‹ Les premiers principesChapitre 68 sur 77 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

L'Equilibre

§ 170. Vers quel but tendent les changements que nous avons étudiés? Marcheront-ils toujours sans s’arrêter? Ou bien prendront-ils fin? Les choses peuvent-elles devenir de plus en plus hétérogènes tant que durera l’avenir? ou bien existe-t-il un degré que l’intégration de la matière et du mouvement ne peut dépasser? Est-il possible que cette métamorphose universelle suive le même cours indéfiniment? ou bien travaillet-elle à produire un état définitif qui ne soit pas susceptible de subir une modification nouvelle? C’est à cette dernière conclusion que nous sommes inévitablement conduits. Soit que nous examinions une opération concrète, soit que nous considérions la question abstractivement, nous apprenons que l’évolution a une limite infranchissable.

Les redistributions de matière qui sc font autour de nous, aboutissent toujours à une fin par la dissipation du mouvement qui les opère. La pierre qui roule communique des parties de son mouvement aux objets qu’elle frappe et finit par tomber dans le repos; les choses qu’elle a frappées font de même. Précipitée des nuages, puis ruisselant sur la terre, plus tard se réunissant pour former des ruisseaux et des rivières, l’eau qui court vers les régions les plus basses s’arrête devant la résistance que lui oppose l’eau déjà arrivée dans ces régions. Sur un lac ou dans la mer que les eaux courantes foi ment ainsi en s’arrêtant, l’agitation soulevée par le vent ou par

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LE CONNAISSABLE

l'immersion d’un corps soi ide, se propage en rayonnant par des vagues qui diminuent à mesure qu’elles s’élargissent, et peu à peu se dérobe à l’observation en communiquant son mouvement à l’atmosphère et aux corps du rivage. L’impulsion qu’un joueur de harpe imprime aux cordes de son instrument se répand de tous côtés, s'affaibit en s’étendant, et ne larde à cesser d’ôtre perceptible ; puis elle s’évanouit en déflnitive en engendrant des ondulations caloriques qui rayonnent dans l’espace. Dans la braise qui se détache du feu et dans les grandes masses de lave fondue que rejette un volcan, nous voyons que l’agitation moléculaire appelée chaleur se disperse par le rayonnement; en sorte que, quelque grande que soit son intensité, elle tombe en définitive au même degré que celle des corps ambiants. Si les objets de notre observation sont les forces chimiques électriques, nous voyons qu’elles s’épuisenlà produire des mouvements sensibles ou insensibles qui se dissipent de même à leur tour, jusqu’à ce qu’enfin tout tombe dans le repos. La raison prochaine de l’opération qui se manifeste sous toutes ces formes, se trouve dans le fait sur lequel nous avons insisté en traitant de la multiplication des effets, à savoir que les mouvements vont toujours en se décomposant en mouvements divergents, et ceux-ci en mouvements redivergenls. La pierre qui roule chasse dans des directions plus ou moins différentes de la sienne les pierres qu’elle frappe; et celles-ci font de même de celles qu’elles frappent à leur tour. Agitez de l’eau ou de l’air, le mouvement se résoudra bientôt en mouvements rayonnants. La chaleur produite par la pression dans une direction donnée, se répand en ondulations dans toutes les directions ; c’est ainsi que sont engendrées la lumière et l’éleclricilé. Gela veut dire que ces mouvements subissent une division et une subdivision; et que, par l’elfct de la même opération continuée Indéfiniment, ils sc réduisent peu à peu, mais sans se perdre jamais, à des mouvements insensibles.

Nous trouvons donc, partout une marche vers l’équilibre. La coexistence universelle de forces antagonistes qui nécessite

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TuDiversaiité du rhythme et la décomposition de toute force en forces divergentes, nécessite en même temps l’établissement déflnilif de l’équilibre. Tout mouvement étant un mouvement soumis à la résistance, subit continuellement des soustractions qui aboulissent cnfln à la cessation du mouvement.

Voilà le principe sous son aspect le plus simple : nous allons maintenant l’examiner sous les aspects plus complexes qu’il nous présente dans la nature. Dans presque tous les cas, le mouvement d’un agrégat est composé, et l’équilibration de chacun de ses composants s’effectuant isolément n’affecte pas le reste. La cloche du vaisseau qui a cessé de vibrer est encore agitée d’oscillations latérales et verticales causées par les lames de l’Océan. La surface unie d’un courant, ridée momentanément par des ondulations dues a un bond 'ait par un poisson, n’en continue pas moins, après que ces ondulations ont disparu, de couler comme auparavant vers la mer. Le boulet de canon qui s’arrête, voyage encore avec une vitesse constante autour de l’axe de la terre. Alors même que la rotation de la terre serait détruite, le mouvement de la terre par rapport au soleil et aux autres corps célestes ne subirait pas la moindre diminution. En sorte que, dans tous les cas, ce que nous regardons comme l’équilibre est une disparition de l’un ou de plusieurs des mouvements qu’un corps possède, tandis que les autres continuent comme auparavant. Pour se figurer convenablement cette opération, et pour bien comprendre l’état de choses vers lequel il tend, il est à propos de citer un cas où nous puissions voir, plus complélenienl que nous ne pouvons le faire dans le cas cité ci-dessus, cet équilibre de mouvements combinés. Nous atteindrons mieux notre but, non pas en nous servant de l’exemple le plus imposant, mais en empruntant le plus familier. Prenons celui de la toupie. Quand on tire vivement la corde enroulée autour de son axe, la toupie tombe et nous présente habituellement, outre une rotation rapide, deux autres mouvements. Un faible mouvement horizontal imprimé inévitablement à la toupie quand la main

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la lâche, l’emporte eflfectivement hors du lieu où elle est tombée, et de plus, comme son axe est plus ou moins incliné, elle SC met à décrire des oscillations appelées du mot expressif quoique inélégant de branlement. Ces deux mouvements subordonnés qui changent leurs rapports mutuels et celui qu'ils soutiennent avec le mouvement principal, sont amenés au repos par des opérations distinctes d’équilibre. Le mouvement qui emporte la toupie horizontalement rencontre de la résistance un peu de la part de l’air et beaucoup de la part des irrégularités de la surface; il disparaît bientél, et la toupie ne tourne plus que sur place. De plus, en conséquence de l’opposition que le mouvement de l’axe d’un corps en rotation fait à tout changement dans le plan de rotation (ce dont on voit un bel exemple dans le gyroscope), le branlement diminue, cl, comme l’autre mouvemeut, finit vile. Après que ces deux mouvements ont été dissipés, le mouvement rotatoire n’ayant à vaincre que la résistance de l’air et le frottement du pivot, continue quelque temps avec une uniformité telle que la toupie parait stationnaire : on peut voir alors pour un temps cette condition que les mathématiciens français ont appelé équilibre mobile. Il est vrai que quand la vitesse de l’axe tombe au-dessous d’un cerlain degré, de nouveaux mouvements apparaissent et s’accroissent jusqu’à ce que la toupie tombe; mais ces mouvements nouveaux n’appartiennent qu’au cas où le centre de gravité est situé au-dessus du point d’appui. Si la toupie, pourvue d’un axe d’acier, était suspendue sous une surface suffisamment aimantée, le phénomène s’accomplirait comme le veut la théorie, et l’équilibre mobile une fois établi sc continuerait jusqu’à ce que la toupie eût perdu tout mouvement sans plus changer de position. Voici donc les faits que cet exemple nous offre à observer. Premièrement, les divers mouvements qu’un agrégat possède s’équilibrent séparément; les mouvements plus faibles, ou ceux qui rencontrent la plus grande résistance, ou bien encore ces deux espèces de mouvements, disparaissent d’abord et laissent seul celui qui est le plus

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t’ÉQüiUBHe. 52S

grand, Ou qui rencontre le moins de résistance, ou qui présenté ces deut caractères à la fois. Secondement, lorsque l’agrégat a ses parties animées les unes par rapport aux autres d’un mouvement qui ne rencontre qu’une faible résistance extérieure, il est susceptible d'entrer en équilibre mobile. Troisièmement, cet équilibre mobile finit par devenir un équilibre complet.

Il u’est pas facile d’embrasser complètement l’opération de l’établissement de l’équilibre, puisque ses diverses phases se présentent simultanément. Ce qu’il y a de mieux à faire c’est de la décomposer, pour plus de facilité, en quatre ordres différents de faits et de les étudier à part. Le premier ordre renferme des notions comparativement simples, comme celles des projectiles qui ne durent pas assez pour exhiber leur caractère rhylhmique, mais qui, promptement divisés et subdivisés enmouvements communiqués à d’autres parties de matière, se dissipent dans le rhythme des ondulations éthérées. Dans le second ordre, nous trouvons les diverses espèces de vibrations et d’oscillations que l'on peut d’ordinaire constater; le mouvement s’y use en produisant une tension qui, devenue égale à lui ou momentanément équilibrée par lui, produit ensuite un mouvement en sens inverse, qui est plus tard équilibré de la même manière ; ce qui cause un rhythme visible, bientôt dissipé en rhythmes invisibles. Le troisième ordre d’équilibre, dont nous n’avons pas encore parlé, se montre dans les agrégats qui reçoivent autant de mouvement qu’ils en dépensent. La machine à vapeur (et surtout l’espèce de machine qui remplit elle-même sa chaudière et son fourneau) nous en offre un exemple. Ici la force qui se dépense à chaque instant h vaincre la résistance du mécanisme mis en jeu, est réparée à chaque instant aux dépens du cumhustiblc; et l’on maintient l’équilibre de ces deux forces en élevant ou en diminuant la dépense suivant la variation de l’approvisionnement : chaque augmentation, chaque diminution de la quantité de vapeur aboutit à une élévation ou à une chute du mouvement de la machine capable de le mettre en équilibre avec l’augmentation

LE CONNAISSABLE

OU ladimioution de la résistance. Cet équilibre, que nous pourrions fort bien appeler l’équilibre mobile dépendant, devrait être spécialement remarqué, puisque c'est un de ceux que nous rencontrons communément dans le cours des diverses phases de révolution. Nous pouvons admettre encore un quatrième ordre d’équilibre, l’équilibre indépendant, ou l’équilibre mobile parfait. Nous en voyons un exemple dans les mouvements rbythmiques du système solaire, qui, ne rencontrant que la résistance d’un milieu d’une densité inappréciable, ne subissent pas de diminution sensible dans les périodes de temps que nous pouvons mesurer.

