‹ Les premiers principesChapitre 9 sur 77 · LIMITE DD PROGRÈS · texte numérisé non relu

LIMITE DD PROGRÈS

strons de ce petit nombre de manifestations qui éclatent dans rélroile région où fonctionne notre conscience. Nous ne pouvons rien conclure au sujet de celles qui n'apparaissent pas pour nous, si ce n'est de celles qui apparaissent pour nous. Or celles-ci ne nous présentent pas un courant unique qui emporte hommes et choses vers un avenir prédéterminé, mais deux familles de courants inverses. La force que nous savons persistante, mais que nous ne connaissons point en elle-même, ne se révèle à nous que par deux modes antithétiques, l’attraction et l’expansion. Dans le coin de l’univers ou nous essayons d’en conjecturer les lois, l’attraction règne, l’intégration s'opère, l’évolution marche. Nous pouvons espérer que l’humanilé réalisera sur la terre les conditions du bonheur, parce que nous avons des raisons de croire que le progrès sera, pendant un nombre considérable de siècles, la loi de la région dont nous sommes des parties. Mais nous n’avons aucune raison de croire que dans le Tout le mouvement progressif prédomine sur le mouvement régressif, et que le progrès soit la loi de Tunivers dans sa totalité. La science pourra s’accroître par le double procédéqui multiplie l’ajustement de nos notions avec les faits et'le rend plus rigoureux. Le pouvoir de l'homme s’accroîtra avec se.s connaissances. La vie que ce pouvoir assure sera mieux protégée et plus productive, elle atteindra même celle période d’équilibre, où la connaissance étant le miroir fidèle de tous les rapports des choses en relation avec l’homme, le rendra maître de sa destinée sur sa planète. Mais nous ne pouvons douter que si la durée de l’évolution à laquelle notre progrès appartient permet à notre espèce de s'adapter complètement aux conditions qui lui sont imposées, qu’elle peut connaître, mais qu’elle ne saurait modifier, un temps ne vienne enfin où elle ne trouvera plus sur le globe les conditions qui assurent l’exercice de la pensée et mémede la

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INTHODUCTION.

vie. Que l’humanité ait ou non atteint à celle époque l’ère de bonheur et la connaissance relativement complète que nous sommes en droit d'espérer pour des générations à venir, elle périra, et son œuvre, accomplie ou seulement ébauchée, sera perdue comme elle : complètement perdue si l'existence de l’espèce humaine et de ses membres n’est pas persistante par l’eiTet de quelque loi inconnpissable. Mais une telle croyance qui trouve naturellement sa place dans la philosophie de l’illustre penseur que nous venons de citer, ne saurait en trouver une dans celle que nous avons sommairement exposée; elle n’y trouve pas de base, et , n’y saurait figurer ni comme déduction ni comme induction. C’est une croyance qui appartient au domaine de la religion, non à celui de la philosophie, que M. H. Spencer distingue et que M. Renan réunit en les confondant.

En écartant de sa philosophie toute préoccupation qui n’est pas exclusivement scientifique, en renvoyant au delà de ses frontières les problèmes de la substance et de la cause que l’intelligence humaine n’est pas capable de résoudre, en fondant sur l’expérience toute la doctrine de la science générale qui unifie les sciences spéciales, et surtout en coordonnant les connaissances positives, d'après une loi d'évolution, en une série où les lacunes sont habilement masquées par des hypothèses que l’expérience ne dément pas et que la raison peut accepter, par tous ces traits, par le dernier surtout, M. B. Spencer nous offre un des types les plus complets de l'esprit philosophique du XIX* siècle. On s'est habitué depuis quelques

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