‹ Les premiers siècles de l'histoire de PologneChapitre 6 sur 10 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

LES SLAVES DEl'UIS LEUR SORTIE D'aSIE Jusqu'au temps de Lech, de Czech et de Rus ou Ruryk»

Du fond de l'Asie, avant l'époque d'Abraham, il sortit une race née de la postérité de Japhet et que dans la suite on appela la race slave. C'était un peuple blanc^ avec le front haut, le crâne arrondi, le nez droit et d'une longueur moyenne, l'œil bleu, la chevelure blonde, monté sur de longues jambes et large d'épaules, appelé au labour et à la chasse. Dans la race slave, comme dans les autres'principales races, il y avait à côté de la blanche une seconde lignée d'hommes à l'œil noir et à la chevelure brune^ moins nombreux, plus petits de taille, plus sauvages, moins laboureurs et plus chasseurs. Les Slaves, en se rendant dans les contrées qui leur étaient destinées, emportèrent de dessous la tente des patriarches les données religieuses immémoriales : d'un Dieu

créateur du monde, d'un esprit qui, devenu mauvais^

lutte avec Dieu ; du bouheur primitif de riiomme et de son ancienne puissance, de sa chute, et par conséquent du besoin d'implorer Dieu par des sacrificcîs ; enfin de l'espoir d'un avenir meilleur. Tout ce trésor de traditions était déposé dans la mémoire des vieillards. Aussi le plus vieux patriarche devenait-il la loi vivante , car il possédait le mieux la connaissance du bien et du mal , du passé et de l'avenir. A sa mort, ce n'était pas son fils, mais un autre vieillard, le chef d'une autre famille, qui devait le remplacer. 11 ne pouvait donc jamais se former parmi le peuple une autorité héréditaire, qui liât durablement les générations. La descendance* des patriarches s'étendait non par bandes ni par hordes, mais lentement par familles séparées. Toutes les fois qu'il se trouvait une place favorable au labourage, un certain nombre de familles s'y installaient, puis elles poussaient des rejetons qui devenaient de nouvelles colonies. C'est de la sorte qu'au bout de plusieurs siècles d'accroissement, après avoir passé les montagnes du Caucase, traversé les steppes du littoral de la mer Caspienne et de la mer Noire, et franchi les fleuves du Kur, du Volga et du Don, les Slaves parvinrent jusqu'au Dniepr. Il en resta, il est vrai, daus les montagnes et dans les steppes un petit nombre, transformés en montagnards et en pasteurs; mais la souche principale, en qualité d'agricole, avança vers des terres propres à la culture ; ayant occupé sur les bords du Dniepr une partie du territoire de la future Moscovie, elle finit par passer ce fleuve, puis se répandit dans divers sens tout le long de l'Europe, au nord et au couchant.

Jetons un coup d'œil sur la terre qui devait devenir la patrie des Slaves.

En tirant à travers l'Europe une ligne, d'une part depuis l'embouchure du Dniepr vers sa source et jusqu'à la mer Baltique, de l'autre depuis Trieste jusqu'à l'embouchure de l'Elbe^ on ' a un immense rectangle coupé presque au milieu par les Garpathes. Dans la direction de la mer Noire et de la mer Méditerranée se développe un pays montagneux avec différentes expositions et climats, riche en minéraux et en vignobles. Le versant qui regarde la Baltique domine une vaste plaine uniforme, creusée en son milieu*, et que des parois relevées ferment à peu près entièrement vers le Dniepr. Les Garpathes, tout en s'abaissant vers le sud, détachent le plateau Voljrnien que, comme un bras, ils allongent vers le nord. Depuis la Prusse, le littoral de la Baltique, en s'élargissant et en s'élevant au fur et à mesure qu'il s'éloigne de la mer, incline vers la Volynie le grand plateau fînlando-russieni Ges remparts naturels se composent de roches d'ancienne formation ; la vallée intermédiaire est rempHe de terre tertiaire, recouverte de terre végétale, et, d'endroits en endroits, parsemée de pierres qui ont roulé des bords de la Baltique. Au milieu de cette vallée se dessinent plusieurs chaînes de montagnes moins importantes, crayeuses, et qui unissent le nord du contineut aux Garpathes.