Toutefois, toutes ces espèces d’équilibres peuvent, si l’on se place au point de vue le plus élevé, être considérées comme différents modes d’une même espèce. En effet, dans tous les cas, la balance à laquelle arrivent les forces est relative, non absolue ; c’est un mouvement de quelques corps particuliers par rapport à un point ou à quelques points déterminés qui cesse, ce qui n’implique ni la disparition du mouvement relatif perdu, qui se transforme simplement en d’autres mouvements, ni une diminution des mouvements du corps par rapport à d’autres points. Cette façon de comprendre l'équilibre englobe évidemment Véquilibre mobile, qui, à première vue, semblait d’une autre nature. En effet, tout système de corps qui présentent, comme ceux du système solaire, une combinaison de rhythmes balancés, possède cette particularité que, bien que les éléments constituants du système aient des mouvements relatifs, le système dans son ensemble n’a pas de mouvement. Le centre de gravité du groupe entier reste Oxe. Quelle que soit la quantité de mouvement d’un membre du groupe dans une direction, elle est de moment en moment contrc-bniancce par un mou vement équivalent dans quelque autre partie du groupe, dans une direction opposée; de la sorte, la matière de l'agrégat reste dans un étal de repos. Il en résulte que l’équilibre mobile est la suppression de quelque mouvement que l’agrégat exécutait par rapport aux choses extérieures, et la continuation

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L’ÊQDILIftRE. 525

des rnouvetnenls seuls que les diverses parties de l’agrégat exécutent les uns par rapport aux autres. Ainsi, d’une manière générale, il est clair que toutes les formes d’équilibre sont intrinsèquement les mêmes, puisque, dans tout agrégat, c’est le centre de gravité seulement qui perd son mouvement. Les éléments conservent toujours quelque mouvement les uns par rapport aux autres : le mouvement des molécules n’est pas autre chose. Tout équilibre regardé communément comme «absolu, est en un sens un équilibre mobile , parce qu’à côté d’un état sans mouvement de la masse, il y a toujours quelque mouvement relatif des parties insensibles qui le composent. Réciproquement, tout équilibre mobile peut en un sens être regardé comme absolu; parce que les mouvements relatifs de ses parties sensibles s’accompagnent d’un état immobile du tout.

J’ajouterai encore quelque chose avant de clore ces préliminaires un peu trop étendus. Le lecteur peut remarquer déjà que deux principes cardinaux se dégagent de l’exposition qui précède : l’un touehant le dernier ou plutôt l'avant-dernier état de mouvement que tend à produire l’opération que je viens d’exposer, l’autre touchant la distribution concomitante' de matière. Cet avant-dernier état de mouvement est l’équilibre mobile, lequel, ainsi que nous l’avons vu, tend à sc pro-

duire dans un agrégat animé de mouvements composés, et à jouer le rôle d’état transitoire conduisant à l’équilibre complet. Dans tout le cours de l’évolution, nous voyons les choses tendre continuellement à prendre et conserver plus ou moins cet équilibre mobile. De même, que dans le système solaire, un équilibre mobile indépendant s’est établi tel que les mouvements relatifs des parties constituantes sont continuellement contre-balaneés par des mouvements opposés, et que l’état moyen de l’agrégat total ne varie jamais, de même nous voyons les mêmes relations s’établir, moins distinctes sans doute, dans toutes les formes d’équilibre mobile dépendant. L’état de choses dont nous trouvons des exemples dans les cycles des changements terrestres, dans les fonctions balancées des

{ISO le co^nms^able.

corps organiques arrivés à leurs formes adultes, dans les actions et les réactions des sociétés arrivées à leur plein développement, est un état qui a pareillement pour caractère d’avoir des oscillations compensatrices. La combinaison complexe de rbÿthmes que l’on trouve dans chacune des actions et des réactions sociales, a une condition moyenne, qui reste constante au point de vue pratique durant les déviations qui ne cessent d’avoir lieu dans les deux sens opposés. Le fait que nous devions surtout remarquer, c’est que, comme conséquence de la loi d’équilibre déjà posée, l'évolution de tout agrégat doit marcher jusqu’à ce que Yéquilibre mobile soit établi, puisque, ainsi que nous l’avons vu, l’excès de force que l’agrégat possède dans une direction doit, en déünitivc, se dépenser à vaincre les résistances au changement dans celte direction, no laissant après lui que les mouvements qui se compensent mutuellement, de manière à former un équilibre mobile. Quant à l’état de structure que l'agrégat acquiert en même temps, il faut évidemment qu’il présente un arrangement de forces qui contre-balance toutes les forces par lesquelles l’agrégat est .sollicité. Tant qu’il reste une force en excès dans une direction, qu’elle soit exercée par l’agrégat sur les parties qui l’entourent, ou par ces parties sur l’agrégat, l’équilibre n’existe pas, et par conséquent la redistribution de matière doit continuer. 11 en résulte que la limite de l’hétérogénéité vers laquelle tout agrégat progresse, c’est la formation d’autant de spécialisations et de combinaisons de parties qu’il y a de forces spécialisées et combinées à équilibrer.

§ 171. Ces formes succes.sivemcnt modiflées qui, dans l’hypothèse nébulaire, doivent avoir pris naissance durant l’évolution du système solaire, sont autant d’espèces transitoires de l’équilibre mobile; elles font place à des espèces plus permanentes, étapes de la route qui mène à l’équilibre complet. Ainsi, quand la matière nébuleuse qui se condense prend la forme d’un sphéroïde aplati, elle entre en un équi-

l’équilibre.

libre mobile transitoire et partiel entre les parties composantes, équilibre mobile qui doit s’être assuré toujours davantage, à mesure que les mouvements locaux antagonistes se dissipaient. La formation et le détachement des anneaux nébuleux qui, suivant cette hypothèse, surviennent de temps en temps, nous offrent des cas d’établissement progressif d’équilibre aboutissant à l’établissement d’un équilibre mobile complet. En effet, la genèse de ces anneaux implique un balancement parfait de la force agrégative que le sphéroïde entier exerce sur sa partie équatoriale, par la force centrifuge que la partie équatoriale a acquise durant la concentration qui s’est opérée auparavant; tant que ces deux forces ne sont pas égales, la portion équatoriale suit le mouvement de contraction de la masse ; mais aussitôt que la seconde force a grandi et est devenue égale à la première, la portion équatoriale ne peut plus suivre la masse, et reste en arrière. Toutefois, quand l’anneau qui résulte de cet équilibre, considéré comme un ,tout mis en relation par des forces avec des touts extérieurs, a atteint un état d’équilibre mobile, scs parties ne sont point en équilibre les unes par rapport aux autres. Ainsi que nous l’avons vu (§ 150), les probabilités contre la persistance d’un anneau formé de matière nébuleuse sont immenses : de l’instabilité de l’homogène on peut inférer que la matière nébuleuse d’un anneau doit se rompre, se diviser en fragments et enfin se prendre en une seule masse. Cela veut dire que l’anneau doit progresser vers un équilibre mobile d’une espèce plus complète, durant la dissipation du mouvement qui donnait à ses parties la forme diffuse, donnant pour résultat un corps planétaire accompagné peut-être par un groupe de corps plus petits, ayant chacun des mouvements relatifs résidus au.\quels ne s’oppose plus la résistance de milieux sensibles; c’est ainsi que se constitue un équilibre mobile presque absolument parfait (1).

(1) Sir David Brewster vient de faire eonnaître, en l'approuvant, un calcul de M. Babinct, tendant i prouver que, dans l'hypothèse nébulaire, la matière

LÈ (iOMNAISSAitLE.

