère. Faisons passer lentement de l’eau à travers un agrégat mélangé de substances solubles et insolubles. Il se fera d’abord un départ entre les substances qui présentent les relations les plus opposées avec la force en action : la sub.stancc solublesera enlevée; l’insoluble restera. Une autre séparation, moins déünie sans doute, s’opérera dans les substances solubles, puisque en premier lieu le courant emportera la plus grande partie des substances solubles; etqu’après leur dissolution il continuera à enlever les substances moins solubles qui restent. Même les substances non dissoutes auront subi une certaine ségrégation ; en effet, le liquide qui filtre à travers la substance emporte avec lui les fragments ténus qu’il détache des plus gros; il dépose en un lieu les plus légers, et dans un autre les plus lourds. Ajoutons, pour compléter notre explication, un fait qui serve de pendant à celui que

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nous avons présente. Les unités mélangées peuvent ii’ offrir que (te légères dilférences, et quand des forces rienncnl à agir sur elles, elles ne peuvent subir que des déplacements peu importants ; il faut donc, pour les séparer, des combinaisons de forces susceptibles de faire ressortir ces différences légères et de rendre le déplacement appréciable. Ce principe est mis en évidence par antithèse dans les cas précédents; mais il peut être rendu encore plus manifeste par quelques exemples ('mpruntés à l’analyse chimique. La séparation de l’alcool d’avec l’eau par distillation en est un excellent. Nous avons en effet des atomes composés d’oxygène et d’hydrogène mêlés à des atomes composés d’oxygène, d'hydrogène et de carbone. Ces deux ordres d’atomes ont une grande res.semblance ; ils conservent l'im et l’autre la forme liquide aux températures ordinaires; ils deviennent gazeux plus ou moins rapidement quand la température s’élève, et ils bouillent à des degrés assez voisins. Cette ressemblance des atomes s’accompagne encore de la dilliculté qu’il y a à les séparer. Si le mélange liquide est chauffé au delà de ce qu’il faut, il passe beaucoup d’eau .avec l’alcool à la distillation. Ce n’est que dans des limites assez restreintes de température qu’un groupe d’atomes est entraîné plus tôt que l’autre, et même alors ils ne se mettent pas en liberté sans entraîner beaucoup d’atomes de l’autre groupe. L’exemple le plus intéressant et le plus instructif nous est fourni par la cristallisation. Quand plusieurs sels, présentant entre eux une faible analogie de constitution, sont dissous dans la mémo masse d’eau, ils sont séparés par la cristallisation sans grande didiculté ; leurs unités respectives se meuvent les unes vers les autres, ainsi que les physiciens le supposent, par l’effet de forces polaires, et se séparent en formant des cristaux d’espèces particulières. Les cristaux de chacun des sels contiennent habitucllemenl de petites quantités des autres sels présents dans la solution, surtout quand la cristallisation a été rapide; on les débarrasse de ces sels étrangers en les redissolvanl et les faisant crislullrscr à plusieurs reprises.

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LA SÊOnÊGATIOty.

Remarquons toutefois que le contraire a lieu quand les sels contenus dans la même masse d’eau sont chimiquement homologues, Les nitrates de baryte et de plomb, les sulfates de linc, de soude et de magnésie s’unissent dans les mêmes cristaux, et si on les redissout pour les faire cristalliser de nouveau, ils ne cristallisent point séparément, quelque soin qu’on y mette. Les chimistes ont voulu s’expliquer cette anomalie, et ils ont trouvé que ces sels étaient isomorphes, que leurs atomes, malgré leurs différences chimiques, sont identiques par les proportions d’acide, de base et d’eau qu’ils renferment, et par leurs formes cristallines; on en a conclu que leurs atomes avaient à peu près la même structure. Voilà qui démontre clairement que les unités d’espèces dissemblables sont triées et séparées avec une précision proportionnée au degré de leur dissemblance. Dans le premier cas, nous voyons que les atomes dissemblables par leur forme, mais semblables par leur solubilité dans l’eau à une certaine température, se séparent, quoique imparfaitement. Dans le second cas, nous voyons que les atomes qui se ressemblent, non-seulement par leur solubilité dans le môme menstrué, mais aussi par leur structure, ne se séparent pas, qu’ils ne sont dissociés et isolés, et encore très-incomplélement, que. dans des conditions trèsspéciales. En d’autres termes, la force incidente de polarité mutuelle imprime aux unités du mélange des mouvements proportionnés à leur dissemblance, et par conséquent elle tend, en proportion de leur dissemblance, à les déposer en des lieux séparés.

11 y a une cause réciproque de séparation qu’il est inutile de traiter avec autant de développement. Si des unités différentes soumises à l’action de la même force doivent prendre des mouvements différents, les unités de même espèce doivent aussi prendre des mouvements différents sous l’action de forces différentes. Supposons qu’un groupe d’unités faisant partie d’un agrégat homogène soit soumis à l’action d’une force différente par l’intensité et la direction de celle qui agit sur le

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reste de l’agrégat, ce groupe d’unités se séparera du reste, pourvu que toute la force qui agit sur lui ne se dissipe pas à produire des vibrations ou des réarrangements moléculaires. Après tout ce que nous avons dit plus haut, cette proposition n'a pas besoin de défense.

