CHAPITRE XXIII
U DISSOLCTION
§ 177. Au chapitre XII, nous avons parcouru rapidement le cycle des changements que traverse toute existence, dans sa marche de l'imperceptible au perceptible, et ensuite du perceptible à l'imperceptible, nous avons donné à ces redistributions opposées de matière et de mouvement des noms différents : à la première celui d'évolution, à la seconde celui de dissolution; nous avons décrit en termes généraux la nature de ces deux redistributions, et les conditions sous lesquelles elles se produisent respectivement. Ensuite nous avons examiné en détail les phénomènes de l'évolution, et nous les avons suivis jusqu'à l'équilibre où ils finissent tous. Pour compléter ce sujet, nous avons maintenant à examiner avec plus de détails qu'auparavant, les phénomènes complémentaires ou de dissolution. Ce n'est pas à dire que nous devions insister longuement sur la dissolution, qui n’a aucun de ces aspects divers et intéressants que l’évolution présente ; mais il y a pourtant quelque chose à dire à ce sujet.
Nous avons vu qu’aucune des deux opérations antagonistes ne se fait d’une manière absolument indépendante de l’autre, et qu’un changement dans le sens de l’une d’elles est une résultante différ.entielle de leur conflit. Un agrégat en évolution, bien qu’en somme il perde du mouvement et s’intégre, reçoit toujours dans un sens ou dans l’autre quelque mouvement, et par conséquent se désintègre ; dès que les mouvements inlé-
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LA OISSOLOTIOM.
grants ont cessé de prédominer, la réception de mouvement, quoique perpétuellement annulée par la dissipation, tend constamment à produire et finit par produire la transformation inverse. Quand l’évolution a accompli son cours, quand l’agrégat a, à la longue, abandonné son excès de mouvement et reçoit d’ordinaire de son milieu autant qu’il perd, quand il a atteint cet équilibre où tous ses changements viennent finir, il reste soumis à toutes les actions de son milieu qui peuvent accroître la quantité de mouvement qu’il contient, et qui, dans le cours du temps, donneront assurément à ses parties, d’une manière lente ou subite, un excès de mouvement capable d’en causer la désintégration. Selon que son équilibre est très-instable ou très-stable, sa dissolution peut se faire très-rapidement ou être Indéfiniment retardée, s'opérer en quelques jours ou être ajournée jusqu’après des millions d'années. Mais en définitive, il doit venir un temps où cet agrégat, exposé à tous les accidents qui dépendent non-seulement des objets de son voisinage immédiat, mais d’un univers partout en mouvement, périra seul ou en compagnie des agrégats environnants par la la décomposition de ses parties.
Voilà les causes de la dissolution, voyons maintenant comment elle s’accomplit dans les agrégats des différents ordres. Le cours des changements étant le contraire de celui que nous avons suivi jusqu’ici, nous pouvons prendre l’ordre inverse, en commençant par le plus complexe pour finir par le plus simple.
§ 178. Si nous considérons l’évolution d’une société comme étant à la fois un accroissement dans le nombre des individus intégrés dans un corps constitué, un accroissement dans les masses et les variétés des parties qui forment les subdivisions de ce corps constitué, aussi bien que des actions qu’on appelle leurs fonctions, et un accroissement dans le degré de combinaison entre ces masses et leurs fonctions, nous verrons que la dissolution sociale se conforme à la loi générale, en ce qu’elle est, au point de vue matériel, une désintégration, et,
LB C0HNA1S8ABLK.
au point de vue dynamique, une dècroiasanoe des mouvements des toute et une croissance des mouvements des parties ; en outre, elle se conforme encore à la loi générale par sa cause, puisqu’elle est déterminée par un excès de mouvement reçu du dehors, et dans un sens ou dans un autre.
On voit tout de suite que la dissolution sociale qui suit l'agression d’une nation par une autre, et qui, ainsi que l’histoire nous le montre, est susceptible de se produire quand révolution sociale a pris fin et que la décadence a commencé, est, au point de vue le plus général, l’introduction d’un nonveau mouvement externe. Quand, ainsi que cela arrive quelquefois, la société conquise est dispersée, la dissolution qui s’en empare est à la lettre la cessation des mouvements combinés qu’elle présentait à la fois par son armée aussi bien que par ses corps industriels, et une chute dans un état où on ne retrouve plus que des mouvements individuels et isolés; It mouvement des unités y remplace le mouvement des masses.