Hypothèse à part, le principe d’équilibre se trouve perpétuellement manifesté dans les changements d’état de moindre importance que présente le système solaire. Chaque planète, chaque satellite, chaque comète, nous montre à son aphélie un équilibre momentané entre la force qui l’emporte loin de son centre de gravitation et celle qui retarde sa fuite, puisque cette fuite dure tant que la dernière de ces forces ne fait pas exactement équilibre à la première. De mémç, au périhélie, un équilibre inverse s’établit momentanément. La variation des dimensions de l'excentricité et de la position du plan de chaque orbite a pareillement une limite, où les forces qui produisent un changement dans une direction sont égalées par celles qui leur font opposition, et une limite opposée, où se fait un arrêt opposé. Pendant ce temps, chacune de ces perturbations simples, aussi bien que chacune des complexes qui résultent de leur combinaison, présente, outre l'équilibre temporaire à de ses points extrêmes, un certain équilibre général de déviations qui se compensent autour d’un état moyen. L’équilibre mobile qui en résulte tend, dans le cours indéfini du temps, à devenir un équilibre complet, par suite de U décroissance graduelle des mouvements planétaires et de l’in-

du soteil, quand elle remplissait l’orbite de la terre, devait mettre 3181 ui pour sa rotation, et que, par conséquent, rhypollièsc n'est pas vraie. Ce raiml de M. Babinet peut aller rejoindre celui de M. Comte, qui au rontrairr Elisait accorder à peu près le temps de cette rotation avec la période de réiolation de la terre autour du soleil; car si celui de M. Comte impliquait uoe pétition de principe, celui de M. Babinet repose évidemment sur dcui suppositions gratuites l'une et l'autre, et dont l'une est tout à fait incompatibir avec la doctrine qu'elle est appelée ù contrôler. M. Babinet est évidemmeat parti de l'évaluation artucllc de la densité interne du soleil, qui n'est pu prouvée, et qu'on a de bonnes raisons de ne pas admettre ; ensuite, U a évideinment pris pour accordé que toutes les parties du sphéroïde nébuirut, olors qu'il remplissait l’orbite de la terre, avaient la même vitesse angultiK; tondis que (comme l'hypothèse nébulaire bien comprise l'implique) ce sphéroïde étant le résultat de la concentration d’une matière beaucoup plus largement diffuse, sa partie équatoriale devait avoir une vitesse angulaire imiKasément plus grande que sa portion centrale.

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tégration défînitive de toutes les masses séparées qui composent le système solaire. Telle est la croyance que suggèrent certaines retardations de comètes, et que professent de hautes autorités. Dès qu’on admet que la diminution appréciable du retour périodique de la comète d'Encke implique une perte de moment causée par la résistance du milieu éthéré, on en vient è conclure que cette résistance doit causer aux planètes une perte du mouvement qui, bien qu’infinitésimale dans les périodes que nous pouvons mesurer, mettrait, si elle se continuait indéfiniment, fin à leur mouvement. Lors même qu’il y aurait, comme sir John Herschel le suppose, une rotation du milieu éthéré dans la même direction que les planètes, cet arrêt, bien qu’indéfiniment ajourné, ne pourrait être absolument empêché. Toutefois, celte éventualité est si éloignée de nous, qu’elle ne nous offre plus qu’un intérêt spéculatif. Je n’en parle que pour faire comprendre la tendance permanento vers l’équilibre complet, qui s’affirme par la dissipation du mouvement sensible longtemps continuée, ou par sa transformation en mouvement insensible.

Mais il y a une autre espèce d’équilibre dans le système solaire, laquelle nous louche de très-près, c’est l’équilibre du mouvement moléculaire appelé chaleur. Jusqu’ici, on a admis implicitement que le soleil pouvait continuer è fournir, durant toute la durée de l’avenir, une quantité de chaleur et de lumière toujours la môme ; mais cette hypothèse est bien près d’être abandonnée. Elle implique en réalité, sous un déguisement, la conception d’une force produite de rien, et elle ne vaut pas mieux que la fausse croyance qui égare les adeptes du mouvement perpétuel. Une autre notion se répand : on connaît que la force est persistante, et qu’en conséquence toute force qui se présente à nous sous une forme, doit avoir auparavant existé sous une autre; et cette notion nous amène è reconnaître aussi que la force manifestée par les rayons solaires n’est qu'une transformation de quelque autre force, dont le soleil est le siège, et que, par suite de la dissipation graduelle du rayon- SPE.SCER. 31

nement solaire dans l’espace, cette force finira par s’épuiser. La force agrégative du soleil, en vertu de laquelle sa substance se ramasse autour de son centre de gravité, est la seule que les lois de la Physique nous autorisent à rattacher à celles qui émanent de cet astre; la seule source susceptible d’être connue qu’on puisse assigner aux mouvements insensibles qui constituent la lumière et la chaleur du soleil, c’est le mouvement sensible qui disparaît durant la concentration progressive de la substance solaire. Nous avons vu que celte concentration progressive de la substance solaire était un colloraire de l’hypothèse nébulaire. Il faut en ajouter un autre ; de même que dans les membres plus petits du système solaire, la chaleur engendrée par la concentration s’est dissipée en grande partie et depuis longtemps par le rayonnement dans l’espace, laissant un résidu central qui ne s’échappe plus qu’avec lenteur, de même, pour la masse immensément plus grande qui forme le soleil , la quantité immensément plus grande de chaleur engendrée et encore en voie de diffusion doit, à mesure que la concentration approche de sa limite, diminuer en quantité, et enfin ne laisser qu’un reliquat interne insignifiant. Qu’on admette ou qu’on rejette l’hypothèse de la condensation de la substance nébuleuse, dont la condensation solaire découle, l’idée que le soleil perd graduellement sa chaleur, jouit maintenant d’une grande autorité. On a fail des calculs portant à la fois sur la quantité de lumière et de chaleur déjh rayonnée comparée avec celle qui reste encore, et sur la période durant laquelle ce rayonnement continuera encore probablement. Le professeur Helmhoitz estime que, depuis le temps que, d’après l’hypothèse nébulaire, la matière composant le système solaire s’étendait à l’orbile de Neptune, il s’est dégagé, par suite de l’arrêt du mouvement sensible, une quantité de chaleur fois aussi grande que celle que le soleil a encore ti répandre. Il calcule approximativement la proportion suivant laquelle ce restant est diffusé; il montre qu’une diminution du diamètre du soleil d’une étendu

L’ÊQDIUBRE.

7ô~oôô produirait une quantité de chaleur qui, selon la proportion actuelle, sullirail à plus de 2000 années; ou, en d’autres termes, qu’une contraction de ,o aôVii’ôê dW"

m^tre siitlil à engendrer la quantité de lumière et de chaleur dépensée en un au. De la sorte, d’après la dépense actuelle, le diamètre du soleil diminuera d’environ d’ici à un million d’annécs(l). Naturellement, il ne faut voir dans ces conclusions qu’une approximation grossière. Jusqu’à ces derniers temps, nous avons totalement ignoré ta composition chimique du soleil, et maintenant même nous n’en avons qu’une connaissance supcrndctle. Nous ne savons rien de sa structure interne; et il est bien possible, et selon moi très-probable, que les hypothèses sur la densité centrale élevées sur les calculs précédents soient fausses. Mais il n’y a pas d’incertitude dans les données qui servent de base à ces calculs, il n’y a pas d’erreur sur la proportion d’après laquelle le soleil dépense sa réserve de force, qui puisse servir à contester que cette réserve ne soit en voie de dépense, et ne doive, au bout d’un certain temps, s’épuiser. Le résidu du mouvement non diffusé que conserve encore le soleil peut être, si l’on veut, encore plus grand que les calculs d’HclmhoItz ne le donnent; la proportion du rayopnement pourra, contrairement à l’hypothèse d’HelmhoItz, ne pas continuer uniformément; elle ira, si l’on veut, avec une rapidité lentement décroissante; il se peut que l’époque à laquelle le soleil cessera de nous envoyer une chaleur et une lumière suffisantes soit bien plus éloignée qu’il ne le suppose; mais cette époque arrivera, et c’est tout ce que nous voulons établir pour le moment.

Ainsi, tandis que le système solaire, s’il est en effet le produit de l’évolution de la matière diffuse, est un exemple de la loi d’équilibre par l’établissement d’un équilibre mobile complet.

(1) VoTCj l’urticle «On tlic Inler-Aclion of Natural Forces «, Philasophical Magazinf, supplément eu tome XI, A* série, traduit du tcitc de Hchnlioltz par M. T}ndall.

LE CONNAISSABLE

et tandis que, constitué comme il estàprésent, il nous offre uq exemple de cette même loi par le balancement de tous ses mouvements, il en est encore un exemple par les opérations qui continuent à s’effectuer, d’après les conclusions des astronomes et des physiciens. Le mouvement des masses produit durant l’évolution est en train de se rediffuser en mouvement moléculaire du milieu éthéré, tant par l’intégration progressive de chaque masse que par la résistance à son mouvement à travers l’espace. Le moment où tous les mouvements des masses seront transformés en mouvements moléculaires et ces mouvements moléculaires équilibrés, peut être infiniment éloigné; mais c’est vers cet état d’intégration complète et d’équilibre parfait que les changements qui s’accomplissent maintenant au sein du système solaire, tendent inévitablement.