Avant de terminer notre exposition préliminaire, il faut établir un principe complémentaire ; à savoir, que les forces mêlées sont séparées par la réaction de substances uniformes, exactement comme des substances mêlées sont séparées par Taction de forces uniformes. La dispersion de la lumière réfractée nous offre un exemple complet de ce principe. Un pinceau de lumière formé d’ondulations éthérées de différents ordres n’est pas dévié uniformément par un corps réfringent homogène; les différents ordres d’ondulations qu’il contient sont déviés sous des angles différents : par suite, ces différents ordres d’ondulations sont séparés et intégrés de manière à produire ce que nous appelons les couleui-s du spectre. Une séparation d’une autre espèce se manifeste quand les rayons de lumière traversent un milieu qui leur fait obstacle. Les rayons formés d’ondulations relativement courtes sont absorbés avant ceux qui le sont d’ondulations relativement longues; et les rayons rouges, formés des ondulations les plus longues, pénètrent .seuls quand l’obstacle est très-grand. Réciproquement, le phénomène de la réfraction nous montre une séparation de forces semblables par la réaction de substances dissemblables, puisque des pinceaux de lumière adjacents et parallèles, qui tombent sur des substances dissemblables et les traversent, sont rendus divergents.

§ 164. Dans l’hypothèse nébulaire, l’origine des étoiles et des planètes s’explique par une ségrégation matérielle, comme celle dont nous venons de parler, causées par l’action de forces dissemblables sur des unités semblables.

Nous avons vu dans un chapitre précédent (§ 150) que si la matière a jamais existé sous une forme diffuse, elle ne pouvait

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pas rester distribuée d’une manière uniforme, mais qu'elle devait se fractionner en masses distinctes. On a vu qu’en l’absence d’un équilibre parfait entre les attractions mutuelles d’atomes dispersés dans l’espace sans limite, il devait se former des solutions de continuité dans l’agrégat composé de ces atomes et une concentration autour des centres d’attraction prépondérants. Quand cette solution de continuité se fait, quand les atomes auparavant voisins s’éloignent les uns des autres, c’est en conséquence d’une différence dans les forces auxquelles ils sont respectivement soumis. Les atomes situés d'un côté de la solution de continuité sont soumisà un certain excès d’attraction dans le sens oii ils ont commencé à se mouvoir ; et ceux de l’autre côté le sont à un excès d’attraction dans la direction opposée. C’est-à-dire que les groupes adjacents d’unités semblables sont exposés à des forces résultantes dissemblables, et que par suite ils se séparent et s’intégrent.

La formation et la séparation d’un anneau nébuleux présentent deux exemples de la même loi. Conclure avec Laplacc que la zone équatoriale d’un sphéroïde nébuleux en rotation doit, pendant la période de concentration, acquérir une force centrifuge suffisante pour l’empêcher de suivre le reste de la masse qui se contracte, c’est conclure que cette zone doit rester en arrière parce qu’elle est soumise à une certaine force différentielle. La division se fera sur une ligne au dedans de laquelle la force agrégative est plus grande que celle qui résiste à l’agrégation, et au dehors de laquelle la force qui résiste à l’agrégation est plus grande que la force agrégative. Nous voyons donc que cette opération se conforme à la loi d’.après laquelle, lorsque des unités semblables sont exposées à des forces diS' semblables, celles qui sont soumises aux mêmes conditions se séparent de celles qui sont soumises à des conditions différentes.

§ 165. Les révolutions géologiques appelées communément

LE COENAISSftBLK.

iqucnscs nous montrent de nombreux exemples de ségrégation des unités différentes par une force incidente uniforme. Sur ics bords de la mer, les vagues dissocient et séparent incessamment les matériaux mciangés contre lesqueis elles SC briseuL üe« blocs de rochers tombés dans la mer, le flux et le reflux emportent des parcelles qui peuvent à cause de leur petitesse rester longtemps suspendues au sein îles eaux; puis ils les déposent à quelque distance du rivage sous forme d'un sédiment Un. Les parcelles de plus grosse dimension, tombant avec une rapidité relative, s’accumulent pour former des lits de sable au niveau des basses eaux. Les graviers et les petits cailloux se rassemblent sur les pentes au-dessus desquelles tourbillonnent les flots. Au sommet restent les galets et les grosses pierres. On peut parfois observer des ségrégations encore plus spécifiques. Des cailloux plais produits par la cassure d'une roche lamellcusc se trouvent rassemblés quelquefois dans une partie d’un banc de cailloux. Sur telle plage on ne trouve qu’uu dépôt de boue, sur telle autre qu’un dépôt de sable. Ici nous voyons une crique abritée remplie de petits cailloux à peu près de même volume, et là dans une baie arrondie dont une des extrémités est plus découverte que l’autre, nous voyons, en allant de la moins découverte à celle qui l'est le plus, les pierres déposées devenir de plus en plus grosses. Suivons rhisloirc de chaque dépôt géologique, cl nous arriverons promplemenl à rccoimaitre que des fragments mélangés, différant en volume et en poids, sont, lorsqu'ils reçoivent le choc et le frollcmcnl de l’eau et subissent l’attraction de la terre, triés, séparés, puis réunis en groupes de fragments relativement semblables. Nous voyons que, toutes choses égales, la séparation est nette en proportion de la netteté de 1a différence des unités. Les couches scdimentaii«s présentent après leur formation des ségrégations d’une antre espèce. Les silex et les nodules de pyrite de fer que l'on trouve dans la chaux, aussi bien que les coucrélions siliceuses que l’on rencontre quelquefois dans la pierre à chaux, ne peu-

LA SÉGnÉGATION.