Ün ne peut contester que lorsque une peste ou une faininr dans le pays, ou une révolution au dehors, donne à une société un choc insolite, qui cause du désordre, ou un commencement de dissolution, il n’en résulte un décroissement des mouvements intégrés et un accroissement des mouvements désintégrés. A mesure que le désordre fait des progrès, les actions politiques, auparavant combinées sous un gouvernement, deviennent isolées : des actions antagonistes, des émeutes ou des révoltes, se produisent. En même temps les opérations industrielles et commerciales, coordonnées dans la totalité du coq>s politique, s’interrompent ; et les seules transactions corametciales qui continuent sont locales ou petites. Tout nouveau changement désorganisateur diminue les opérations combinées par lesquelles les hommes satisfont leurs besoins, et les laisse les satisfaire autant qu'ils le peuvent par des opérationséparées. Le Japon nous oifre un bon exemple de la manière dont ces désintégrations sont susceptibles d’étre mises en jeu dans une société qui a atteint la limite du développement du
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type auquel elle appartient, et atteint un état d’équilibre mo< bile. L’édifice social de ce peuple s’est conservé dans un même état aussi longtemps qu’il est resté à l’abri de forces extérieures nouvelles. Mais aussitôt qu’il eût reçu un choc de la civilisation européenne, en partie par une agression armée, en partie pai- l’influence des idées, l’édifice commença à tomber en pièces. Le Japon est maintenant entré dans une dissolution politique. Il est probable qu’il s’ensuivra une réorganisation politique, mais quoi qu’il en soit, le changement qu'une action extérieure vient d’y produire sous nos yeux, tend vers la dissolution; c’est un changement de mouvements intégrés en mouvements désintégrés.
Là même où une société parvenue à l’apogée du développement que permettait le caractère de ses unités, commence à dépérir et entre en décadence, la dissolution progressive qu s’y manifeste est encore de môme nature. La diminution du nombre de ses membres est en partie le résultat de l’émigration, car une société constituée sur le plan définitif de son évolution, ne peut céder et se modifier sous la pression de la population : tant que le plan de sa structure peut se modifier et céder, elle est encore en évolution. Le surplus de population continuellement produit n’étant pas retenu par une organisation qui s’adapte à l’accroissement du nombre, se disperse continuellement. Les influences que les sociétés voisines exercent sur les citoyens, les détachent; il y a une augmentation des mouvements non combinés des unités au lieu d’une augmentation des mouvements combinés. A mesure que la société prend une forme plus roide, et devient moins capable de se refondre et de prendre la forme qui rend possible le succès d’une compétition avec les sociétés croissantes et plus plastiques, le nombre des citoyens qui peuvent vivre dans son cadre inextensible diminue positivement. Par suite, il décroît tant par émigration que par le défaut de reproduction qu’entraîne après soi le manque de subsistances. Cette nouvelle forme de décadence ou de dissolution causée par l’excès du nombre
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de ceux qui meurent prématurément sur celui de ceux qui survivent assez longtemps pour élever des enfants, est encorr un décroissement de la quantité totale de mouvement combiné et un accroissement de la quantité du mouvement incombiné. C’est ce que nous allons voir en traitant la dissolution de l’individu.
Si donc on a égard aux différences qui séparent les agrégats sociaux des agrégats des autres espèces, si l’on considère qu’ils sont formés d’unités unies lâchement ou indirectement, de tell» façons diverses, par de telles forces complexes, on voit que l’opération de dissolution qui s’empare d’eux se conforme à la loi générale avec autant de précision qu’on pouvait en attendre.
§ 179. Si des agrégats superorganiques nous descendons aux agrégats organiques, nous démontrerons facilement que la dissolution est une désintégration de matière causée par 1a réception d’un mouvement additionnel venu de l’extérieur. Voyons d’abord la transformation ; nous en aborderons plus tard la cause.
La mort, ou l’équilibre final qui précède la dissolution, est le point d'arrêt de tous les mouvements intégrés marquants qui naissaient durant l’évolution. Les mouvements du corps d’uu lieu à un autre cessent d’abord ; bientôt les membres ne peuvent être remués; plus tard, les actions respiratoires s’arrêtent, enfin le cœur devient stationnaire, et avec lui les fluides circulants. La transformation du mouvement moléculaire en mouvements de masses finit, et tous les mouvements de masses, en finissant, disparaissent pour devenir des mouvements moléculaires. Que va-t-il arriver? Nous ne pouvons pas dire qu’il y ait une nouvelle transformation de mouvement sensible en mouvement insensible, car les mouvements insensibles n’existent plus. Néanmoins, l’opération de destruction implique un accroissement de mouvements insensibles, puisqu'ils sont plu» grands dans les gaz, produits de la décomposition, que dans les substances à la fois solides et fluides d’où ils se dégageoL
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LA DISSOLUTION
Toutes les unités chimiques complexes qui composent un corps organique possèdent un mouvement rhythraique auquel participent ses unités composantes. Quand la décomposition désagrégé ces molécules composées et que leurs éléments prennent une forme gazeuse, non-seulement le mouvement iippUqué par la diffusion s’accroît, mais les mouvements que les molécules composées possèdent se résolvent en mouvements de leurs molécules élémentaires. En sorte que la dissolution organique nous présente d’abord la fin de la transformation du mouvement des unités en mouvement d’agrégats, qui constitue l'évolution considérée au point de vue dynamique, puis la transformation du mouvement des agrégats en mouvement d’unités. Encore ne voyons-nous pas que la dissolution organique réponde pleinement à la définition générale de la dissolution, c’est-à-dire à une absorption de mouvement accompagnée d’une désintégration de matière. La désintégration de matière est sans doute assez évidente, mais l’absorption de mouvement ne l’est pas assez. On peut, il est vrai, inférer cette absorption du fait que les particules intégrées auparavant en une masse solide occupant un petit espace se sont pour la plupart éloignées les unes des autres, et qu’elles occupent un plus grand espace, car il faut que le mouvement impliqué par cette transposition vienne de quelque part. Mais on n’en voit pas d’abord nettement la source; nous y arriverons pourtant sans trop de recherches.