§ 172. La figure sphérique est la seule qui puisse équilibrer les forces des atomes qui gravitent les uns vers les autres. Si l’agrégat formé par ces atomes a un mouvement rotatoire, la forme de l’équilibre devient un sphéroïde plus ou raoin* aplati, suivant la vitesse de la rotation; et l’on a constaté que la Terre est un sphéroïde aplati, s’écartant juste autant de la sphéricité qu’il faut pour contre-balancer la force centrifuge qui résulte de la vitesse de sa rotation autour de son a.xc. Cria veut dire que, durant l’évolution de la Terre, il s’est éüibli un équilibre completdes forces qui affectent son contour. La seule autre opération d’équilibre que la terre, prise dans son ensemble, puisse présenter, c’est la perte de son mouvement aulourde son axe, mais nous n’avons aucune preuve directe que ce mouvement soit en voie de se perdre. Toutefois, le professeur Hclmholtz a soutenu que le frottement des marées, quelque inap préciable qu’en puissent être les effets accomplis durant les périodes connues, doit diminuer lentement le mouvement rotatoire de la Terre et finir par le détruire. Sans doute, il parait y avoir une erreur à dire que le mouvement rotatoire de la Terre peut être détruit par le ralentissement dû aux marées.

l’équilibre. 533

puisque l'effet exlrènie de cette cause, lequel encore ne peut être .atteint qu’à l’infini, ne ferait que donner au jour terrestre la durée d’une lunaison. Pourtant, il me parait évident que le frottement causé par les marées est une cause réelle du décroissement de la rotation. Si lente qu’en soit l’action, nous devons y voir un exemple nouveau du progrès universel vers l’équilibre.

Il est inutile d’entrer dans les détails pour montrer comment ces mouvements que les rayons du soleil engendrent dans l’air et l’eau, et dans la substance solide du globe (1), après avoir traversé l’air et l’eau, vérifient tous sans exception le môme principe. Évidemment les vents, les vagues et les courants, aussi bien que les dénudations qu’ils effectuent, manifestent perpétuellement sur une grande échelle, et en des modes infinis, cette dissipation de mouvement dont nous avons parlé dans la première section , et la tendance qui en est la conséquence vers une distribution équilibrée des forces. Chacun des mouvements sensibles, produits directement ou indirectement par intégration des mouvements insensibles communiqués par le soleil, se divisent et se subdivisent en mouvements de moins en moins sensibles, jusqu’à devenir enfin des mouvements insensibles rayonnés par la Terre sous forme d’ondulations caloriques. Dans leur totalité, les mouvements complexes de substances aériformes, liquides et solides, sur la croûte du globe, constituent un équilibre mobile dépendant. Comme nous l’avons vu, on peut y découvrir une combinaison complexe de rhytbmes. L’eau, dans l’incessante circulation qui l’emporte de l’Océan aux continents, et des

(1) J’ai eu à consulter naguère les Oullines of Astroiwmy de sir John Hcrschci à propo.s d’une autre question ; jusqu’alors, j'avais ignoré que, dés 1833, il avait csprinié l'idée que « les ravons du soleil sont la source première de presque tous les inouveincuts qui s’opèrent à la surface de 1a terre. » il } rattuilie etpresséinent les actions géologiques, méléorologiques et vitales; et mèiui- celles que nous produisons eu brûlant du cliarbun. C’est donc à tort qu'on a fai! honneur de celte dernière idée à George âtephenson.

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LE GONKAISSABLE.

continents à l’Océan, nous offre un type de ces actions compensatrices qui, au milieu de toutes les irrégularités produites par leurs interventions mutuelles, conservent un étal moyen. Ici, comme dans d’autres cas d’équilibre du troisième ordre, nous voyons la force se dissiper de moment en moment et se renouveler de moment en moment par le dehors; la hausse et la baisse dans l’approvisionnement sont contre-bal.nncées par la hausse et la baisse dans la dépense, témoin la correspondance entre les variations magnétiques et les taches solaires. Mais le fait qu'il nous importe le plus de considérer, c’est que cette opération rapproche les choses du repos complet. Les mouvements mécaniques, météorologiques et géologiques, qui sont continuellement en voie de s’équilibrer, tant temporairement par des mouvements en sens contraire, que d’une manière permanente par la dissipation des uns et des autres, diminueront lentement à mesure que la quantité de force reçue du soleil diminuera. A mesure que les mouvements insensibles propagés jusqu’à nous du centre de notre système deviendront plus faibles, les mouvements sensibles qu’ils produisent devront décroître; et à cette époque éloignée où la chaleur solaire aura cessé d’ôlre appréciable, il n’y aura plus de redistribution de matière à la surface de notre planète.

Du point de vue le plus élevé, les changements terrestres nous apparaissent comme des détails de l’établissement de l’équilibre cosmique. Nous avons déjà montré (§ 69) que parmi les altérations incessantes que subit la croûte du globe et l’atmosphère, celles qui ne sont pas ducs au mouvement encore inachevé de concentration de la substance de la Terre vers son centre de gravité, sont ducs au mouvement non encore achevé de la substance du Soleil vers son centre de gravité. Hemarquons que la continuation de l’intégration de la Terre et du Soleil est une continuation de la transformation du mouvement sensible en mouvement insensible que nous avons vu aboutir à l’équilibre; et que le point extrême de l’intégration est un état où il ne reste plus de mouvement sensible

l’êqoiubre. 535

à transformer en mouveinent insensible, c’est-à-dire un état où les forces intégrantes et les forces désintégrantes seront égales.

§ 173. Tout corps vivant nous présente sous une quadruple forme l’opération que nous étudions : à chaque instant dans le balancement des forces mécaniques, d’heure en heure dans le balancement des fonctions, d’année en année dans les changements d’état qui compensent les changements de condition, et finalement dans l’arrêt complet du mouvement vital, dans la mort. Examinons les faits sous ces quatre points de vue.

Le mouvement sensible qui constitue toute action visible d’un organisme, est bientôt annulé par une force opposée, venant du dedans ou du dehors de l’organisme. Quand le bras est levé, le mouvement qui lui est communiqué trouve des antagonistes dans la pesanteur et dans les résistances internes qui résultent de la structure; et son mouvement subissant ainsi une soustraction continuelle, arrive à sa fin quand le bras a atteint une position où les forces sont en équilibre. Les limites de chaque systole et de chaque diastole du cœur nous offrent chacune un équilibre momentané entre les efforts musculaires qui produisent des mouvements opposés; et chaque ondée du sang doit être suivie d’une autre parce que sans cela la dissipation rapide de son mouvement mettrait bientôt toute la niasse du liquide sanguin dans un état de repos. Aussi bien dans les actions et les réactions qui s’opèrent entre les organes internes que dans le balancement mécanique du corps entier, il s’établit à chaque instant un équilibre progressif des mouvements produits à chaque instant. Considérés dans leur agrégat comme formant une série, les fonctions organiques constituent un équilibre mobile dépendant, un équilibre mobile dont le pouvoir moteur est toujours en train de se dissiper pour produire les divers équilibres spéciaux que nous venons de noter, et toujours en train de se renouveler en

LE CONNAISSABLE

absorbant un nouveau pouvoir moteur. L’aliment est un magasin de force qui ajoute continuellement au moment des actions vitales tout ce que les forces qu’elles ont à surmonter en retranchent continuellement. Tous les mouvements fonctionnels entretenus par cet échange sont, nous l’avons vu déji, rhythmiques (§85); leur union produit des rhythmcs composés de longueurs et de complexités diverses. Dans ces rhythmes simples et composés, l’opération de l’équilibration ne se manifeste pas seulement à chaque extrême de ces rhythmes, mais aussi dans la conservation d’une moyenne constante, et dans le rétablissement de cette moyenne, quand des causes accidentelles ont produit une déviation. Quand par exemple il y a eo une grande dépense de mouvement par l’activité musculaire, il se fait aussi par réaction un emprunt à ces magasins de mouvement latent qui sont déposés dans l’épaisseur des tissus sous forme de matière à consommer. L’augmentation de la respiration et de l’activité de la circulation sont les moyens dont l'organisme se sert pour engendrer une force nouvelle afin de contre-balancer l’excès de dissipation de force. Celte transformation inusitée de mouvement moléculaire en mouvement sensible est bientôt suivie d’une absorption inusitée d’aliments, c’est-à-dire d’une source de mouvement moléculaire; plus on a tiré longtemps du capital accumulé du système, plus il y a de tendance à un repos prolongé durant lequel ce capital sera reconstitué. Si la déviation du cours ordinaire des fonctions a été assez grande pour les déranger, comme lorsqu’un exertâce violent produit la perte de l’appétit et du sommeil, il s’établit encore en définitive un équilibre. Pourvu que la perturbation ne soit pas de nature à renverser la balance des fonctions et à détruire la vie (auquel cas un équilibre complet s’établit brusquement), la balance ordinaire se rétablit peu à peu : l’appétit revicnl et se montre d’autant plus vif que l’usure des tissus a été plus étendue; un sommeil calme et prolongé répare les effets des longues veilles qui l’ont précédé. Il n’y a pas mémo une exception à la loi générale

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l’équilibre.