»ent s’cxflliquei* que par des agrégations d’atomes de silex ou de sulfure do fer originairement répandus à peu près uniformément dans le dépôt, mais qui se sont rassemblés graduellement autour de certains centres, nonobstant l’état solide ou demi-solide de la matière ambiante. Nous voyons un exemple manifeste des conditions et des résultats de cette contraction dans la limonite.

Parmi les changements ignés, nous ne trouvons pas autant d’exemples de l’opération que nous éludions. En distinguant l’évolution simple de l’évolution composée, nous avons indiqué (§ i02) qu’une quantité prodigieuse de mouvement moléculaire latent s’oppose à la jpermanence des redistributions secondaires qui constituent l’évolution composée. Néanmoins, les pliénomènes géologiques d’ordre igné ne sont pas tout à fait dépourvus d’exemples de ségrégation. Quand les matières mélangées qui composent la croûte terrestre ont été portées à une température élevée, la séparation commence à se faire dès que la température s’abaisse. Certaines substances qui s’échappent des volcans à l’étal gazeux, se subliment et se déposent en cristaux sur les surfaces froides qu’elles viennent à rencontrer; comme elles se soliditient à des températures différentes, elles se déposent à des hauteurs dilfércutes dans les crevasses qu’elles traversent cnseniblc. Mais le plus bel exemple est celui que nous offrent les changements qui surviennent durant le refroidissement lent d’une roche ignée, quand une partie du noyau en fusion de la Terre est lancée au dehors par une des ruptures qui se font de temps en temps dans la croûte solide qui lui sert d’enveloppe. Lorsque cette matière se refroidit assez vite par l’effet du r.ayonncmenl libre et du contact avec des masses froides, elle forme un corps appelé trapp ou basalte, uniforme dans sa texture, bien qu’il soit composé de divers éléments. Mais quand cette partie du noyan en fusion ne s’échappe pas à travers les couches siq)Pificielles, elle se refroidit lentement et devient ce que nous appelons du granit. Les parties de quartz, de feldspath et de mica, qu’elle contient

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à l’état de mélange, restant longtemps fluides ou demi-fluides, c’est-à-dire dans un état de mobilité relative, subissent les cbangcments de position que nécessitent les forces imprimées sur elles par leurs congénères. Les forces différentielles qui naissent d’une polarité mutuelle ayant le temps de produire les mouvements nécessaires dans les atomes, séparent le quartz, le feldspath, le mica, qui cristallisent. Et la preuve que cette séparation est tout à fait dépendante de I^agitation longtemps continuée de particules mêlées et de la mobilité ^longtemps persistante des petites forces différentielles, se trouve dans le fait que les cristaux qui occupent le centre des veines de granit, où la fluidité ou la demi-fluidité ont duré plus longtemps, sont beaucoup plus gros que ceux des côtés où le contact avec les roches voisines a produit plus rapidement le refroidissement et la solidification de la masse.

§ i66. Les actions qui se passent dans un organisme sont si compliquées et si délicates, que nous ne pouvons nous attendre à constater les forces particulières par lesquelles les ségrégations particulières sont affectées. Parmi le petit nombre de cas susceptibles d’une interprétation assez rigoureuse, les meilleurs sont ceux où l’on reconnaît l’œuvre des pressions et des tensions mécaniques. Nous en découvrirons plusieurs en étudiant la structure osseuse des animaux supérieurs.

La colonne vertébrale d’un homme est soumise dans son ensemble à certains efforts, à savoir le poids du corps combiné avec les réactions que supposent tous les grands efforts musculaires; c’est en obéissant à ces efforts qu'elle est devenue un tout distinct par ségrégation. En même temps, comme elle reste soumise à des forces difl'érentes pendant qu’elle se courbe latéralement par l’influence des mouvements, ses parties restent jusq^u’à un certain point séparées. Si nous suivons le développement de la colonne vertébrale depuis sa forme primitive, depuis la corde cartilagineuse des poissons inférieurs, nous voyons qu'il y a partout une intégration qui correspond

LA SË6RË&ATI0N.