A une température au-dessous du point de congélation de l’eau, la décomposition de la matière organique n’a pas lieu. Les mouvements intégrés des molécules intégrées à un degré élevé ne se résolvent pas en mouvements désintégrés des molécules élémentaires. Les corps morts conservés à cette température durant une période indéfiniment longue sont préservés de décomposition pendant un temps indéfiniment long : par exemple, les corps des mammouths, éléphants d’une espèce éteinte depuis longtemps, qui furent trouvés dans la glace aux embouchures des rivières de Sibérie, et qui, bien qu’ils y
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LE CONNAISSABLE
eussent passé des milliers d’années, avaient la chairs! fraîche que des loups la dévorèrent dés que ces corps furent à découvert. Que signiBentces conservations exceptionnèlles?Un corps conservé au-dessous du point de congélation ne reçoit que très-peu de chaleur par rayonnement ou conduction; et recevoir peu de chaleur, c’est recevoir peu de mouvement moléculaire. En d’autres termes, un corps organique qui ne reçoit pas de son milieu un mouvement moléculaire supérieur h une certaine quantité, ne subit pas de dissolution. Nous en voyons la conflrmation dans les variations de l’intensité de la dissolotion qui accompagne les variations de température : tout lé monde sait que, par un temps froid, les substances organiques employées dans nos ménages se conservent mieux qtie par on temps chaud. Il est également certain, sinon également connu,; que dans les tropiques la décomposition marche plus rapidement que dans les climats tempérés. Ainsi, suivant que le mouvement moléculaire est plus ou moins grand, l’organisme mort reçoit une offre abondante de mouvement pour remplacer le mouvement continuellement soustrait parles molécules dispersées des gaz en lesquels il se désintègre. Les décompositions encore plus rapides causées par l’exposition à des températures élevées artificiellement nous fournissent des preuves nouvelles par exemple, les décompositions qui s’opèrent dans la cuisine. Les surfaces charbonnées des parties les plus chauffées nous montrent que le mouvement moléculaire a servi à dissiper sous forme gazeuse tous leurs éléments, moins le charbon.
I.6S agrégats qui nous font voir si clairement la nature et la cause de l’évolution nous font donc voir clairement la nature et la cause de la dissolution. Pour ces agrégats, dans la composition desquels entre cette matière particulière à laquelle une grande quantité de mouvement coD.stilutionnei donne une grande plasticité et l’aptitude à se développer en une forme d'nne composition élevée (§ 103), il snfiitt après la cessation de l'évolution, d’une quantité très-modérée de mou-
tA DlSSOI-UTIOtl.
vement moléculaire ajoutée à celle qui est déjà emprisonnée dans la substance, pour causer la dissolution. Bien qu’à la mort les masses sensibles, ou les organes qui composent le corps, aient atteint un équilibre stable, pourtant, comme l'équilibre des unités insensibles ou molécules dont les organes sont formés est un équilibre instable, il suffit d’une force incidente faible pour le renverser et commencer une désintégration rapide.
§ 180. Lorsque les agrégats organiques sont arrivés à prendre ces formes denses, dans lesquelles il y à relativement peu de mouvement conservé, ils restent pour la plupart longtemps sans subir de changement marqué. Chacun a perdu autant de mouvement en passant de l’état désintégré à l’état intégré, qu’il lui en faut pour reprendre l’état désintégré; et il peut s’écouler un temps énorme avant qu’il se passe dans le voisinage des mouvements assez grands pour lui communiquer la quantité de mouvement nécessaire. Nous examinerons d’abord les agrégats inorganiques d’une nature exceptionnelle qui conservent beaucoup de mouvement, et qui, par conséquent, subissent promptement la dissolution.