dans ces cas extrêmes où quelque excès a produit un dérangement irréparable, car là encore le cycle des fonctions trouve après quelque temps son équilibre autour d’un nouvel état moyen, qui dès ce moment devient l’état normal de l'individu. Ainsi, quand au milieu des changements rhythmiques qui constituent la vie organique, une force perturbatrice vient opérer un excès de changement dans une direction, elle est graduellement diminuée et en définitive neutralisée par des forces antagonistes, lesquelles effectuent un changement compensateur dans une direction opposée, et rétablissent après des oscillations plus ou moins répétées la condition moyenne. C’est celte opération que les médecins appellent vis medicatrix natvrœ. La troisième forme d’équilibre manifestée par les corps organiques est une conséquence nécessaire de celle qui vient d’étre exposée. Quand par un changement d’habitude ou de circonstances un organisme est soumis d’une manière permanente à quelque influence nouvelle, ou à une ancienne influence avec une intensité différente, les rbythmes organiques sont plus ou moins troublés, mais il s’établit entre eux un nouvel équilibre autour d’une condition moyenne produite par l’influence nouvelle. De môme que les divergences temporaires des rbythmes organiques sont contre-balancées par des divergences temporaires d’une espèce opposée ; de même il se fait un équilibre de leurs divergences permanentes par la production de divergences [opposées tout aussi permanenle.s. Si la quantité de mouvement qui doit être engendrée par un muscle devient plus grande qu’auparavant, la nutrition du muscle s’accroît. Si la dépense du muscle provoque dans sa nutrition un excès sur la nutrition que la dépense provoque dans les autres parties du système, l’excès de nutrition devient tel que le muscle grossit. L’accroissement du muscle cesse quand s’établit une balance entre Tusurc journalière et la restauration journalière, la dépense journalière de force et la quantité de force latente qui s’ajoute chaque jour. Il doit manifestement en être de même de toutes les modifications organiques qui

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LE C0NH&19SABLE.

dépendent d’un changement de climat ou de nourriture. C'est une conclusion que nous pouvons tirer sans connaître les réarrangements spéciaux qui amènent l’équilibre. Si nous voyons qu’un mode de vie différent s’établit après un dérangement fonctionnel d’une certaine durée causé par un changement survenu dans quelque condition du système, si nous voyons que cette condition cbangée, se fixant peu à peu, persiste dans son nouvel état sans subir de changement nouveau, nous n’avons pas d’autre alternative à choisir, nous devons dire que les forces nouvelles introduites dans le système ont été compensées par les forces opposantes qu’elles ont évoquées. Telle est l’interprétation de l’opération que nous appelons adaptation. Finalement, tout organisme àansVensomble de sa vie est un exemple delà loi. Au début, il absorbe chaque jour, sous forme d’aliments, une quantité de force plus grande que celle qu’il dépense chaque jour; le surplus s’équilibre par la croissance. Quand la maturité approche, ce surplus diminue; dans l’organisme h son plein développement, l’absorption journalière de mouvement potentiel contre-balance ia dépense journalière du mouvement actuel. C’est-à-dire que durant la vie de l’adulte il s’établit continuellement un équilibre du troisième ordre. A la fin la perte de chaque jour commençant à l’emporter sur le gain de chaque jour, il en résulte une diminution progressive de l’action fonctionnelle; lesrhythmes organiques s’étendent plus ou moins largement de chaque côté de l’état moyen, et en définitive s’établit l’équilibration complète que nous appelons la mort.

Le dernier état de structure qui accompagne ce dernier état fonctionnel, fin vers laquelle tend un organisme, tant comme individu que comme espèce, peut se déduire d’une proposition que nous avons posée dans la première section de ce chapitre. Nous avons vu que la limite de l’hétérogénéité est atteinte quand l’équilibre d’un agrégat devient complet, que la redistribution de matière ne peut continuer que tant qu’il persiste un mouvement non équilibré. Nous avons vu que par suite les

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l’équilibre. 539

arrangements terminaux de structure doivent être tels qu’ils puissent opposer des forces antagonistes équivalentes à toutes les forces qui agissent sur l’agrégat. Or, que suppose un agrégat organique dont l’équilibre est de ceux que nous appelons mobiles? Nous avons vu que le maintien d'un équilibre mobile exige la production habituelle de forces internes correspondant en nombre, direction et intensité aux forces externes incidentes, c’est-à-dire autant de fonctions internes, isolées ou combinées, qu’il y a d’actions extérieures à contrebalancer. Mais les fonctions sont les corrélatifs des organes; l’intensité des fonctions est, toutes choses égales, corrélative au volume des organes; et les combinaisons de fonctions sont corrélatives aux connexions des organes. Il en résulte que la complexité de structure qui accompagne l’équilibre fonctionnel, peut se définir un état dans lequel il y a autant de parties spécialisées qu’il en faut pour qu’elles puissent, séparément ou conjointement, contre-balancer les forces séparées ou conjointes au milieu desquelles existe l’organisme. Telle est la limite de I hétérogénéité organique dont l’homme s’est plus approché que toute autre créature.

Les groupes d’organismes manifestent d’une façon trèsévidente cette tendance universelle vers une balance. Nous avens fait voir {§ 85) que toute espèce de plante et d’animal est perpétuellement soumise à une variation rhythmique de nombre; tantôt, par l’effet de l’abondance de la nourriture et de l’absence d'ennemis, elle s’élève au-dessus de la moyenne, et tantôt, parla rareté des subsistances, conséquence de l’accroissement du nombre, et par l’abondance des ennemis, elle tombe au-dessous de la moyenne. C’est ainsi que s’établit l’équilibre entre la somme des forces qui aboutissent à l’accroissement de la race et la somme des forces qui aboutissent à son décroissement. Les limites de ces variations sont des points où une série de forces auparavant en excès sur l’autre est contre-balancée par elle. C’est au milieu des oscillations produites par leur conflit que se tient le nombre moyen de

LE CONNAISSABLE

l’espèce, c’est-à-dire le point où la tendance qu’elle a à s’étendre est en équilibre avec la tendance du milieu à la restreindre. On ne peut pas contester que ce balancement des forces conservatrices et destructives, que nous voyons tendre à s’établir dans toutes les races, doive s’établir nécessairement, puisque l’accroissement du nombre ne peut que continuer jusqu’il ce que l'accroissement de la mortalité l’arrête, et le décroissement de nombre jusqu’à ce qu’il soit arrêté par la fertilité ou jusqu’à l’extinction totale de la race.

§174. Nous pouvons appliquer aux équilibre^ des actions nerveuses qui constituent la vie mentale la même classification qu’à ceux qui constituent ce que nous appelons la vie corporelle. Nous pouvons les traiter dans le môme ordre.

Toute pulsation de force nerveuse engendrée de moment en moment (nous avons vu que les courants nerveux ne sont pas continus, mais rhythmiques (§86), rencontre des forces opposées; pour les surmonter elle se disperse et s’équilibre. En étudiant la corrélation et l’équivalence des forces, nous avons vu que chaque sensation, chaque émotion, ou plutôt ce qui en reste après que l’excitation des idées ou des sentiments associés s’est dépensée à produire des changements corporels, des contractions des muscles involontaires, des muscles volontaires, ou des uns et des autres, comme aussi à stimuler les organes sécrétoires. Nous avons vu que les mouvements dus à ces causes sont toujours amenés à leur terme par l’opposition des forces qu’ils évoquent. Ce que nous avons à remarquer ici c’est qu’il en est de même des changements nerveux dus aux mêmes causes. Divers faits prouvent que l’éveil d’une pensée ou d’un sentiment a toujours à surmonter une certaine résistance; par exemple, quand l’association de certains étals mentais n’a pas été fréquente, il faut, pour évoquer l’un .après l’autre, un elfort sensible; par exemple encore, pendant la prostration nerveuse, il y aune incapacité relative de penser; les idées ne se suivent pas l’une l’autre avec leur rapidité babi-

l’équilibre. 5M

tuelle; par exemple enfin, le fait que durant une augmentation insolite de force nerveuse, naturelle ou artificielle, le frottement de la pensée devient relativement faible, et que des combinaisons d’idées plus nombreuses, plus éloignées, plus difficiles, se produisent. C’est-à-dire que l’onde d’activité nerveuse engendrée il chaque instant se propage dans le corps et le cerveau par les canaux dont les conditions de l’instant font des lignes de résistance moindre; puis se répandant largement et proportionnellement à son intensité, elle ne finit que lorsqu’elle est équilibrée par la résistance qu’elle rencontre de toutes parts. Si nous examinons nos actions mentales de toutes les heures et de tous les jours, nous y voyons des équilibres analogues cà ceux qui s’établissent d’heure en heure et de jour en jour entre les fonctions du corps. Dans un cas comme dans l’autre il y a des rhythmes qui présentent un balancement de forces opposées à chaque extrémité et la conservation d’un certain équilibre général. On le voit dans l’alternance quotidienne de périodes d’activité mentale et de repos mental : les forces dépensées pendant la première se compensent par les forces acquises pendant la seconde. On en voit encore un exemple dans l’ardeur et la mollesse de chaque désir : ils arrivent tous à une certaine intensité, ils s'équilibrent soit par la dépense de force qu’ils réalisent dans des actions désirées, soit d’une manière moins complète dans l’imagination de ces actions; l’opération aboutit à la satiété, c’est-à-dire à un repos relatif qui forme la limite opposée du rhythme. L’équilibre se produit aussi sous une double forme à l’occasion d’une joie ou d’une douleur interne : tout accès de passion qui s’exprime par des gestes véhéments, est arrivé à son point le plus élevé d’où les forces antagonistes le ramèneront à une condition d’e.xcitation modérée; les accès successifs diminuant finalement en intensité, aboutissent à un équilibre mental, semblable à l’état antérieur, ou n’en différant qu’en partie. Mais l’espèce d’équilibre mental le plus remarquable est celui qui établit une correspondance entre les relations qui unissent