Les cours d'eau prennent leur source dans ces rochers et ces plateaux qui en même temps leur impriment une direction. Si, en suivant la crête des Garpathes depuis la Silésie jusque vers la mer Noire, à une hauteur telle que le regard embrasse toute la contrée, on se to\xrùftN^\^\^

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Baltique, on apercevra d'abord sur la gauche l'Oder, qui, s'élançant des confins de la Silésie, puis, inclinant au nord-ouest, s'en va se jeter dans la Baltique ; non loin de la source de ce fleuve, la Vistule se dirige du côté opposé, vers la droite, et rencontrant le boulevard des ^Lysogory, le contourne, et obliquant à gauche, coule tortueusement vers Danzig. A quelques dizaines de lieues des sources de la Vistule, le San, se précipitant vers les Lysogory, se réunit à la Vistule, avec laquelle il forme ainsi un triangle de la base duquel s'échappent une quinzaine de rivières plus petites. Au-delà des sources du San, les Carpathes projettent une saillie qui s'élance de la chaîne principale, et qui, en s'aplanissant, constitue le plateau volynio-podolien. Le Dniestr, séparé du San par cette saillie, court à droite, enfermé entre le pied des Carpathes et la Volynie, recueille les eaux des rivières de cette région et les porte dans la mer Noire. Ainsi, presque toutes les eaux des Carpathes se dirigent vers la Vistule et le Dniestr. Le plateau volynio-podolien, uni aux Carpathes par une gorge étroite et peu sensible, mais isolé de toutes autres parts, crée un nouveau système de cours d'eau. Toutes ses rivières, telles que le Bug, le Horyn, le Zbrucz, etc., dans différentes direc- * tions et en forme d'éventail, affluent, les unes dans le Dniestr, les autres dans la Vistule, d*autres encore dans la vallée de Pinsk où le Prypec surtout entraine dans son courant les rivières vers le Dniepr. Au-delà de la vallée du Prypec, le sol s'élève et, un peu plus au nord, il donne naissance à des rivières qui, de nouveau, eu forme d'éventail, cherchent une issue, vers cette vallée,

OU vers la mer Baltique. La contrée qui avoisine la Baltique crée un quatrième système d'eaux. Semblable à un rempart large et plat, serpentant à des distances inégales, elle s'étend de Dunabourg à Grodno, presque en ligne droite, depuis Grodno incline vers la mer, à travers les provinces de Prusse et de Grande-Pologne, et s'abaisse jusqu'à la Yistule, interrompue seulement en quelques endroits par les grands fleuves de la Dzwina, du Niémen, de la Yistule, détournant et refoulant toutes les simples rivières. Sur ce laige rempart, les eaux, n'ayant point une descente facile, créent des lacs d'où s'élancent des rivières et des torrents, soit dans la valléa intermédiaire, soit vers la mer Baltique.

Si, en revenant vers le milieu des Garpathes, on pouvait s'élever au-dessus de leurs cimes, cassez haut dans les airs pour saisir de Toeil le plus lointain horizon^ on apercevrait à droite, vers le Dniepr et la mer Noire, un ciel clair et serein, un sol plat et uniforme. G'est le grand chemin d'Asie en Europe. Par le steppe déboisé, semblable à une mer de verdure, ont rampé différentes espèces de serpents, entre autres des polosy de plusieurs coudées. Le§ scorpions, moins nombreux, se sont accrochés aux joncs des rives et aux rochers. Dans les endroits élevés et plus secs des masses de tarentules se tiennent chacune au fond de son trou. Mais tout reptile et insecte en s'avançant vers l'Europe perd de sa fécondité habituelle et devient moins venimeui^ Le plus nombreux des insectes et le plus dangereux pour les plantes, la sauterelle voile l'horizon de ses larges nuages. Éclose dans les steppes d'Asie, elle travetae T^lo\a ôaiv^ ^wjl-s^

avec le vent du midi et du levant la mer Caspienne^ et plus souvent, franchissant l'isthme caucasien, elle se dirige par les bords de la mer Noire vers le Dniepr et dévorO) en passant, des steppes entiers. Elle y enterre sa semence^ d*où sortent de nouvelles bandes qui, franchissant rivières et montagnes, cheminent paresseusement vers le centre de l'Europe^ et une fois que les ailes leur ont poussé, s'aventurent même jusqu'à la Vistule et à TElbe. Dans de plus hautes couches aériennes, règne également le mouvement continuel des oiseaux voyageurs; l'outarde, au vol lourd et terre-à-terre, les bandes innombrables d'étourneaux, les détachements de cigognes et d'oies sauvages, et au plus haut les cordons de grues à peine visibles. 11 y a beaucoup moins de quadrupèdes ; les lièvres, les i:enards et une espèce de chèvres sauvages agitent seuls l'herbe épaisse. Les troupes de chevaux sauvages paissent, et les loups errent dans les joncs et les oseraies au bord des rivières.