à l’unité des forces incidentes , combinée avec la division en segments qui correspond à la variété des forces incidentes. Chaque segment pris à part nous fait encore plus simplement comprendre le principe. Une vertèbre n’est pas un 08 unique, elle se compose d’une masse centrale pourvue d’appendices et d’éminences; dans les types rudimentaires de vertèbres, ces appendices sont tout à fait séparés de la masse centrale, et même existent avant qu’elle ne fasse son apparition. Mais ces divers os indépendants, constituant un segment spinal primitif, sont soumis à un certain agrégat de forces qui se ressemblent pins qu’elles ne diffèrent : comme ils forment le levier d’un groupe de muscles qui agissent d’ordinaire en commun, ils subissent perpétuellement en commun certaines réactions. Et, en conséquence, nous voyons que dans le cours du développement ils se soudent peu à peu. Nous en trouvons un exemple bien plus frappant dans les segments spinaux qui se soudent en une masse, quand ils sont soumis à quelque effort prépondérant. Le sacrum est formé d’un groupe de vertèbres solidement unies. Chez l’autruche et les oiseaux du môme genre, il y a de dix-sept è vingt vertèbres sacrées, non-seulement unies ensemble, mais soudées aux os iliaques situés de chaque côté. Si nous admettons que ces vertèbres ont été séparées dans l’origine, comme elles le sont encore dans l’embryon de l’oiseau, et si nous considérons les conditions mécaniques auxquelles elles doivent avoir été soumises, nous comprenons que leur union est le résultat de l’opération dont nous parlons. En effet, c’est par ces vertèbres que le poids total du corps se transmet aux jambes : les jambes supportent l’arc pelvien, le sacrum est articulé avec le reste de l’épine dorsale et par elle avec les membres qui s’y rattachent. Par conséquent, si les vertèbres sacrées étaient séparées, elles devraient être maintenues ensemble par des muscles puissamment contractés, et empêchées de partager les mouvements latéraux auxquels les autres vertèbres sont soumises; elles devraient être soumises à un effort commun, et

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préservées des efforts qui les affecteraient diversement ; c’est ainsi qu’elles rempliraient les conditions sous lesquelles la séqrégalion s’opère. Mais c’est dans les membres que nous rencontrons les cas où la cause et l’eDel présentent la relation la plus étroite. Les os métacarpiens (qui, chez l’homme, supportent la paume de la main) sont séparés les uns des antres dans la majorité des mammifères : les actions séparées des doigts r produisent de légers mouvements séparés. Toutefois, il n’enest pas ainsi chez les bœufs et les chevau.x. Chez les bœufs, les métacarpiens moyens, le troisième et le quatrième, sont seuls développés ; ils atteignent des proportions considérables et se soudent pour former l’os du canou. Chez les chevau.x, la ségrégation a un caractère que nous pourrions appeler indirect : te second et le quatrième métacarpiens sont là à t’état rudimentaire unis au.x côtés du troisième, qui est énormément développé; celui-ci forme seul le canon qui diffère du canon du bœuf, parce qu’il n’est composé que d’un seul cylindre, an lieu de deux cylindres soudés ensemble. Le métatarse présente chez ces quadrupèdes des changements analogues. Or ces divers groupes de métamorphoses se montrent là où les os diflerents groupés ensemble n’ont plus de fonctions différentes, mais conservent la môme fonction. Le pied des chevaux et des bœufs ne sert qu’à la locomotion et non pas, comme celui des mammifères unguiculés, à des usages qui supposent quelques mouvements relatifs des métacarpiens. Nous voyous donc que là où la force incidente est unique, il se forme une masse osseuse unique. Nous concluons que ces faits ont un rapport de cause à effet, et nous en trouvons la conlirmation dans la classe entière des oiseaux : dans les ailes et les jambes dos oiseaux, nous voyons des conditions semblables entraîner des ségrégations semblables. Pendant qu’on imprimait ces feuilles, M. Huxley m’a appris un fait qui démontre encore plus clairement ce itriiieipc général ; il oi’a gracieusement autorisé à m’en servir avant de le publier lui-môme. Le Glyptodon, mammifère éteint, trouvé à l’ctul fossile dans l’.4nié-

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rique du Sud, a passé longtemps pour un grand animal bizarre cl voisin de l’Armadiilo; on savait qu’il avait une armure cutanée massive, formée de plaques polygonales clroilement ajustées pour former une vaste boite, où le corps était emprisonné de telle sorte qu'il ne pouvait aucunement s’infléchir Inléraiemcnt ou verticalement, luette boite osseuse, qui devait peser plusieurs quintaux, était supportée pai' les apophyses épineuses des vertèbres et les os adjacents des arcs thoraciques et pelviens. Le fait important qtie nous avons à noter, c’est que, dans les endroits où le.s vertèbres du tronc étaient soumises ensemble à la pression de cette lourde armure rulanée, dont la rigidité les mettait dans l’impossibilité d’exécuter des mouvements relatifs, la série tout entière de ces vertèbres s’unissait en un es solide et continu.

On peut interpréter de la inCme manière la formation et la conservation d’une espèce, en la considérant comme un assemblage d’organismes semblables. Nous avons dtîjà vu que les membres d’une e.spèce, lorsqu’ils sont soumis à des systèmes dilférents de forces incidentes, se divisent en variétés. Il nous reste à ajouter que lorsqu’ils sont soumis à des systèmes semblables de forces incidentes, ils passent par ségrégation, ou ils sont ramenés et maintenus, <\ l'étal d’agrégat uniforme. En effet, pur ropéralion de la «sélection naturelle », chaque espèce se débarrasse d’une manière incessante des individus qui s’écartent du type commun par des déformations qui les rendent impropres à se plier aux conditions de leur existence; les individus qui la composent restent donc à peu près semblables. Les circonstances au milieu desquelles une espèce est exposée, éUinl, ainsi que nous l’avons vu, une combinaison compliquée de forces incidentes, et les membres de l’espèce ayant parmi eux quelques individus qui diffèrent plus que d’ordinaire de la structure moyenne requise pour en supporter l’action, il en résulte que ces forces séparent incessamment de la masse do l’espèce les individus divergents, et conservent par cette sélection runiformité du reste, c’est-à-