nos élals de. conscience cl les relations du monde extérieur. Toute conne.'ïion externe de phénomènes que nous sommes capables de percevoir, engendre par l’cITet des expériences accumulées une connexion interne d’états mentais; et le résultat auquel tend cette opération, c’est la formation d’une connexion d’états mentais d une force relative qui correspond à la constance relative de la connexion ph-ysique représentée. Nous savons que, d’après la loi générale, que le mouvement suit la ligne de la moindre résistance, et que toutes choses égales d’ailleurs, une ligne une fois envahie par le mouvement devient une voie plus facile pour un mouvement futur, nous savons, dis-je, que la facilité avec laquelle les impressions nerveuses se suivent, est, toutes choses égales d’ailleurs, d’autant plus grande qu’elles se sont répétées dans l’expérience un plus grand nombre de fois. Par suite il s’établit dans la conscience une connexion indissoluble correspondant k une relation invariable du genre de celle qui unit la résistance d’un objet et une certaine étendue de cet objet; et cette connexion interne étant au dedans au.ssi absolue que peut l’ètre celle du dehors qui lui répond, elle ne subit plus de changement. La relation interne est ^n équilibre parfait avec la relation extérieure. Réciproquement il en résulte que des relations incertaines de phénomènes, comme relies qui unissent les nuages et la pluie, ont pour correspondants des relations d’idées aussi incertaines, et si, en présence de certains aspects du ciel, les tendances qui portent à inférer le beau ou le mauvais temps correspondent aux fréquences avec lesquelles le beau ou le mauvais temps suivent ces aspects, c’est que l’accumulation des expériences a établi l’équilibre entre les séquences mentales cl les séquences physiques. Quand on se rappelle qu’entre ces extrêmes il y a des ordres sans nombre de connexions

externes ayant differents degrés de constance, et que durant ' l’évolution de rinlelligcncc il se forme des associations internes en correspondance avec différents degrés de cohésion, on voit que les relations d’idées et les relations de choses

l’équilibre. ShZ

tendent à se mettre en équilibre. Cet équilibre ne peut s’établir définitivement que lorsque chaque relation de choses a engendré en nous une relation d’idées telle que, lorsque les conditions se trouvent réunies, la relation mentale se produise aussi certainement que la relation physique. Supposons cet état atteint (ce qui ne se peut que dans un temps infini), l’expérience cesserait de produire une nouvelle évolution mentale, il y aurait une correspondance parfaite entre les idées et les faits, et l’adaptation intellectuelle de l’homme aux circonstances qui l’environnent serait complète. Les mêmes vérités générales se manifestent dans l’opération de l’adaptation morale, qui est une approximation continue de l’équilibre entre les émotions et les espèces de conduite nécessitées par les conditions ambiantes. Les connexions de sentiments et d’actions sont déterminées de la même manière que les connexions d’idées, tout à fait comme la répétition de l'association de deux idées facilite l'excitation de l’une par l’autre; c’est ainsi que chaque décharge de tel sentiment en telle action rend plus aisée la décharge suivante de ce même sentiment pour produire la même action.

Il en résulte que, si un individu est placé d’une manière permanente dans des conditions qui demandent plus d’action d’une espèce spéciale qu’il n’en fallait auparavant, ou qu’il ne peut en fournir naturellement, si la pression des sentiments pénibles que ces conditions font naître quand elles sont négligées le contraint à accomplir cette action sur une plus grande échelle; si l’accomplissement de cette action plus fréquent et plus prolongé, sous l’influence de celte pression, diminue quelque peu la résistance, il y a évidemment un progrès vers une balance entre la demande de cette espèce d’action et l’offre qui en est faite. Soit chez cet individu lui-méme, soit chez ses descendants qui continuent à vivre sous ces conditions, une répétition fortement sentie doit évidemment amener un état dans lequel ce mode de diriger les actions ne répugnera pas plus que les divers autres modes déjà naturels

5htl

à la race. 11 s’ensuit que la limite vers laquelle la modification émotionnelle tend perpétuellement, et dont elle peut se rapprocher indéfiniment (bien qu’elle ne puisse l’atteindre que dans un temps infini), est une combinaison de désirs qui corresponde à tous les divers ordres d’activité que les circonstances de la vie font naître, désirs qui seraient tous proportionnés en force aux besoins de ces ordres d’activité, et tous satisfaits par ces ordres d’activité. Les caractères que nous appelons les habitudes acquises, cl les différences morales des races et des nations, produites par des habitudes qui persistent durant des générations successives, nous offrent des exemples sans nombre de cette adaptation progressive, qui ne peut cesser qu’avec l’établissement d’un équilibre complet entre la constitution de la race et les conditions de la race.

On aura peut-être de la peine à voir comment les équilibres décrits dans cette section peuvent être classés à côtés de ceui qui les précèdent; on dira peut-être que je prends des analogies pour des faits. 11 est bien vrai pourtant que ces équilib^e^ sont tout aussi physiques que les autres. Pour le démontrer, il faudrait entrer dans une analyse ])lus détaillée que cet ouvrage ne le comporte. Il suffira d’indiquer, comme je l’ai déjà fait (§ 71), que les phénomènes que nous appelons en langage subjectif des états de conscience sont, en langage objectif, des modes de force; que telle quantité de sentiment correspond i\ telle quantité de mouvement; que l’accomplissement d’une action corporelle quelconque est l.i transformation d’une certaine quantité de sentiment en la quantité de mouvement qui lui est équivalente; que cette action corporelle lutte avec des forces, et qu’elle se dépense pour lo vaincre ; et enfin que ce qui nécessite la répétition fréquenk de cette action, c’est le retour fréquent des forces que cett# action doit vaincre. Par suite, l’existence dans un individu d’un stimulus émotionnel qui soit eu équilibre avec cor- | laines exigences externes est à la lettre la production habe tuelle de quelque partie spécialisée de force nerveuse, cqui-

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l’êquiubre. 5U5

valente en intensité à quelque ordre de résistances externes qu'elle rencontre habituellement. Ainsi donc le dernier état, la limite vers laquelle l’évolution nous porte, est un état dans lequel les espèces et les quantités de forces mentales, chaque jour produites et transformées en mouvements, sont équivalentes aux divers ordres et aux divers degrés des forces ambiantes qui luttent avec ces mouvements, ou sont en équilibre avec elles.

§ 175. Toute société prise dans son ensemble, manifeste une opération d’équilibration dans l’ajustement continu de sa population à ses moyens de subsistance. Une tribu d’hommes vivant de chasse et de fruits est manifestement, comme toute tribu de créatures inférieures, toujours en oscillation autour du nombre moyen d’individus que la localité peut nourrir. Une race supérieure peut bien par une production artificielle, et par les perfectionnements successifs qu’elle y apporte, changer continuellement la limite que les circonstances extérieures imposent à sa population ; mais il y a toujours un arrêt de la population à la limite temporaire qui a été atteinte. Il est vrai que, lorsque la limite varie aussi rapidement que chez nous, il n’y a jamais d’arrêt réel : il n’y a qu’une variation rhythmique dans l’intensité de l’accroissement. Mais si l’on remarque les causes de cette variation rhythmique, si l’on suit avec attention, durant les périodes d’abondance l’accroissement, et pendant les périodes de disette le décroissement, du nombre des mariages, on verra que la force expansive amène un progrès insolite toutes les fois que la force répressive diminue, et vice versa; c’est ainsi qu’il s'établit entre les deux forces un état aussi voisin de l’équilibre que les conditions le permettent.

Les actions internes qui constituent les fonctions sociales fournissent des exemples tout aussi clairs du principe général. L’offre et la demande tendent continuellement à s’ajuster l’une à l’autre dans toutes les opérations industrielles; et l’on peut interpréter cet équilibre^de la même façon que les précédents. La ' IPESCKB. SB

production et la distribution d’un produit industriel st l’e sion d’un certain agrégat rie forces qui causent des mouvements divers par l’espèce et l’Intensité. Le prix de ce produit est lame sure d’un certain autre agrégat de forces d’espèces et d’intensités autres dépensées par le cultivateur qui travaille à le faire ualtre. Les variations de prix représentent un balancement rhythmique de ces forces. Toute hausse ou toute baisse dans le taux rie l’intérêt, ou tout changement dans la valeur d'un gage particulier implique un conflit de forces, dans lequel certaine force venant à prédominer temporairement, cause un mouvement qui est bientôt arrêté ou équilibré par l’accroissement de forces opposées; entre ces oscillations horaires on diurnes se trouve un point moyen variant plus lentement, sur lequel la valeur tend à se fixer, où elle se fixerait, si de nouvelles influences ne venaient à chaque instant s’ajouter aux anciennes. Comme dans l’organisme de l’individu, dans l’organisme social les équilibres fonctionnels engendrent les équilibres de structure. Quand les ouvriers d’un métier reçoivent une demande plus considérable, et qu’en retour d’une plus grande livraison, ils reçoivent une quantité de produits supérieurs à celle qu’on leur donnait d’habitude; quand par suite, les résistances qu’ils ont à vaincre pour s’entretenir sont moindres que les résistances surmontées par d’autres ouvriers, il en résulte que d’autres travailleurs envahissent leur industrie. Cette invasion continue jusqu’à ce que l’excès de la demande s’arrête, et alors les salaires retombent tellement qnr la résistance totale qu’il faut surmonter pour gagner une quanité donnée de produit est aussi grande dans le nouveau travail qu’elle l’était dans celui d’on venaient les nouvelles recrues. Nous avons vu déjà que le principe du mouvement sur la ligot de la moindre résistance exigeait que la population se rama?sàt dans les lieux où le travail nécessaire à l’entretien de l’ouvrier est le plus faible; et nous voyons encore ici, que les ouvriers engagés dans la localité avantageuse ou dans un travail lucratif, doivent se multiplier jusqu’à ce qu’il s’établisse une

• L ÉQUILIBRE. 5Ul

balance approximalive entre cette localité ou ce travail et d’autres localités ou travaux accessibles aux mêmes individus. Quand dés parents choisissent la ca^^ière de leur üls, ils estiment les avantages respectifs de toutes celles qui sont profitables, et choisissent celle qui fait les plus belles promesses. Par suite de l’invasion des industries qui à un certain moment offrent le plus de bénéfices, celles qui étaient encombrées subissent une diminution de personnel, ce qui assure un équilibre général entre le pouvoir de chaque organe social et la fonction qu’il a à accomplir.