En promenant son regard plus loin vers le plateau volynio-podolien et vers le haut-pays, c'est un tableau nouveau et varié qui se présente. Le sol ne cesse de s'élever ; ici et là on aperçoit des bouquets de chênes qui, toujours plus nombreux, créent de grandes et belles chênaies. Sur les confins de la Yolynie et en Podolie, la forêt pleine de tertres et de rochers, à chaque pas plus variée, abonde en hêtres, peupliers, charmes et coudriers. De là le regard s'abaisse sur la vallée du Prypec, d'un vert sombre à cause de l'épaisseur de ses bois et de ses buissons^ miroitante par les eaux de ses marais. C'est le chemin principal des quadrupèdes, c'est par

là que du fond du nwd-est de la Russie arrivaient les oars, les sangliers, les élans^ les cerfs, les taureaux sauvages» les bisons. De là s'étend à travers la Lithiianie vers la Mazovie, presque sans interruption, la forêt de Bialowieza, noircie de pins et de sapins, dont les restes que la hache n'a point touchés s»'rvent jusqu'à présent d'asile aux bisons. Au miheu, se déroule et brille l'eau bleue de la Wilia, le Niémen aux teintes d'acier, et plus loin la blonde Yistule ; sur le bord des rivières, de vertes prairies et de nombreuses colonies de castors sont en-* tourées de bosquets de bouleaux et d'aulnes.

Levons de nouveau les yeux vers le littoral de la Baltique. Au sommet d'un rempart long et aplati étincelle une rangée de vitres aquatiques. Cent lacs depuis la Finlande jusqu'au Goplo s'étalent à la file les uns des autres au couchant, comme des miroirs de différente grandeur; des bois de diverses essences les ombragent; au nord il n'y a que le sapin et le bouleau. Dans cette contrée, outre les animaux et les oiseaux que nous avons mentionnés, errent de nombreux quadrupèdes et oiseaux de passage. Au-dessus de la mer tournoient incessamment les oiseaux aquatiques, le renne accourt dans les bois, et plus haut vers le nord s'égarent parfois les souris voyageuses, ces sauterelles septentrionales qui par masses de plusieurs millions s'avancent dans des directions déterminées.

Le climat de ces vastes contrées est tempéré; du midi au nord il varie inse^isiblemeut, selon les positions géographiques. C'est pourquoi, tant parmi les plantes que parmi les animaux, il est difficile de ttaeei xxii^W^'c^^ ^^

démarcation. Différentes espèces s'établissent ensemble^ puis s'aventurent loin de leurs centres habituels. L'air est sain, calme, traversé par des veuts étendus, uniformes, plus violents dans les steppes, plus doux vers le couchant. Les tempêtes et les ouragans sont rares. Il ne s'y produit que peu de tremblements de terre et dans une même direction d'Asie en Europe. Les quatre saisons de Tannée, avec leurs caractères nets et distincts, se sucr cèdent uniformément. Le printemps est plein de mouvement, de vie et de fraîcheur, à cause du dégel subit des eaux^ de Tépanouissement des arbres et du passage des oiseaux. L'été est court, mais suffisant pour que les fruits mûrissent. L'automne est long; il couvre fréquemment les vallées de brouillards, et, en desséchant et dispersant les feuilles, revêt les bois d'une teinte singulière. Dès le commencement de l'hiver, tout l'espace depuis l'Oder jusqu'au-delà du Dniepr se transforme en une plaine uniforme, blanche, neigeuse, sur laquelle se détachent les vertes forêts de sapins. L'air s'assombrit alors de nuées de noirs oiseaux, tels que les corbeaux et les corneilles.

Si nous tournons les yeux de l'autre côté des Carpathés vers le midi, vers la mer Noire et l'Adriatique, l'aspect du ciel et de la terre change ; le climat y est plus chaud, garanti contre le nord par une muraille de rochers. Les vallées, séparéespar des montagnes, diffèrent entre elles quant à l'état de l'air et quant aux produits. Le sol est plus riche en métaux et en minéraux.

Pendant que les Slaves s'établissaient lentement des deux côtés des Garpathes , il survint en Asie^ dans la

capitale du genre humain, un grand événement moral. On y eut la croyance que Dieu créateur du monde avait parlé àl'un des patriarches et conclu avec lui une alliance, qu'il avait lui-même fixé certaines cérémonies par lesquelles on devait l'honorer, révélé au patriarche de grands mystères d'avenir, promis à une race élue un empire universel et un roi immortel. Depuis cette époque la race, qui avait eu foi aux paroles de la Divinité, dut organiser son état social en conformité avec ces paroles. Le patriarche, confident de Dieu, devint père et chef, non plus seulement d'une famille, mais de toutes les tribus de sa race. Sa famille, choisie pour honorer la Divinité et pour commander au peuple, était appelée à créer le Sacerdoce et la Royauté.