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dire l’intégrité de l’espèce. De même qu’en automne le vent arrache les feuilles jaunies du milieu de celles qui restent vertes, ou, pour me servir de la similitude de M. Huxley, que les plus petits grains passent à travers un crible, tandis que les plus gros sont retenus, de même les forces extérieures qui s’exercent uniformément sur les membres d’un groupe orga* nique les affectent d’une manière semblable dans la proportion de leur ressemblance, et différente dans la proportion de leur différence; elles séparent ainsi par un triage les semblables, en éliminant du milieu d’eux les dissemblables. Que ces membres séparés périssent comme cela arrive le plus souvent, ou qu’ils survivent et se multiplient pour former une variété distincte par suite de leur adaptation à certaines conditions un peu différentes, cela ne fait rien. L’un des cas obéit à la loi, que les unités dissemblables d’un agrégat se groupent avec celles de même espèce et se séparent quand elles sont soumises aux mêmes forces incidentes; et l’autre à la loi correspondante, que les unités semblables d’un agrégat se séparent et se groupent à part quand elles sont soumises à des forces différentes. Si l’on consulte les remarques de M. Darwin sur la divergence des caractères, on verra que les ségrégations ducs à l’action de ces lois tendent à devenir de plus en plus définies.

§ 167. Nous avons vu que l’évolution mentale, considérée à l’un de ses principaux points de vue, consistait en la formation de groupes d’objets semblables et de relations semblables, c’est-à-dire en une différenciation des diverses choses confondues ensemble dans un même assemblage, et en une intégration de chaque ordre distinct de choses en un groupe distinct (g 153). 11 nous reste à montrer maintenant que si la dissemblance dans les forces incidentes est lacause de ces différenciations, la ressemblance dans les forces incidentes est la cause de ces intégrations. En effet, qu’est-ce que l’opération qui établit les classifications ? Dans le principe, le bota-

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niste, faisant comme le vulgaire, ne reconnaît que les divisions conventionnelles que l’agriculture a fait prévdloir; il sait qn’il y a des légumes, des céréales, et range tout le reste des plantes dans un groupe bizarre qu’il appelle plantes sauvages. Commentées plantessauvages segroupent-ellesdans son esprit, en se subdivisant en ordres, en genres, en espèces? Chaque plante qu’il examine lui offre certaines impressions complexes. A chaque instant il ramasse une plante semblable à d’autres qu’il a déjà vues; il la reconnaît, c’est-à-dire qu’il se produit en lui un groupe coordonné de sensations analogues, en présence d’un groupe coordonné d’attributs analogues. En d’autres termes, il se fait dans ses nerfs une série coordonnée de changements, semblable à une série coordonnée de changements déjà produits. Au point de vue analytique, chacune de ces séries coordonnées de changements est une série coordonnée de modifications moléculaires opérées dans la partie affectée de l’organisme. Chaque fois que l'impression se répète, une nouvelle série coordonnée de modifications moléculaires se superpose aux précédentes et leur donne plus de grandeur, produisant ainsi une idée interne qui correspond à ces objets extérieurs similaires. En attendant, une autre espèce de plante produit dans le cerveau du botaniste un autre groupe de changements combinés ou de modifications moléculaires, groupe nouveau qui ne s’accorde pas avec celui que nous avons déjà considéré, n’en vient pas augmenter la force, mais au contraire en diffère ; des répétitions successives de ce groupe de changements engendrent une idée différente répondant à une espèce différente. Comment exprimerons-nous en termes généraux fa nature de cette opération ? D’une part, nous avons les choses semblables et les choses dissemblables d’où émanent les divers groupes de forces par lesquelles nous les percevons. D’autre part, il y a les organes des sens et les centres de perception par lesquels passent ces divers groupes de forces dans le cours de l’observation. En traversant les organes des sens et les centres de perception, les groupes semblables sont mis à part et isolés

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dos groupes dissemblables de forces; chacune de ces séries de J groupes de forces séparée ainsi des aiilres, répondant à un ' genre ou à une espèce exlérieurc, conslilue un élal de cooscience que nous appelons l’idée du genre ou de l’espèce. Non» avons vu déjà que si une même force opère la séparation de j matières mêlées, la même matière opère la séparation do» forces mêlées; nous voyons, do plus, maiiilenanl que les force» dissemblables une fois séparées eiïectuenl dans les agrégaU qui les séparent des changements de structure, dont chacun est le représentant et l’équivalent delà série intégrée des mouvements qui l’ont produit.