Les diverses actions et réactions industrielles, continuellement oscillantes, constituent un équilibre mobile dépendant, semblable à celui qui régne sur les fonctions d’un organisme * individuel. Cet équilibre mobile dépendant ressemble à ceux que nous avons déjà examinés, par sa tendance à devenir plus complet. Pendant les premiers Ages de l’évolution sociale, tandis que les ressources de la localité nabitée sont encore inexplorées, et les arts de production encore dans l’enfance, il n’y a jamais qu’un balancement temporaire et partiel de ces actions sous forme d’accélération ou de retard de développement. Mais, quand une société approche de la maturité du type sur lequel elle est oi ganisée, les diverses activités industrielles revêtent un état à peu près constant. Bien plus, on peut observer que le progrès dans l’organisation, aussi bien que celui dans le développement, conduit à un équilibre mieux établi des fonctions industrielles. Quand la difldsion de l'information commerciale est lente, et que les moyens de transport manquent, l’ajustement de la demande et de l’offre est extrêmement imparfait : à une grande sur-production de chaque denrée succède une grande sous-production, forntant avec la première un rhythme dont les points extrêmes s’écartent très-largement de l’état moyen on se réalise l’équilibre de l’offre et de la demande. Mais quand il y a de bonnes roules, quand les nouvelles imprimées et écrites se répandent facilena«nt, et plus encore quand les chem na de fer et les télégra-

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LE CORIIAISSABLE.

phes fonctionnent, quand les foires périodiques des premiers jours font place aux marchés hebdomadaires, et ceox-ci aux quotidiens, c’est qu’il s’établit un équilibre plus exact entre la production et la consommation. Un excès de demande est bien plus promptement suivi par un accroissement d'oflfre, et les oscillations rapides du prix dans d’étroites limites de chaque côté d’une moyenne relativement uniforme, sont le signe d'un équilibre prochain. Évidemment ce progrès industriel a pour limite ce que M. Mill a appelé Vétat stationnaire. Quand la population sera devenue dense sur toutes les parties habitables du globe, quand les ressources de toutes les régions auront été complètement explorées, quand les arts productifs n’ad- ‘ mettront plus de perfectionnement, il y aura une balance k peu près complète à la fois entre la fécondité et la mortalité de chaque société, et entre ses forces de production et de consommation. Chaque société ne s’écartera plus beaucoup du nombre moyen de ses membres, et le rhythme de ses fonctions industrielles s’accomplira de jour en jour, et d’année en année, avec des perturbations relativement insignifiantes. Toutefois, quoique nous avancions inévitablement vers cette limite, elle est indéfiniment éloignée, et même elle ne peut être jamais atteinte absolument. Le peuplement de la terre jusqu’à ce point ne peut se faire par simple propagation. Dans l’avenir comme dans le passé, l’opération se fera rbythmiquement par des vagues d’émigration partant successivement des centres les plus civilisés et supplantant les races inférieures. Cette opération ne peut qu’être extrêmement lente, et je ne crois pas qu’un tel équilibre soit le point de départ d’une nouvelle civilisation et d’un progrès moral supérieur, ainsi que M. Mill le donne à penser. Je crois bien plutôt que l’approximation qui nous en rapproche doit être simultanée avec l’approximation de l’équilibre complet entre la nature de l’homoM et les conditions de son existence.

11 y a encore une autre espèce d’équilibre social à considérer, celui 'qui a pour résultat l'établissement d’institutions

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l’équilibre. Sk9

gouTeraementales, et qui devient complet à mesure que les institutions s’harmonisent avec les désirs des peuples. En politique comme dans l’industrie, il y a une demande et une offre, et, dans un cas comme dans l’autre, les forces antagonistes produisent un rhythme qui oscille d’abord entre des points très-éloignés et aboutit enfin à un équilibre mobile d’une régularité relative. Les impulsions agressives que l’homme tient de l’étal pré-social, les tendances qui le portent à se satisfaire sans égard aux droits des autres êtres, caractères de la vie des bêtes de proie, constituent un force antisociale qui tend toujours à diviser les citoyens et à les mettre aux prises. Au contraire, les désirs qui ne peuvent trouver leur satisfaction que dans l’union, aussi bien que les sentiments qui la trouvent dans le commerce de l’homme avec ses semblables et aboutissent à ce que nous appelons loyauté, sont les uns et les autres des fotees qui tendent à maintenir l’union des citoyens. D’une part, il y a dans chaque citoyen plus ou moins de résistance aux restrictions que les autres imposent à ses actions ; cette résistance tend à étendre la sphère d’action de chaque individu et à limiter celle des autres : c’est la force répulsive que s’opposent mutuellement les membres d’un agrégat social. D’autre part, la sympathie générale de l’homme pour l’homme, etr la sympathie plus spéciale de chaque variété d’homme pour les autres individus de la même variété, unies à d’autres sentiments de même ordre que produit l’état social, agissent comme force attractive pour maintenir l’union entre les individus qui appartiennent à une souche commune. Puisque les résistances qu’ils ont à surmonter pour satisfaire tous leurs désirs quand ils vivent séparés, sont plus grandes que celles qu’ils ont à vaincre dans le même but quand ils vivent ensemble, il reste un excès de force qui empêche leur séparation. Comme toutes les autres forces antagonistes, les forces exercées par les citoyens les uns sur les autres produisent toujours des mouvements alternatifs qui, d’abord extrêmes, subissent une diminution graduelle et se rapprochent enfin de l’équilibre. Dans

LE OONHâlBSillLE.

les petites sociétés non développées, ces tenôances antagonistes I produisent des rhytbmea marqués. Une tribu dont les membres ont vécu ensemble pendant une génération ou deux, atteint une grandeur qui ne leur permet plus de vivre ensemble; il ne faut qu’un événement capable de susciter un antagonisme insolite parmi ses membres pour la diviser. Chez toutes les nations primitives, l'union dépend beaucoup du caractère du chef; auss les voit-on osciller entre deux extrêmes : un despotisme qui courbe les sujets sous un joug rigoureux, et une anarchie incapable de prévenir le désordre. Chez les nations les plus avancées du môme type, nous trouvons toujours des actions et des réactions violentes, au fond de même nature.

« Le despotisme tempéré par l’assassinat » est la marque d’un état politique où une répression intolérable pousse de temps en temps les sujets à rompre tous leurs liens. Nous savon» tous qu’une période de tyrannie est suivie d’une période d’anarchie, et vicf versa, et cette alternative nous montre comment les torces antagonistes s’équilibrent toujours mutuellement; nous voyons encore comment, dans ces mouvements et ces contre-mouvements qui tendent à devenir plus modérés, l’équilibre s’approche de sa perfection. Les conflits entre les conservHtenrs ■ qui orétendent que la société doit contenir l’individu) et les réionnistes (qui prétendent que l’individu doit être libre en face do la société) se renferment dans des limites (le plus en plus étroites, en sorte que la prédominance temporaire de l’une ou de l'autre théorie produit une déviation de l’état moyen moins marquée. Cette opération d’équilibre est tellement avancée chez nous que les oscillations sont comparativement insigniflantes; elle se continuera jusqu’à ce que U balance entre les forces antagonistes ne soit plus séparée de l’état d’équilibre parfait que par une dilférence insaisissable- En elfet, nous avons déjà vu que l'adaptation de la nature humaine aux conditions do sou existence ne peut s’arrêter tant que les forces internes que nous appelons les sentiments ne sont pas en équilibre avec les forces extérieures qu’elles com-

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. l’équilibre. 551

battent. Ce qui caractérise l’établissement de oet équilibre, c’est un état de la nature de l’homme et de l’organisation sociale tel, que l’individu n’ait aucun désir qui ne puisse être satisfait sans qii’il sorte de sa propre sphère d’action, tandis que la société n’impose de limites que celles que l’individu respecte librement. L’extension progressive de la liberté des citoyens et l’abrogation des restrictions politiques qui en est la conséquence, tels sont les degrés par lesquels nous nous élevons à cet état.