De ce nombre sont les liquides et les solides volatils qui se dissipent dans les conditions ordinaires ; l’eau qui s’évapore, le carbonate d’ammoniaque qui se consume par la dispersion de ses molécules. Dans tous ces cas, il y a du mouvement absorbé ; et la dissolution marche toujours avec une rapidité proportionnelle à la quantité de chaleur ou de mouvement que la masse agrégée reçoit de ses alentours. Viennent ensuite les cas où les molécules d’un agrégat d’une intégration avancée ou solide sont dispersées parmi les moiécules d’un agrégat moins intégré ou iiquide, les solutions aqueuses. Une preuve que cette désintégration de matière s'accompagne d’absorption de mouvement, c’est que les substances solubles se dissolvent d’autant plus vite que l’eau est plus chaude, en supposant toujours que nulle affinité élective n’entre en jeu. Voici une
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autre preuve encore plus décisive : quand des cristaux à une température donnée sont placés dans de l’eau à la même température, l’opération de dissolution s’accompagne d’un abaissement de température, et souvent même d’un abaissement très-grand. A part les cas où une action chimique s’exerce entre le sel et l’eau, c’est une loi constante que le mouvement qui disperse les molécules du sel dans l’eau, se fait aux dépens du mouvement moléculaire que l’eau possède.
Des masses de sédiments accumulés en couches comprimées par des milliers de pieds de couches superposées, et réduits à l’état solide dans le cours du temps, peuvent rester des millions d’années sans subir de changement; mais, dans le cours des millions subséquents, elles sont inévitablement exposées à des actions désintégrantes. Elles sont relevées avec d’autres masses analogues pour former des continents dénudés et par la pluie et la gelée, polies par les glaciers qui emportent petit à petit et dispersent au loin les particules qui les composent, ou bien décharnées, si, comme cela arrive aussi, la mer les attaque ; on voit des rochers surplombants minés par la base, tomber en se brisant en morceaux de toute grosseur; puis les vagues roulent les plus petits, tourbillonnent autour des gros blocs, les recouvrent, les entrechoquent, les réduisent en galets, et enfin en sable et en boue. Même quand des parties de couches désintégrées s’accumulent pour former des bancs de cailloux, qui plus tard se prennent en une masse, l’opération de dissolution peut bien s’arrêter pendant une énorme période géologique, mais en définitive elle reprend son cours. Le congloméré même est tôt ou tard soumis à la même désagrégation; on voit souvent sur les bords de la mer, des blocs d’éléments hétérogènes cimentés ensemble, gisants sur le rivage, y être brisés et usés par des chocs et des écrasements, c’est-à-dire par un mouvement mécanique communiqué.
Quand la désintégration ne s’opère pas ainsi, elle se fait par communication de mouvement moléculaire. La couche consolidée placée dans quelque aire d’affaissement, et rapprochés
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de plus en plus des ré(;ions occupées par la matière fondue, finit par changer d'état sous l’influence de la chaleur; ses parties se ramollissent, et flnalement se liquéfient. Quelles que puissent être ses transformations subséquentes, celle>ci est une absorption de mouvement et une désintégration de matière.
Simple ou composé, petit ou grand, cristal ou chaîne de montagnes, tout agrégat inorganique terrestre subit ainsi de temps à autre un renversement des changements qu’il a subis durant son évolution. Non pas qu’il revienne d’ordinaire complètement du perceptible à l’imperceptible, comme les agrégats organiques y retournent pour la plus grande partie sinon pour la totalité. Mais pourtant la désintégration et la dispersion qu’il subit, lui font faire du chemin sur la voie qui mène à l’imperceptible; et rien n’empéche de croire qu’il n’y arrive enfin après tant de retards. A une époque immensément éloignée, il faut que tous les agrégats inorganiques avec tous les débris non dissipés des agrégats organiques se réduisent à un état de diffusion gazeuse, et complètent ainsi le cycle de leurs changements.
§ 181. Après que la Terre, considérée comme un tout, a traversé la série entière de ses transformations ascendantes, elle doit rester comme tous les autres agrégats plus petits exposés aux accidents du milieu qui l’environne, et, dans le cours des changements incessants qui s’opèrent dans un univers dont toutes les parties sont en mouvement, subir à une époque, qu’aucun effort d’imagination ne peut calculer, l’action de forces assez puissantes pour causer sa désintégration complète. Voyons quelles sont ces forces.
Dans son essai sur l’action réciproque des forces naturelles, le professeur Helmhoitz établit l’équivalent calorique du mouvement de la terre dans l’espace, tel qu’on peut le calculer sur la donnée actuellement admise de M. Joule, n si notre globe », dit-il, « était par l’effet d’un choc subit ramené au repos dans
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son orbite, ce qui n’est pas à redouter dans l’arrangement présent de notre système, le choc dégagerait une quantité de chaleur capable de produire la combustion de quatorze globes de charbon de même volume que la Terre. Dans l’hypothèse la plus défavorable pour sa capacité de chaleur, c’est-à-dire en la supposant égale à celle de l’eau, la masse de la Terre, serait portée à une chaleur de 11 200 degrés; elle serait donc complètement fondue et en grande partie réduite en vapeur. Si donc la Terre réduite à l’état de repos, tombait sur le Soleil, ce qui arriverait naturellement, la quantité de chaleur dégagée par le choc nouveau serait quatre cents fois plus grande. Or, quoique ce calcul ne semble pas utile au but que je poursuis, puisqu’il n'est pas probable que la Terre soit subitement arrêtée dans son orbite, et qu’elle tombe sur le Soleil ; il y a pourtant, ainsi que je l’ai déjà indiqué (§ 171), une force toujours agissante^qui devrait pousser la Terre sur le Soleil. Cette force c’est la résistance du milieu éthéré. De la résistance de l’éther, on infère la retardation de tous les corps mobiles du système solaire, qui, d’après certains astronomes, révèle maintenant ses effets en rapprochant les uns des autres les orbites des plus anciennes planètes. Si donc la retardation s’opère, un temps doit venir, quelque éloigné qu’il soit, où l’orbite terrestre à force de diminuer se confondra avec le Soleil ; la quantité d’action de masse qui se transformera alors en action moléculaire, ne sera sans doute pas aussi grande que le suppose le calcul d’HelmhoItz, mais elle sufiira pour réduire la substance de la terre à l’état gazeux.