Une opération analogue met à part les relations de coexistence et de séquence des impressions pour en former des espèces, cl en même temps les groupe avec les impressions mêmes. Quand deux phénomènes qui ont été observés dans un ordre donné, sont répétés dans le même ordre, les nerfs qui ont déjà été | alfcclés par le passage d’une impression à l’autre le sont de nouveau ; et les modifications moléculaires qu’ils reçoivent du premier mouvement qui s’y propage, s’accroît par le second mouvement qui court sur la même roule. Chacun de ces mouvements produit une altération de structure, qui, conformément à la loi générale posée dans le chapitre IX, implique une diininiilion de la résistance opposée à tons les mouvements analogues qui peuvent se produire ensuite. La ségrégation de ces mouvements successifs (ou plus exactement des parties constamment efficaces de ces mouvements qui se dépensent à vaincre la résislanCc) devient ainsi la cause et la mesure de la connexion mentale qui relie les impressions produites par le» phénomènes. Pendant ce temps, les conne.\ions des phénomènes que nous reconnaissons comme dill'érenls de ceux-là, c’est -à-dirc qui affectent des éléments nerveux differents, seront représentés chacune par des mouvenionls effectué.s sur d'anires routes. Sur chacune de ces autres roules, les décharges nerveuses se feront avec une promptitude proportionnée à la fréquence avec laquelle l’expérience reproduit la connexion

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des phénomènes. La classification des relations doit donc marcher pari passu avec celle des choses qui en forment les termes. Les relations mêlées que présente le monde extérieur ont avec les scnsalions mêlées qu’il imprime un caractère commun, c’est de ne pouvoir s’imprimer sur l’organisme sans subir une ségrégation plus ou moins complète. Et c’est par cette double opération de départ et de groupement continuels de changements et de mouvements, qui constitue la fonction nerveuse, que s’effectuent peu à peu le départ et le groupement de matière, qui constitue la structure nerveuse.

§ 168. Au début de l’évolution sociale, les semblables se réunissent dans un groupe et les dissemblables se séparent sous l'inllucnce des forces incidentes de la môme manière que nous avons vu les créatures inférieures se réunir et se séparer pour former des groupes. Les races humaines tendent à SC différencier et à s’intégrer comme le font les autres êtres vivants. Parmi les forces qui opèrent et conservent les ségrégations humaines, nous pouvons nommer en premier lieu les forces extérieures dites physiques. Le climat et la nourriture qui sont plus ou moins favorables à un peuple indigène sont plus ou moins préjuiliciables à un peuple d’une constitution différente, venu d’une région éloignée du globe. Les races du Nord ne peuvent se perpétuer dans les régions tropicales; si elles ne péiisscnt pas à la première génération, elles succombent à la seconde, et, comme dans l’Inde, elles ne peuvent conserver leurs établissements que d’une manière artificielle, par une immigration et une émigration incessantes. Cela veut dire que les forces extérieures agissent également sur les habitants d’une localité donnée, tendent à éliminer tous ceux qui ne sont pas d’un certain type, et par ce moyen à conserver l'intégration de ceux qui sont de ce type. Si, ailleurs, parmi les nations de l’Europe, nous voyons une sorte de mélange permanent dû à d’autres causes, nous remarquons pourtant qu’il unit des races qui n’appartiennent pas à des types trës-

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différents et qui sont rompues à des conditions peu différentes. Les autres fofces qui concourent à produire les ségrégations ethniques, sont les forces mentales révélées dans les affinités qui attirent les hommes vers ceux qui leur ressemblent. D’ordinaire, les émigrants ont le désir de revenir dans leur pays ; et si leur désir ne se réalise pas, c’est uniquement parce qu’ils sont retenus pas des attaches trop fortes. Les individus d’une société, obligés de résider dans une autre, y forment ordinairement des colonies, de petites sociétés. Les races qui ont été divisées artificiellement ont une forte tendance à s’unir de nouveau. Or, quoique les ségrégations qui résultent des aftinités naturelles des hommes d’une même famille, ne semblent pas pouvoir s’expliquer par le principe général exposé ci-dessus, elles en sont pourtant de beaux exemples. Quand nous avons parlé de la direction du mouvement (§ 80), nous avons vu que les actes que les hommes accomplissent pour la satisfaction de leurs besoins, étaient toujours des mouvements dans le sens de la moindre résistance. Les sentiments qui caractérisent un membre d’une race donnée, sont tels qu’ils ne peuvent trouver leur complète satisfaction que chez d’autres membres de la même race : cette satisfaction dérive en partie de la sympathie qui rapproche ceux qui ont des sentiments semblables, mais surtout des conditions sociales corrélatives qui se développent partout où régnent ces sentiments. Quand donc un citoyen d’une nation est, comme nous le voyons, attiré vers d’autres de sa nation, c’est parce que certaines forces, que nous appelons désirs, le poussent dans la direction de la plus faible résistance. Les mouvements humains, comme tous les autres mouvements, étant déterminés par la distribution des forces, il faut que les ségrégations de races, qui ne sont pas le résultat des forces extérieures, soient produites par les forces que les unités de ces races exercent les unes sur les autres.