La race, qui avait hérité de ce trésor d'idées, resta en Asie; mais d'autres patriarches, avec d'autres races, emportant quelques fragments des idées et des traditions nouvelles et le secret de certains rites, se dirigèrent vers d'autres contrées du monde, vers l'Europe. Cette seconde migration des peuples difiTérait de la première : déjà de grandes hordes avançaient rapidement sous la direction de chefs' particuliers ; déjà l'imagination, éveillée par de grandes espérances, poussait aux grands actes, faisait naître l'attente de grands événements; enfin les entreprises puisaient une nouvelle force dans la confiance en l'aide de Dieu, de qui la révélation était rapportée par de fraîches traditions. Les principaux peu- Dles de cette seconde migration furent : les Thraces, les Celtes, les Kimrys, et aussi les peuplades appelées indogermaniques, d'où sortirent plus tard les Germains. Une

partie de ces peuples demeura au Caucase, le reste se répandit en Europe, et se fractionna de nouveau en deux masses principales : la première prit sa route vers l'Occident, par le versant méridional des Garpathes, au travers des pays qui sont aujourd'hui la Moldavie, la Va* laehie, IMUyrie; la seconde remonta le cours du Dniepr, puis se bifurqua, d'un côté déboucha dans la presqu'île Scandinave, de l'autre suivit le rempart semé de lacs qui surplombe la mer Baltique et se dirigea vers le fond de l'Europe ; elle troubla l'Occident par de firéquentes incursions et finit par s'y étabUr.

Les BlaVés, jusqu'alors divisés en familles et en tribus, n'avaient pas de nom national commun. Leur dénomination la plus ancienne et la plus générale semble avoir été celle de Sères, Syriens ou Serbes ; les diverses tribus avaient de plus leurs désignations particulières. Dans l'Asie-Mineure où était restée une partie de leurs colonies^ ils étaient appelés par les Grecs Hénètes, Gariens, Paphlagoniens ; sur les bords du Dniepr et du Dniestr, ils étaient connus sous le nom de Gètes; plus tard, au nord de la Baltique et sur le golfe Adriatique apparaît le nom de Yénètes, ou Vinides. Gette race passive et infortunée, écrasée par des peuples moralement supé* rieurs , et par suite mieux organisés socialement, commence à subir Tesclavage qui, durant de longs siècles, sera sa destinée. Aujourd'hui encore on peut voir, sur les plus anciens monuments égyptiens, des Syriens enlevés d'Asie, et enchaînés au char du vainqueur; le caractère slave de leur physionomie est aisément recon* naissable. Chez les Grecs également, le nom des épais

Cariens et de Syriens était synonyme d'esclaves ; puis, en Italie, leur nom national donna naissance chez les Romains aux mots servaSs servire.

Les Slaves, coupés de l'Asie, refoulés vers les frontières de l'Europe, et accablés, subirent la loi des vainqueurs, et quelquefois se mêlèrent avec eux. C'est ainsi que se formèrent sur les bords de la mer Noire les Tyro- Gètes, et plus tard les Massa-Gètes. Sur les bords de la mer Baltique, plusieurs peuples de la seconde migration restèrent pareillement çà et là parmi les Slaves, soit comme colons, soit comme dominateurs. La Slavie se réfugia donc dans la vallée centrale, aujourd'hui Russie- Noire, Lithuanie, Mazovie et Grande-Pologne; elle y eut désormais, au milieu de forêts impraticables et de marécages, son siège principal, moins connu et partant plus sûr; de là, elle renforçait ses colonies détruites, ou bien en essaimait peu à peu de nouvelles.

Jusqu'alors les Slaves avaient conservé leur ancienne religion. Les étrangers s'étonnaient de trouver chez eux des notions pures sur la Diviuité ; ils leur attribuaient une connaissance plus approfondie des grands mystères, ils s'émerveillaient de leur foi inébranlable en l'immortalité de rame, et même ils répandirent la fable que cette race était immortelle. Mais si les Slaves conservaient fidèlement les vérités, ils n'avaient pas la force de les développer et de les compléter ; avec le temps leurs conceptions religieuses se dégradèrent, leurs rites se brouillèrent et se faussèrent.

Outre les dogmes religieux, les Slaves possédaient un certain nombre de connaissances traditionnelles qui suf-

Usaient aux besoins de leur vie sociale. Us avaient apporté avec eux diverses espèces de blé, ils savaient faire des instruments aratoires en pierre, en bois et en cuivre. Les premiers, ils surent construire des maisons en bois; ils connaissaient l^art de tisser des drap^ épais pour les vêtements.

Dans la fondation des colonies, ils observaient des règles qui sont communes à tous les peuples anciens. Dès qu'une terre avait été choisie pour être habitée, on interrogeait la Divinité au moyen de présages ou czudy. On faisait ensuite autour de l'emplacement un sillon avec la charrue, et la limite ainsi marquée s'appelait czudo. Tous ceux qui demeuraient au-delà étaient pour la colonie des cudzy, des hôtes : on n'attachait pas encore au mot cudzy^ qui veut dire étranger^ la signification d'ennemi. A l'intérieur de la terre délimitée, il y avait d'abord un endroit consacré, situé communément dans un bois, et appelé uroczysko^ le Palatin slave. On y accomplissait les sacrifices à la Divinité, on consultait les augures ou uroks^ on y jugeait les affaires ou roks (assigner le rok signifiait citer en justice). C'est de là qu'on envoyait les wici pour convoquer au conseil les colons éloignés. A côté de Vuroczysko était le horodyszcze^ lieu bordé d'un fossé et d'une palissade, Capitale slave, siège de l'autorité et de la défense. Enfin la troisième partie de la colonie était composée des tombeaux, appelés zale (regrets), ou zgliszcze (ruines) et kurkany (tertres) ; certaines tribus y brûlaient, d'autres y ensevelissaient leurs morts. Les horodyszcze, comme les établissements les plus anciens des peuples primitifs, avaient cinq ouver-

tures ou portes. Les sanctuaires, situés à l'extrémité de la colonie, s'appelaient koniyny; on y publiait les lois, zakony.