La dissolution de la terre, et, après des intervalles, celle des autres planètes, n’est pas pour cela une dissolution du .système solaire. Dans entemble , tous les changemenls manifestés dans le système solaire, ne sont que des incidents concomitants de l’intégration de la masse entière qui le compose; et l’intégration locale dont chaque planète est le théâtre, se complète longtemps avant l’intégration générale. Mais chaque masse secondaire ayant parcouru ses évolutions et atteint un
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étÿt OÙ SjBS parties sont en équilibre, reste éteinte jusqu’à ce que par une intégration générale progressive, elle s'incorpore à la masse centrale. L’union d’une masse secondaire avec la masse centrale impliquant la transformation du mouvement de masses en mouvement moléculaire, cause, il est vrai, la diflusion partielle de la masse totale, et ajoute à la quantité de mouvement qui va se disperser sous forme de lumière et de chaleur, mais elle ne peut que reculer l’époque de l'intégration complète de la masse totale, laquelle arrivera quand l’excès de mouvement latent dans cette masse aura été rayonné dans l’espace.
g 182 (1). Nous touchons maintenant à la question soulevée au début de ce chapitre. L’évolution dans son ensemble, aussi bien que l’évolution dans ses détails, marche-l-elle vers le cepos complet ? L’état de privation absolue de mouvement, appelé mort, qui termine l'évolution dens les corps organiques, est-il le type de la mort universelle au sein de laquelle l’évolution universelle tend é s’engloutir ? £nfln devons-nous considérer comme la fin des choses, un espace infini peuplé de soleils éteints, voués à l’immobilité éternelle?
A cette question spéculative, il ne peut y avoir qu’une réponse spéculative. Celle qu’on peut hasarder doit être considérée moins comme une réponse positive, que comme une objection ^ la conclusion qui prétendrait que le résultat prochain est le résultat définitif. Si, poussant à l’extrême, l’argument que l’évolution doit aboutir à un équilibre ou repos complet, le lecteur conclut que, quoi qu’il puisse arriver de contraire, la mort universelle continuera indéfiniment, il est légitime d’indiquer comment, en poussant l’argument encore
(1) Bien que ce chapitre «oit nouveau, cette section et celle qui suit ne sont pas nouvelles. Dans la première édition, elles liguraicnt à la fin du chapitre précédent. C’est toujours le même esprit, mais le texte est abrégé sur quelques points et augmenté sur d’autres.
LE CONNAISSABLE
plus loin, nous sommes conduits à inférer une nouvelle vie universelle. Voyons les raisons qu’on peut donner en faveur de cette induction.
Nous avons déjà vu que l’établissement de l’équilibre, si loin que nous le suivions, n’a qu’un résultat relatif. La dissipation du mouvement d’un corps qui se communique à la matière ambiante, solide, liquide, gazeuse, ou éthérée, donne au corps une position fixe par rapport à la matière qui lui prend son mouvement. Mais tous ses autres mouvements persistent. En outre, ce mouvement, dont la disparition cause l’équilibre relatif, n’est pas perdu mais simplement transféré. Qu’il soit transformé directement en mouvement insensible, comme cela arrive dans le cas du soleil ; ou que, comme dans les mouvements qui se passent autour de nous, il se transforme directement en mouvements sensibles plus petits, et ceux-ci en plus petits encore, Jusqu’à ce qu’ils deviennent insensibles, cela n’y fait rien. Dans tous les cas, le résultat ultime, est que, quel que soit le mouvement de masses qui est perdu, il reparaît comme mouvement moléculaire à travers l’espace. Les questions que nous avons à considérer sont donc les suivantes : après que toutes les équilibrations qui mettent fin à l’évolution sont accomplies, en reste-t-il d’autres à accomplir? Y a-t-il d’autres mouvements de masses qui puissent en définitive se transformer en mouvement moléculaire? S’il y en a d’autres, que doit-il résulter quand le mouvement moléculaire, engendré par leur transformation, s’ajoute à celui qui existe déjà?