Nous voyons des ségrégations analogues s’opérer sous l’in- Duence de causes analogues dans le développement de chaque

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société. Quelques-unes résultent d’affinités naturelles moins importantes; mais les ségrégations les plus importantes qui constituent l’organisation politique et industrielle, résultent de l’union d’hommes chez lesquels certaines ressemblances sont le produit de l’éducation, en donnant à ce mot le sens le plus étendu, c’est-à-dire l’ensemble de tous les procédés qui forment les citoyens pour des fonctions spéciales. Les hommes dressés au travail corporel sont des hommes qui ont produit en eux-mêmes une certaine ressemblance, qui, relativement à leurs autres facultés d’action, rejettent dans l'ombre et subordonnent leurs différences naturelles. Ceux qui sont élevés pour le travail cérébral ont acquis d'autres caractères communs qui les rendent plus semblables les uns aux autres qu’à ceux qui sont élevés pour les occupations manuelles. Il se fait des séparations, il se produit des classes correspondant à ces ressemblances nouvelles. Des ségrégations beaucoup plus définies s’établissent parmi les membres assimilés par une ressemblance beaucoup plus définie, qui sont élevés pour la môme vocation. Là môme où les nécessités de leur travail les empêchent de se concentrer dans une localité, comme parmi les artisans les maçons, et comme parmi les marchands les détaillants, et comme dans les professions libérales les médecins, on voit se former des unions ouvrières de maçons, des sociétés d’épicerie, des associations médicales, preuve que ces citoyens assimilés artificiellement, s’intégrent autant que les conditions le permettent. Et là où, comme dans les classes manufacturières, l’accomplissement des fonctions n’exige pas la dispersion des citoyens dotés d’une ressemblance artificielle, ils se rassemblent par une agrégation progressive dans des localités spéciales; ce qui donne aux divisions industrielles un caractère plus défini. Si maintenant nous cherchons les causes de ces ségrégations considérées comme résultats de la force et du mouvement, nous retombons sur le même principe général. La ressemblance que l’éducation produit dans une classe ou dans une sous-classe est une aptitude que ses memsPKscu. 33

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bres ont acquise de satisfaire leurs besoins par les mêmes moyens. C’est-à-dire que l’occupation pour laquelle un homme a été élevé est devenue pour lui, et aussi pour ceux qui sonl élevés comme lui, une ligne de résistance moindre. II s’ensuit que, sous la pression qui porte tous les hommes à l’aclinté, les unités sociales pareillement modifiées, sonl affectées pareillement et tendent à suivre la même carrière. Si donc une localité, soit par des circonstances physiques, soit par celles qui se développent pendant l’évolution sociale, devient un lieu ob une certaine action industrielle rencontre moins de résistance qu’ailleurs, les lois de la direction du mouvement veulent que les unités sociales façonnées pour celte espèce d’action industrielle, se dirigent vers ce lieu et s’y intègrent. Si, par exemple, c’est parce que le charbon et les mines de fer sont & pro.ximilé d’une rivière navigable, que Glasgow a acquis une certaine supériorité dans la construction des navires en fer; si If travail total requis pour la construction du même vaisseau, et pour l’acquisition de son équivalent en nourriture et en vêtements, est moindre là qu’ailleurs, les ouvriers conslructeurî de navires en fer se concentreront à Glasgow, soit parce que les ouvriers de celte profession natifs de cette ville y resteront, soit par l’immigration de ceux qui l’exercent ailleurs, ou par ces deux causes réunies. Celle concentration serait encore plus marquée si d’autres districts ne présentaient pas I des avantages capables de contre-balancer ceux de Glasgow, j Le principe est également vrai quand l’occupation est commerciale au lieu de manufacturière. Les agents de change st rassemblent dans la cité, parce que la somme d’efforts qur chacun doit faire pour remplir ses fonctions et en recuillir les profits y est moindre que dans d’autres localités. Un lieo de bour.se une fois établi est désormais le lieu où la résistanct' que chacun doit surmonter est moindre qu'ailleurs; et chacun, s’il veut travailler dans le sens de la moindre résistance, doit s’y rendre.

On doit s’attendre avec des unités aussi compliquées que

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celles qui constituent une société^ et avec des forces aussi inélées que celles qui les meuvent, à trouver dans les sélections et les séparations qui en résultent beaucoup plus d'enchevêtrement et beaucoup moins de netteté que dans celles que nous avons déjà examinées. On peut sans doute montrer de$ anomalies qui, au premier abord, pourraient sembler çn contradiction avec la loi que nous présentons; mais en les étudiant mieux on verra qu’elles en sont au contraire des cas particuliers moins frappants. En effet, les hommes présentant diverses espèces de ressemblance, il doit y avoir divers ordres de ségrégations. 11 y a des ressemblances de penchants, des ressemblances de goûts, des ressemblances qui résultent de la culture intellectuelle, des ressemblances qui sont l'eifet d'une éducation de classe, des ressemblances de sentiment politique ; et nous n’avons qu’à jeter les yeux autour de nous sur les divisions de caste, les associations philanthropiques, artistiques ou scientifiques, les partis religieux et les divisions de société pour voir que c’est toujours une certaine ressemblance entre les membres de chaque corps qui détermine leur union. Il arrive souvent que les ségrégations se traversent, annulent mutuellement leurs effets dans une mesure plus ou moins étendue, par leur antagonisme indirect, et s’opposent à ce qu’une classe en voie de différenciation s’intégre complètement. De là les ano. malies dont j’ai parlé. Mais si l’on étudie convenablement cette cause d’imperfection, on verra que les ségrégations sociales en apparence anormales se conforment tout à fait au même principe que les autres. On reconnaîtra par l'analyse que soit par l’effet de forces incidentes, soit par l’effet de ce que nous pouvons en un sens regarder comme une polarité mutuelle, il se produit toujours dans la société des ségrégations des unités qui offrent une ressemblance naturelle ou une ressemblance produite par l’éducation.