Lorsque la colonie était sufSsamment peuplée et cou- ^ verte de constructions, elle envoyait un nouvel e.«saim pour fonder une swoboda^ ou nouvelle colonie. Ceux qui s'éloignaient formaient, presque toujours à une même distance de l'ancien établissement, de nouveaux uro^ czyskoj horodyszcze, et zafe. C'est ainsi que, depuis TAsie jusque vers les Alpes et Tembouchure de l'Elbe, la Slavie semblait couvrir toute la terre d'une série continue de fourmilières. Quelques-unes de ces colonies disparurent au choc de peuples étrangers. Les colons, dispersés, campaient dans les steppes, se confondaient avec les montagnards, ou bien, lorsqu'ils s'étaient engagés trop loin de leur centre primdpal, ils formaient des établissements particuliers, dégénéraient avec le temps, retombaient à l'état sauvage et adoptaient un genre de vie étranger.

A peine les Celtes et les Kimrys s'étaient-ils précipités des deux côtés de la Slavie, c'est-à-dire par le versant transcarpathien et par le littoral de la Baltique, en laissant çà et là de faibles débiis, qu'une nouvelle et troisième migration s'ébranla d'Asie, à la suite d'une nouvelle révolution morale. Il s'y était élevé de faux patriarches, des prophètes de mensonges, qui, soit en inventant de nouvelles révélations de Dieu, soit en rapportant à eux-mêmes la révélation donnée à Abraham, induisirent en erreur des hordes nombreuses et se mirent à leur tête. Cette domination universelle, promise dans un

sens mystique à la race hébraïque, ils voulaient, eux, l'atteindre immédiatement ; cette royauté future du fils d'Abraham, ils essayaient de l'attribuer à leur personne. Le principal caractère de ces patriarches était l'orgueil, une activité fébrile et la fureur. Les peuples trompés par eux, exclusivement pasteurs, portent le cachet particuHer d'une imagination déréglée, de la férocité dans les mœurs, et d'une frénésie momentanée dans les actes. La première migration peut être appelée passive et pénitente ; c'est à elle qu'appartiennent les Slaves, les Indous, les Pelages, les Sicules. La seconde se compose de nations qui ont renié leurs croyances, et qui sont pleines de vie et d'activité, mais dévoyées. Quant à la troisième migration, son caractère est exclusivement celui de la rébellion; elle est révolutionnaire, dans le sens du mot latin revolvere^ elle ramène en arrière le genre humain, elle respirait uniquement la destruction : ses principales races sont les Skiles, les Tatars et les Arabes, et nous verrons son caractère développé avec le plus de netteté dans les Huns. Nous avons comparé les premières colonies à des fourmilières qui peu à peu se répandent dans diverses directions en s'établissant laborieusement. Les secondes passaient comme des essaims d'abeilles, ou comme des bandes d'oiseaux et d'animaux à la recherche de pâture et d'endroits où faire leurs nids; les troisièmes, de temps en temps, fondaient en foule comme les sauterelles, ou comme les souris voyageuses dont le but, les routes et la direction sont un grand mystère.

Les premières hordes des peuples dévastateurs furent les Saks, Skiles, Skolotes. Accourus des steppes de la

mer Caspienne, ils firent disparaître les restes des Slaves nomades, chassèrent les Kimrys et les Trères, ils se déployèrent depuis le Volga et le Don jui^qu'au Danube, et, remontant le Dniepr et le Don, où ils trouvèrent les Slaves agricoles, ils les dominèrent et vécurent à leurs dépens. Cette horde, maîtresse un moment de toute TAsie, perdit bientôt les pays qu'elle avait conquis. En errant dans les steppes durant de longs siècles, elle laissait après elle le nom de Scythes jusqu'à ce que peu à peu elle eût été détruite par ses propres discordes, les expéditions d'Alexandre le Grand, et l'invasion des peuples caucasiens et Scandinaves.