A la première question, on peut répondre qu’il reste rèellfment des mouvements que toutes les équilibrations que nous avons considérées laissent intacts; à savoir les mouvements de translation que possèdent les masses immenses de matière appelées étoiles, soleils lointains, qui sont probablement comme le nôtre entourés de planètes. Il y a longtemps qu’on a abandonné la croyance à la fixité des étoiles ; l’observation a démontré qu’un bon nombre de ces étoiles ont des mouve-
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ments propres. Bien plus, on a constaté par des mesures que, par rapport aux étoiles les plus proches de nous, notre propre étoile voyage à raison d’environ un million de milles par jour; et si, comme la chose n’est pas improbable, notre propre étoile se meut dans la même direction que les étoiles voisines, sa vitesse absolue peut être, et très-probablement est, immensément plus grande que celle-ci. Or, de tous les changements qui surviennent dans le système solaire, allassent-ils jusqu’à intégrer toutes les masses en une seule masse, et à diffuser tous les mouvements relatifs en un mouvement insensible à travers l’espace, nul ne peut affecter ces translations sidérales. D’où la nécessité d’admettre qu’elles persistent et attendent leur équilibre d’une opération subséquente.
A la question suivante, c’est-à-dire à quelle loi les mouvements sidéraux obéissent-ils? l’astronomie répond : la loi de la gravitation. Les mouvements des étoiles doubles l’ont prouvé. Les révolutions périodiques de quelques étoiles doubles ont été calculées dans l’hypothèse que leurs révolutions sont déterminées par une force comme celle qui règle les révolutions des planètes et des satellites; et l’accomplissement subséquent de leurs révolutions dans les périodes prédites ont vérifié l’hypothèse. Si donc ces corps éloignés sont des centres de gravitation, si nous inférons que toutes les autres étoiles sont des centres de gravitation, ainsi que nous avons le droit de le faire, et si nous lirons la conséquence inévitable que la force gravitative qui affecte si évidemment les étoiles rapprochées l’une de l’autre affecte aussi les étoiles éloignées, nous devons conclure que tous les membres de notre système sidéral gravitent individuellement et collectivement.
Mais si ces masses en mouvement dans un espace immense gravitent les unes vers les autres, qu’arrivera-t-il? 11 n’y a, semble-t-il, qu’une réponse possible. Elles ne peuvent conserver leur arrangement présent, la distribution de notre système sidéral rendant impossible même un équilibre mobile temporaire. Si les étoiles sont des centres d’une force attractive qui
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varie en raison inverse du carré de Is distance, il n’y a pas moyen de ne pas conclure quç la structure de notre système stellaire subit des changements, et doit continuer à en subir.
Ainsi, faute d’autres hypothèses que nous puissions adopter, nous arrivons aux propositions : 1* que les étoiles sont en mouvement^ 2* qu'elles se meuvent conformément à la loi de la gravitation; 3° que, distribuées comme elles le sont, elles ne peuvent se mouvoir, conformément à la loi de gravitation, sans subir un réarrangement. Si maintenant nous voulons savoir la nature de ce réarrangement, nous nous trouvons obligés d’inférer une concentratiop progressive. Des étoiles, à présent dispersées, doivent s’agréger sur divers points; les agrégations existantes (excepté peut-être les groupes globulaires) doivent devenir plus denses, et des agrégations doivent se souder entre elles. La structure des deux, dans son ensemble et dans ses détails, nous indique que l’intégration a progressé tout le long du passé; et nous voyons dans les nuées de Magellan un exemple remarquable du degré où elle est déjà parvenue. Ces nuées sont deux agglomérations étroitement serrées, composées non-seulement d’étoiles isolées, mais de groupes réguliers ou irréguliers de nébuleuses et de nébulosités diffuses. Ce qui prouve qu'elles ont été formées par la gravitation mutuelle de parties autrefois diffuses sur un espace immense, c’est que les espaces célestes qui les environnent sont complètement vides : la petite nubécule surtout est plongée, dit Humboldt, dans une sorte de a désert dépeuplé d’étoiles. »
Quelle doit être la limite de ces concentrations? L'attraction mutuelle de deux étoiles, quand elle prédomine assez sur d’autres attractions pour causer un rapprochement, aboutit presque certainement à la formation d’une étoile double, puisque les mouvements engendrés par d’autres attractions empêchent les deux étoiles de se mouvoir en ligne droite vers leur centre de gravité commun. Entre de petits groupes d’étoiles.