§ 169. La vérité générale dont nous venons de donner tant d'exemples divers, peut-elle se déduire de la persistance de la

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force comme les précédentes? Nous pensons que l’exposilion que nous avons mise en tête de ce chapitre, aura conduit la plupart des lecteurs à une conclusion affirmative. Tous ces faits se ramènent à trois propositions abstraites. Premièrement, ‘ des unités semblables soumises à une force uniforme capable de produire en elles du mouvement, se meuvent dans le même sens et la même vitesse. Secondement, avec des unités semblables, exposées à des forces dissemblables capables de produire en elles du mouvement, se meuvent différemment, soit dans des sens différents, soit avec des vitesses différenles dans le même sens. Troisièmement, des unités dissemblables subissant l'action d’une force uniforme capable de produire en elles du mouvement se meuvent différemment, soit dans des sens différents, soit avec des vitesses différentes dans le même sens. Quatrièmement, tes forces incidentes mémos doivent être affectées d’une manière analogue; des forces semblables tombant sur des unités semblables doivent recevoir de ce choc des modifications semblables ; des forces dissemblables tombant sur des unités semblables doivent recevoir des modiffeations dissemblables; et eniin des forces semblables tombant sur des unités dissemblables doivent recevoir des modifications dissemblables. On peut réduire ces propositions à une forme encore plus abstraite. Elles reviennent toutes à ceci : que dans toutes les actions et réactions de force et de matière, une dissemblance dans l’un ou l’autre des facteurs nécessite une dissemblance dans les effets, et qu'en l’absence de toute dissemblance dans l’un ou l’autre des facteurs, les effets doivent être semblables.

A ce degré de généralisation, nous voyons de suite la dépendance immédiate qui relie ces propositions nu principe de la persistance de la force. Lorsque deux forces quelconques ne sont pas semblables, elles diffèrent soit par leur intcn.«ité, soit par leur direction ou par ces deux caractères; et l’on peut démontrer par cette analyse que les mathématiciens appellent la résolution des forces, que cette différence est due à la pré-

IK SÉGRÉGATION, 517

sence dans l’une d’elles d’une force qui n’est pas dans l’autre. De même, deux unités ou deux parties quelconques de matière dissemblables en volume, en poids, en forme, ou par quelque autre attribut, ne peuvent nous apparaître dissemblables que par quelque dissemblance dans les forces qu’elles impriment sur notre conscience; il en résulte que celte dissemblance même est due à la présence dans l’une de ces unités de matière, d’une ou de plusieurs forces qui ne sont pas dans l’autre. Telle étant la nature commune de ces dissemblances, quelle en est la conséquence inévitable? Une dissemblance dans les forces incidentes, quand les choses qui leur sont soumises sont semblables, doit engendrer une différence entre les effets; puisque sans cela la force qui fait la différence de ces forces ne produirait aucun effet, et qu’alors la force ne serait pas persistante. Une dissemblance dans les choses soumises à l’action de forces incidentes semblables doit produire une différence entre les effets; puisque sans cela la force qui fait la différence de ces choses ne produirait aucun effet, et qu’alors la force ne serait pas persistante. Et réciproquement, si les forces qui exercent une action et les choses qui la subissent sont semblables, les effets doivent être semblables, parce que sans cela un effet différentiel serait produit sans une cause différentielle, et la force ne serait pas persistante.

Ces vérités générales étant nécessairement impliquées dans la persistance de la force, toutes les redistributions que nous avons suivies jusqu’ici, en y reconnaissant des caractères des diverses phases de l’évolution, sont aussi impliquées dans la persistance de la force. Les parties des forces effectives d’une façon permanente qui agissent sur un agrégat et y produisent des mouvements sensibles ne peuvent pas ne pas opérer les ségrégations que nous voyons survenir entre les parties de cet agrégat. Si dans un agrégat composé d’unités diverses mêlées, celles de même espèce reçoivent des mouvements semblables d’une force uniforme tandis que celles d’une autre espèce en reçoivent des mouvements plus ou moins différents de ceux

tî èbttNJli^SABLÊ.

‘de la première, lés deüi espaces se séparent ét s’intégrent. Si ' les uniléA sont semblables et leA ibrces dissemblables, les unités difTéreminent alTectéeA doivent aussi nécessairement sé séparer. Ainsi se produit inévitablement le groupement tranché que nous voyons partout. Grèce à la ségrégation qui devient 'de plus en plus nette, tant qu’il lui est possible de le devenir, le changement de l’uniformité à la mulüformité s’accompagne d’un changement qui consiste à donner aux relations des parties, d’abord indistinctes, un caractère tranché.

De même que ta transformation de l’homogène en hétérogène peut se déduire du principe dernier qui dépasse la preuve, de même la transformation d’une homogénéité indéflnie en une hétérogénéité définie peut aussi s’en déduire.

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