Nous avons vu que, de la seconde migration, il était resté au Caucase la portion la plus belliqueuse et la plus sauvage de ces races de cavaliers, tandis qu^une autre, également brave, cavalière, et à cheveux blonds, s'était fixée dans les montagnes de la Scandinavie. Les premiers étaient appelés Arias, Azes, Askes ; les autres prirent plus tard principalement le nom de Goths. Longtemps les Azes, pressés par les Scythes, et les Goths par les Finnois, n'osèrent pas se montrer dans les vallées ni sur les bords de la mer ; mais dès que la Scythie fut affaiblie, ils fondirent sur elle, en dispersèrent et écrasèrent les débris, puis ils se heurtèrent enfin contre la Slavie. Les Arias ou Mèdes, longtemps indépendants dans les montagnes, développèrent leur état social. Il résulta des anciennes traditions sur les rapports immédiats des hommes avec la Divinité, que les hommes privilégiés de cette grâce divine s'arrogèrent le pouvoir royal héréditaire ; et plus tard la confusion et la corruption de ces idées

firent reconnaître les familles royales comme apparentées avec Dieu, et tirant leur origine des dieux. Ceux qui étaient les plus proches du roi, les guerriers qui avaient des alliances de sang avec lui, se considéraient comme une classe privilégiée. C'est ainsi que ce peuple s'accoutuma à regarder les autres races comme inférieures, comme étrangères, comme esclaves, et il employait à son service les Scythes, les Slaves et les Kimrys réduits en esclavage. Les Mèdes cavaliers, armés de lances, connaissaient déjà le fer, faisaient aussi des armes défensives, savaient fabriquer des boucliers durs en osier, et des armes pour eux et leurs montures avec la corne du sabot de cheval. Après avoir refoulé les Scythes dans les steppes, ils se rapprochèrent des Carpathés; d'un côté de ces montagnes, ils subjuguèrent sur les bords du Danube les Slaves Gètes et le reste des Celtes, Bastarnes, Illyriens, et au-delà des Carpathes, sur le plateau podolien, les diverses tribus slaves jusqu'au-delà de la Vistule.

Les Mèdes nomades étaient peu nombreux, tous guerriers et cavaUers ; ils amenaient avec eux un petit nombre de femmes hardies et exercées au combat à l'égal des hommes. Longtemps maîtres de la Slavie, ils commencèrent à se mêler avec leurs sujets, les Slaves et les Sy-' riens, et prirent le nom de Sarmates que se donnaient déjà les Caucasiens. Depuis lors tout le pays, nommé autrefois Scythie à cause de la horde dominante, s'appela Sarmatie.

Cependant les anciens frères des Sarmates, lesquels avaient colonisé la Scandinavie, commencèrent à s'a-

battre d'outre mer, comme des oiseaux aquatiques, sur la ligne des lacs de la Baltique, et à y inquiéter les Slaves j Vinides, et les restes des Prusso-Letons (Letoniens, Le- ! tons, Latins) de la race des Celto-Kimrys; en même i temps parcourant le continent, ils subjuguaient les Finnois. La peuplade destructrice des Finnois^ après la défaite des hordes principales, était tombée dans l'impuissance et la faiblesse habituelle aux peuples destructeurs. Les Goths n'eurent pas de peine à les vaincre^ ils s'avancèrent par le plateau du Prypec vers le midi, et descendirent du côté de la mer en occupant la Yolynie i et la Podolie. Ils y rencontrèrent les Sarmates qui, con- I sidérablement afiaiblis par leurs guerres et par l'effet du mélange avec une race étrangère, ne purent résister ' aux nouveaux arrivants.

I Le peuple blond des Goths, de haute taille et vigoureux, était sorti jadis de l'Asie en même temps que les Mèdes ou Sarmates aux cheveux noirs. Il avait emporté les mêmes traditions religieuses et il avait constitué un état social semblable à celui des Sarmates. Mais différent par ses dispositions physiques, et établi dans des pays d'un autre climat et d'une autre situation, il se développa plus fortement et se modifia d'une manière notable. C'était le propre de tous les anciens peuples, éloignés de leur demeure primitive, de dégf^nérer et de se corrompre. Les idées religieuses, n'étant pas renforcées par une nouvelle révélation , mais étant sevrées de la tradition pure , s'altéraient et devenaient grossières ; l'esprit s'affaissait vers la terre, vers la matière, et s'égarait de nouveau dans le culte de là maUète, d^\QLU^\MT^.