Enfin l’abolition définitive de toutes les restrictions imposées à la liberté de chacun, à l’exception de celles qui résultent de la même liberté chez tous, est le résultat de l’équilibre complet entre les désirs de l’homme et la conduite qu’imposent les conditions du milieu.

Naturellement, dans ce cas comme dans les précédents, il y a une limite à l’accroissement de l’hétérogénéité. Quelques pages plus haut, nous .sommes parvenus h la conclusion que chaque pas de l’évolution mentale est l’établissement de quelque nouvelle action interne en correspondance avec quelque nouvelle action externe, de quelque connexion additionnelle d’idées ou de sentiments correspondant à quelque connexion de phénomènes encore inconnue ou encore sans antagoniste. Nous avons conclu que chaque fonction mentale nouvelle impliquant f|uelque modification nouvelle de structure, implique un accroissement d’hétérogénéité, et qu’ainsi l’accroissement d’hétérogénéité doit augmenter tant que des relations externes qui affectent l’organisme restent sans être balancées par des relations internes. D’où il suit que l’accroissement de l’hétérogénéité ne peut trouver sa lin que lorsque l’équilibration est complète. Évidemment il doit en être de même dans la société. Toute augmeutalion d’hétérogénéité dans l'individu doit impliquer directement ou indirectement, comme cause ou comme conséquence, quelque accroissement d'hétérogénéité dans les arrangements des agrégats d’individus. Enfin la limite de la complexité sociale ne peut être atteinte que

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552 LE CORMAISSABLE.

lorsque l'équilibre entre les forces sociales et indiriduelles est établi.

§ 176. Nous arrivons à une dernière question qui s’est probablement déjà formulée plus ou moins nettement dans l'esprit des lecteurs, o Si l’évolution, dans toutes ses formes, est un accroissement de complexité de structure et de fonction, accessoire de l’opération universelle de l’établissement de l’équilibre, et si l’équilibre doit aboutir au repos complet, quel est le destin vers lequel marchent toutes choses? Si le système solaire dissipe lentement ses forces; si le soleil perd sa chaleur suivant une proportion qui lui assure encore des millions d’années; si la diminution du rayonnement solaire entraîne une diminution dans l’activité des opérations géologiques et météorologiques, aussi bien que dans la quantité de l’existence animale et végétale; si l’homme et la société dépendent pareillement de cette offre de force qui tend graduellement vers sa dn, n’est-il pas évident que noos marchons vers une mort qui nous menace de toutes parts? u

Qu’un état de mort universelle soit la limite de l’opération qui s’effectue partout, cela semble hors de doute. Une opération ultérieure viendra-t-elle retourner ces changements et inaugurer une vie nouvelle? C’est une question que nous examinerons plus tard. Pour le moment, il suffit que la fin prochaine de toutes les transformations que nous avons décrites, soit un état de repos. On peut le prouver à priori. Nous allons voir que la loi d’équilibre, non moins que les lois générales qui précèdent, peut se déduire de la persistance de la force.

Nous avons vu (1 7û) que les phénomènes ne peuvent s’expliquer que comme résultats de forces d’attraction et de répulsion universellement coexistantes. Ces forces sont sans doute les aspects complémentaires de cette même force qui constitue la donnée dernière de la conscience. De même que l’égalité d’action et de réaction est un corollaire de la persistance de la force, puisque leur inégalité impliquerait que la force

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l’êqcilibbe.

différentielle devient rien ou qu’elle vient de rien; de même aussi nous ne pouvons avoir conscience d’une force attractive sans avoir en même temps conscience d’une force répulsive égale et opposée; car toute expérience d’une tension musculaire (seule forme sous laquelle nous pouvons connaître immédiatement une force attractive ) présuppose une résistance équivalente, résistance qui se révèle dans la pression contrebalançante du corps contre les objets voisins, ou dans l’absorption de force qui donne le mouvement au corps, ou dans ces deux modes, résistance que noos ne pouvons concevoir que comme égale à la tension, à moins de concevoir que la force a ou bien apparu ou bien disparu, et de nier par là la persistance de la force. De cette corrélation nécessaire résulte l’incapacité où nous sommes d’interpréter des phénomènes quelconques autrement qu’en fonction de ces phénomènes corrélatifs, incapacité qui se révèle pareillement dans la nécessité où nous sommes de concevoir les forces statiques que la matière tangible manifeste, comme dues à l’attraction et à la répulsion de ses atomes, et dans la nécessité où nous sommes encore, pour concevoir les forces dynamiques qui s’exercent à travers l’espace, de regarder l’espace comme peuplé d’atomes semblablement constitués. Ainsi, de l’existence d’une force dont la quantité ne peut jamais être modifiée, suit, comme corollaire nécessaire, l’existence coextensive de deux formes opposées de force, formes sous lesquelles les conditions de notre conscience nous obligent à représenter la force absolue qui dépasse notre connaissance.

Mais si les forces d’attraction et de répulsion sont universellement coexistantes, il s’ensuit, comme nous l’avons déjà vu, que tout mouvement est un mouvement conditionné par une résistance. Les unités de matières solides, liquides, aériformes ou éthérées, qui remplissent l’espace, qui traversent les corps en mouvement, offrent à ces corps la résistance qui dépend de leur cohésion, ou de leur inertie, ou de l’une et de l’autre. En d’autres termes, le milieu plus dense ou plus rare qui occupe

LE COmiâimBLE.

à chaque instant les lieux traversés par ces corps en mouvement devant être déplacé par eux, les corps perdent autant d« niouvcraenU que le milieu qu'ils déplacent en rc<;oiL Telle est la conailion sous laquelle a lieu le mouvement. Deux corollaires s’en suivecwl : le premier, que des sousIracUons perpétuelles, causées par la communication du mouvement au milieu résistant, doivent nécessairement mettre fin au mouvement du corps dans un temps plus ou moins long; le second, que le mouvement du corps ne peut cesser tant que ces soustractions ne l’ont pas détruit. En d’autres termes, le mouvement continuera jusqu’à ce que l’équilibre s’établisse ; et l’équilibre finira par s’établir. Ces deux principes sont des corollaires évidents de la persistance de la force. Dire que toutou partie du mouvement d’un corps peut disparaître autrement qu’en passant à quelque chose qui résiste à son mouvement, c’est dire que tout ou partie de son mouvement peut disparaître sans eSet. ce qui est proprement nier la persistance de la force. Réciproquement, dire que le milieu traversé peut être mis en mouvement, chassé de la voie du corps, sans emprimter du mouvement à ce corps, c’est dire que le mouvement du milieu peut naître do rien, ce qui est proprement nier la persistance de la force. D’où il suit que cette vérité primordiale est la garantie immédiate de nos conclusions, que les changements présentés par révolution ne peuvent finir que lorsque l’équilibi'c sera atteint, et que cet équilibre doit être atteint à la fin.

Les propositions que nous avons formulées relativement à l’établissement et à la conservation des équilibres mobiles à leurs divers points de vue, sont également nécessaires parce qu’elles sont également déductibles de ce même principe qui s’élève au-dessus de toute preuve. C’est un corollaire de U persistance de la force que les divers mouvements possédés par un agrégat, soit par cet agrégat considéré comme un tout, soit par scs diverses parties, doivent être dissipés par les résistances qu’ils ont à vaincre; et que par là ceux d’entre eux qui ont la moindre intensité ou qui rencontrent l’opposition la

l’équilibre. 555

plus grande, ou qui subissent l’im et l’autre désavantage, doivent s’arrêter, tandis que les autres doivent continuer. D’où il suit que dans tout agrégat animé de divers mouvements, ceux qui sont les plus faibles et qui rencontrent la plus grande résistance se dissipent relativement de très-bonne heure, et ceux qui sont les plus forts et qui rencontrent le moins de résistance se conservent longtemps; c’est ainsi que se forment les équilibres mobiles dépendants et les équilibres mobiles indépendants. D’où suit encore la tendance i» la conservation de ces équilibres mobiles. Cyr les mouvements nouveaux communiqués par une force perturbatrice aux parties d’un équilibre mobile, doivent être, ou bien d’une intensité et d’une espèce telle qu’ils ne puissent être dissipés avant les mouvements préexistants, auquel cas ils mettent lin à l’équilibre mobile, ou bien d’une intensité et d’une espèce telles qu’ils puissent être dissipés avant les mouvements préexistants, auquel cas l’équilibre mobile se rétablit.

Ainsi, de la persistance de la force découlent non-seulement les équilibres directs et indirects qui s’établissent partout avec l’équilibre cosmique qui met An à toutes les formes d’évolution, mais aussi ces équilibres moins manifestes que nous reconnaissons dans le rétablissement des équilibres mobiles qui ont été dérangés. Ce principe dernier peut servir è démontrer la tendance de tout organisme, dérangé par quelque influence insolite, à retourner à l’équilibre. C’e.st à lui qu’on peut aussi ramener le pouvoir que possèdent les individus, et plus encore les espèces, de .s’adapter à des circonstances nouvelles. Une autre raison vient encore appuyer notre conclusion, c’est le progrès graduel vers l’harmonie, entre la nature mentale de l’homme et les conditions de son exisicnee. Après avoir trouvé que l’on peut déduire de ce principe dernier les divers caractères de l’évolution, nous en tirons linalement une raison de croire que l’évolution ne peut se terminer que par rétablissement de la plus grande perfection et du bonheur le plus complet.

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