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animés comme groupes de certains mouvements propres, l'attractioo qui les pousse les uns vers les autres peut conduire, non à une union complète, mais à des groupes binaires. A mesure que l’opération continue et que les groupes deviennent plus grands, ils doivent se mouvoir l’un vers l'autre d'une manière plus directe, formant ainsi des groupes d’une densité croissante. Par conséquent, si, durant les premiers âges de concentration, il y a une probabilité immense que le contact effectif de ces masses gravitant l’une vers l’autre n’aura pas lieu, il est suffisamment évident qu’à mesure que la concentration s’accroît, la collision doit devenir probable, et enfin certaine. Cette conclusion a même en sa faveur une grande autorité. Sir John Herschel, parlant des groupes nombreux et diversement agrégés d’étoiles que nous révèle le télescope, et citant, en paraissant l’approuver, l’opinion émise par son père que les groupes les plus diffus et les plus irréguliers sont les groupes ■ globulaires dans un état de condensation moins avancé, » remarque ensuite que dans « une foule de corps solides de n’importe quel volume, animés d’impulsions indépendantes et en partie contraires, des mouvements opposés les uns aux autres doivent produire une collision, une destruction de vitesse, un affaissement ou un rapprochement du centre de l’attraction prépondérante, tandis que ceux qui tendent vers le même point ou qui restent séparés après ces conflits doivent, en définitive, donner lieu à un mouvement circulaire d’un caractère permanent. » Or, ce que Herschel dit des petits groupes ne peut être refusé aux grands, et par conséquent le procédé de concentration que nous avons inféré plus haut, semble devoir sflrement amener une intégration de plus en plus fréquente des masses.
Il nous reste à considérer les conséquences de la perte de vitesse qui accompagne cette intégration. Le mouvement sensible qui disparaît ne peut être détruit; il doit, au contraire, se transformer en mouvement insensible. Quel sera l’effet de ce mouvement insensible? Noos avons vu déjà que si la Terre
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s’arrêtait, il s’ensuivrait une diffusion de sa substance. Si un mouvement relativement aussi faible que celui que la Terre acquiert en tombant sur le Soleil, équivaut à un mouvement moléculaire suffisant pour réduire la Terre à l’état de gaz trësraréfié, quel sera le mouvement moléculaire engendré par les mouvements de deux étoiles dont les centres de gravité se meuvent à travers les espaces avec une vitesse immensément plus grande quand elles viendront à s’arrêter? Il semble qu’il n’y ail pas d’autre alternative que de conclure que ce mouvement sera assez grand pour réduire la matière des étoiles à une ténuité presque inconcevable, pareille à celle que nous assignons à la matière des nébuleuses. Si tel est l’effet immédiat, quel devra être l’effet ultérieur? Sir John Herschel, dans le passage déjà cité, décrivant les collisions qui«peuvenl éclater dans un groupe d’étoiles qui se concentre, ajoute que ces étoiles, « qui restent séparées après ces conflits, doivent, en définitive, donner lieu à un mouvement circulaire d’un caractère permanent. > Toutefois, nous n’agitons le problème qu’au point de vue mécanique ; nous supposons que les masses qui s’arrêtent mutuellement resteront des masses, et lorsque sir John Herschel écrivait ce passage, il ne s’élevait aucune objection contre cette hypothèse, puisque la corrélation des forces n’était pas encore connue. Mais aujourd’hui, nous sommes forcés de conclure que les étoiles qui se meuvent avec les vitesses énormes acquises durant la concentration se dissiperont en gaz par l’effet de leur arrêt mutuel, le problème devient tout autre, et une nouvelle conclusion parait inévitable. En effet, la matière diffuse produite par ces conflits doit former un milieu résistant, occupant la région centrale du groupe, que de temps en temps ses membres traversent en décrivant leur orbite : désormais ils ne pourront le traverser sans perdre de leur vitesse. Tonte collision nouvelle, en augmentant ce milieu résistant et en rendant les pertes de vitesse plus grandes, doit aider à empêcher l’établissement de cet équilibre qui tendrait d’ailleurs à s’établir, et tend ainsi à produire des collisions plus fréquentes. La ma-
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tière nébuleuse née de cette dispersion, enveloppe bientôt tout le groupe, diminue continuellement les orbites des masses en mouvement, et provoque une intégration de plus en plus active et une désintégration de plus en plus active de ces masses, jusqu’à ce qu’elles soient toutes dissipées. Nous n’avons pas à discuter les questions de savoir si cette opération se complète d’une manière indépendante dans différentes parties de notre système sidéral, ou s’il ne se complète qu’en agrégeant toute la matière de notre système sidéral; ou si, comme cela semble probable, des intégrations et des désintégrations locales poursuivent leurs cours pendant que l’intégration générale poursuit sa marche, jusqu’à ce que les conditions qui produisent la désintégration soient réunies et qu’il se fasse une diffusion qui détruise la concentration précédente. Telle est la conclusion qui se présente comme corollaire de la persistance de la force. Si des étoiles, se concentrant vers un centre de gravité commun, finissent par l’atteindre, les quantités de mouvement qu’elles ont acquises doivent sufiSre pour les reporter jusqu’au fond des régions éloignées, d’où elles sont parties. Puisque les conditions de cette répulsion ne leur permettent pas d’y retourner sous forme de masses concrètes, ce doit être sous la forme de masses diffuses. L’action et la réaction étant égales et opposées, le mouvement qui produit la dispersion doit être aussi grand que le mouvement acquis par l’agrégation; il se répartit sur la même quantité de matière et doit causer une distribution équivalente dans l’espace, quelle que soit la forme de la matière. Il faut pourtant indiquer une condition essentielle de l’entier accomplissement de ce résultat; je veux dire que la quantité de mouvement moléculaire rayonné dans l’espace par chaque étoile tandis qu’elle se forme au sein de la matière diffuse, ou bien ne doit pas s’échapper de notre système sidéral, ou doit être compensée par une quantité égale de mouvement moléculaire envoyé dans notre système sidéral par les autres parties de l’espace. En d’autres termes, si notre point de départ est la quantité de mouvement moléculaire que suppose l’état nébu-
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leux de la matière. de notre système sidéral, il résulte de la persistance de la force que si cette matière subit.la redistribution qui constitue l'évolution, la quantité de mouvement moléculaire abandonné durant l'intégration de chaque masse, plus la quantité de mouvement moléculaire abandonné durant l'intégration de toutes les masses, doit suffire à lès réduire de nouveau à la même forme nébuleuse.