De là provient Tinfluence si prononcée du tempéra* ment, du climat et des localités sur les mythologies. Le^ Goths, comme tous les hommes aux cheveux clairs, n'avaient pas l'imagination inflammable, variée, violente, propre aux hommes à cheveux noirs de l'Orient, aiu habitants des montagnes et des vallées exposées au fei du soleil; mais, en revanche, leur imagination était plu: étendue, plus forte, plus féconde; ils se cherchaieni donc des endroits plus agréables, lointains, spacieux brumeux^ graves. Alors que les sentiments des peuples caucasiens étaient tour à tour orageux ou tranquille comme la mer Noire^ débordants ou desséchés comme la mer Caspienne, les Scandes, au contraire^ aimèrent h Baltique, profonde comme leurs sentiments, d*une couleur uniforme et éternellement bercée de larges vagues par des vents continus. La végétation variée du Caucase est excessivement prompte à mûrir et à se faner; tandiî que pendant des siècles grisonnent les mousses, verdoient les épaisses bruyères, et noircissent en grandissant peu à peu les hauts sapins Scandinaves. Ces mêmes caractères se reflètent dans la végétation spirituelle des septentrionaux. Les hommes, durant les longs mois d'hiver, renfermés dans les maisons, ou bien traversant des neiges uniformes et des solitudes à la chasse des bêtes féroces, poursuivant les poissons sur la mer brumeuse et froide, ont beaucoup de temps pour réfléchir e1 songer; d'où chez les Goths tant de bardes, tant de poètes. Les anciens souvenirs de l'Orient et les actions héroïques postérieures mariés ensemble dans les chants^ ont enfanté un immense monde mjrthologique dont \e$

formes fantastiques ressemblent aux brouillards des montagnes et dont le ton imite les rafales de la mer Baltique. Les Goths regardaient comme provenant d'Asie la race de leur dieu Odin, la race de ses enfants et celle des demi-dieux azes. Des demi-dieux descen* daient les rois, et de ceux-ci les guerriers, suivant une généalogie ininterrompue et soigneusement conservée.

Imbu de tant de souvenirs, élevé par une si grande poésie, relié parles généalogies, le peuple des Goths constitua une nation, dans toute Tacception du terme, une nation particulière, distincte des étrangers; et Tunité et la force de la nation se personnifiaient dans l'autorité, dans les rois. En effet, nulle part chez les Barbares les rois n'eurent autant de faveur, autant d'autorité, que chez les Goths. Si la famille régnante s'éteignait, on cherchait et l'on appelait de loin les légitimes successeurs. Pourtant, l'autorité héréditaire des rois n'était aucunement arbitraire; car elle était tempérée par la religion, par les mœurs, et par le respect pour la nation soumise, mais apparentée.

Les Goths, vainqueurs des Sarmates, s'unirent aisément avec eux comme avec un ancien peuple frère, et bientôt ils les absorbèrent au point que le nom des Sarmates se perdit. Dès lors, les puissants chefs des Goths étendirent leur domination depuis l'embouchure du Dniepr jusqu'à la mer Baltique, sur tout le plateau du Prypec, et sur la plaine de la Vistule, au-delà de la; quelle habitaient les Germains qui pressaient les Slaves.

La grandeur des Goths fut de courte durée. Uue nouvelle nuée de peuplades destructrices, connue sous le nom

de Hims, plus formidable que toutes les autres, s'ébranla d'Asie. C'était un peuple de stature basse, le teint jaune, les pommettes saillantes, les yeux petits et bridés, les

jambes courtes, plus propres au cheval qu'à la marche. Les Huns sont d'un caractère silencieux, traitable, craintif, porté à Tesclavage; et, même là où ils sont libres et peu nombreux, ils ont coutume de se choisir de suite un chef, et ils ne peuvent vivre sans lui. Durant de longs siècles, ils errèrent en hordes séparées entre le Baykal, l'Aral, Khiva et la mer de Chine. Enfin, il se trouva un chef qui, après avoir proclamé qu'il était appelé par Dieu à commander au monde, réduisit à l'obéissance les khans moins puissants, rassembla toutes les hordes^ et se précipita^ avec une multitude de plusieurs millions, par la route que suivent les sauterelles^ par les bords de la noter Caspienne, les steppes du Don et du Dniepr, le long du Dniestr et du t)anube. Cette tourbe de peuplades, saisie de la fureur de la destruction, se forma sur ellemême une idée monstrueuse, et crut qu'elle était issue de mauvais esprits, de l'union de bêtes et de sorcières. Leur roi, digne de sa nation, sentait si bien sa mission, qu'il se donnait le nom de Fléau de Dieu^ envoyé pour punir le monde.

A la vue des Huns, l'épouvante saisit et les Goths et les Romains. Rien ne put résister à l'avalanche qui entraînait avec elle des hordes d'une autre race, qu'elle avait déracinées en route et emportées. La majeure partie des Goths se soumit, et le reste s'enfuit devant eux et obtint un refuge dans les frontières de l'Empire romain. Le roi des Huns commandait à tous les rois et à toutes

les peuplades, depuis le Danube jusqu'au golfe de Finlande et à rembouchure deTElbe. Il établit son principal siège sur les bords du Danube, dans les steppes de la Pannonie, recherchant les grands pâturages et les eaux; il ne put donc pas détruire totalement les Slaves qui, dans leurs forêts profondes et leurs marécages, reconnaissaient sa domination, mais réussirent à échapper à ses pillages. Plus d'une fois Attila marcha contre l'Empire romain, traversa l'Italie et une partie de la Gaule, renversa des villes immenses , extermina ou emmena la population; mais, semblable à la sauterelle, il ne put s'établir dans les pays cultivés et peuplés; il revint à Tybisk, et, maître de villes innombrables, il fit construire des huttes en bois, façonnées suivant des procédés d'architecture inconnus aux Grecs et aux Romains. C'est dans ce camp, semblable sans doute aux villes slaves en bois, qu'Attila demeurait; il employait les Slaves au travail de la terre, à la construction et au service domestique, et les Goths et les Sarmates aux expéditions militaires.