Nous touchons à la limite de nos raisonnements, puisque nous ne pouvons savoir si cette condition est ou n’est pas remplie. Si l’éther qui remplit les intervalles de notre système sidéral a une limite quelque part au delà des étoiles les plus éloignées, on peut admettre que le mouvement n’est pas perdu au delà de cette limite. S’il en est ainsi, la matière peut revenir au même degré de diffusion. Si nous supposons que l’éther n'a pas de limite, il se peut cependant, dans l’hypothèse d’un espace illimité, parsemé dé systèmes sidéraux comme le nôtre, que la quantité de mouvement moléculaire rayonné dans la région occupée par notre système sidéral soit égale à celle que notre système rayonne; dans ce cas, la quantité de mouvement qu’il possède ne diminuant pas, Il peut répéter durant un temps illimité son rhythme de concentrations et de diffusions alternantes. Mais si, d’autre part, â travers l’espace infini rempli d’éther, il n'existe aucun autre système sidéral soumis à ces changements, ou si d’autres systèmes sidéraux existent séparés par une distance supérieure à une certaine moyenne, il semble inévitable de conclure que la quantité de mouvement de notre système doit diminuer par le rayonnement, et qu’alors, chaque fois qu’elle reprendra la forme nébuleuse, sa matière occupera moins d’espace, jusqu’à ce qu’elle atteigne un état oh les concentrations et les diffusions sont relativement faibles, ou bien un état d'agrégation complète et de repos absolu. Toutefois, comme nous n’avons aucune preuve de l'existence ou de la non-existence de systèmes sidéraux dans ces régions éloignées de l'espace, et comme, lors même que nous aurions une telle preuve, nous ne pourrions tirer de con-
Lâ btssotoilôN. SIS
clusion légitime de prémisses dont un élément (l'espàce illimité] est inconcevable, nous resterons toujonfs sans réponse en face de cette question transcendante.
Mais si nous nous bornons & la question prochaine, qui n’est pas nécessairement insoluble, noUs trouvons deS râisons de penser qii’aprës l’accomplissement des diverses formes d’équilibre, qui mettent Un à toutes les formes d’évolution que nous avons étudiées, il s’établira encore un équilibre d’une espèce plus étendue. Quand cette intégration, partout en progrès dans toute l'étendue de notre système solaire, aura atteint son plus haut degré, il restera encore à effectuer l’intégration immensément plus grande de notre système solaire avec d’autres systèmes. Alors devra reparaître, sous forme de mouvement moléculaire, tout ce qui est perdu dans le mouvement des masses ; transformation inévitable, qui ne peut se faire sans ramener les masses à une forme nébuleuse.
§ 183. Nous sommes amenés à conclure que le procès total des choses, tel qu’il se déroule dans l’agrégat de l’univers visible, est analogue au procès total des choses, tel qu’il se déroule dans les agrégats les plus petits.
Le mouvement comme la matière étant en quantité fixe, il semble que, puisque le changement dans la distribution de la matière que le mouvement effectue, rencontre une limite, quelque direction qu’il suive, le mouvement indestructible doive, par suite, nécessiter une distribution inverse. En apparence, les forces universellement coexistantes d’attraction et de répulsion qui, nous l’avons vu, impriment un rbythme à tous les changements mineurs de l'univers, impriment aussi un rhythme à la totalité de ces changements, c’est-à-dire produisent tantôt une période immense, durant laquelle les forces attractives prédominent et causent une concentration universelle, tantôt une période immense, durant laquelle les forces répulsives prédominent et causent une diffusion universelle, des ères alternantes d’évolution et de dissolution. Alors on se forme l’idée d’un
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passé durant lequel il y a eu des évolutions successives, analogues à celle qui s’accomplit actuellement, et d’un avenir durant lequel il se peut que des évolutions pareilles s’accomplissent successivement, toujours les mômes en principe, mais jamais les mêmes par le résultat concret.