Attila avait la même autorité sur son peuple que l'homme sur une meute de chasse. Après sa mort^ ses fils voulurent se partager sa propriété, c'est-à-dire les rois et les nations : la discorde éclata et enfin, après un combat terrible, les Huns furent vaincus. Bientôt, comme les anciens Scythes, comme toutes les nations de ce genre et avec cette mission , une fois qu'ils eurent été brisés, ils se mêlèrent avec les races étrangères, s'établirent parmi elles, ou se mirent à leur service ; quelques-uns reprirent le chemin de leur patrie et le nom efirayant des Huns disparut tout à fait.

La Slavie respira quelque peu et elle réapparut de dessous Talluvion des peuples étrangers, comme de dessous la neige. Déjà les Goths étaient refoulés par les Huns; une partie des Goths s'était enfoncée dans l'Empire d'Orient sur le Danube; l'autre, après avoir chassé devant soi les Germains, portait ses ravages dans l'Empire romain d'Occident. Le reste des Huns avait fui plus loin au nord et dans les steppes du sud-est, en laissant la Slavie libre de tous côtés, mais coupée par endroits^ mélangée d'une race étrangère. Sur les steppes de la mer Noire et de la mer Caspienne, foulés par tant de peuples, le vestige des Syriens, des Goths, des Slaves, s'efface, et les communications de la Slavie avec l'Asie sont rompues. Au nord, depuis les monts Curais jusqu'à la Finlande, les débris des Finnois et des Huns étaient 9oit établis, soit errants comme les étangs qui demeurent après un grand débordement. Dans le pays situé au-delà des lacs, là où depuis longtemps déjà les Kimrys et les Celtes se maintenaient parmi les Vénèdes, ceux-ci furent complètement dominés, et les Scandinaves, mêlés avec les Celto-Kimrys, formèrent une race étrangère à la Slavie. Ce. ne fut qu'au-delà des Garpathes sur les rives du Danube, et vers la Germanie aux bords de l'Oder et de l'Elbe, que les frontières restèrent ouvertes aux colonies;

Le passage et le long séjour de tant de hordes étrangères dut laisser trace et sur le sol, et dans les esprits, et dans les mœurs des indigènes. Depuis la Baltique jusqu'à la mer Noire on voyait, au milieu des forêts, des routes où les bois brûlés, les horodyszcze détruits, témoignaient du passage des Goths ; des deux côtés des

DE POLOGNE. 23 f

Garpathes, les Buns laissèrent \ine' dévastation plus énorme : çà et là des champs entiers couverts d'ossements d'animaux et d'hommes, et de grands tertres,

j étaient les uniques souvenirs des grandes batailles et des exploits des héros. Les Slaves se refusaient toujours à

* s'éloigner de leurs établissements, ils ne se sauvaient pas en hordes devant le vainqueur ni ne se précipitaient en foule sur ses pas. Pourtant quelques-uns participaient iadividuellement ou avec leurs familles aux fréquents

I combats entre les hordes étrangères; ils acquéraient

j l'esprit militaire, s'exerçaient aux armes ; et, cet esprit et cet exercice, ils les généralisaient parmi leurs propres

i compatriotes. C'est notamment sur leurs frontières, sur

\ les bords du Danube, de l'Elbe et de l'Oder, où les combats avec les étrangers étaient plus fréquents, et où le bruit des armes ne cessait de retentir, c'est là que

' s'éveilla d'abord l'esprit militaire des Slaves, au midi chez de plus grandes masses, au nord chez de vaillantes tribus détachées. Au midi, sur le Danube inférieur, les anciennes tribus slaves avaient été définitivement subjuguées par un peuple asiatique peu nombreux; ce peuple se mêla avec les Slaves, reçut leur langue et leurs mœurs, et constitua un État, le royaume de Bulgarie, le

* premier État slave qui bientôt menaça l'Empire d'Orient. Au-delà du Danube s'étendaient les frontières de cet empire, ravagées par les fréquentes invasions des Barbares ; les Slaves commencèrent à s'avancer et à développer leur système de horodyszcze. Us ne s'élançaient pas tout d'un coup dans une contrée lointaine, mais peu à peu, progressant pas à pas, ils pénétrèrent dans la Ma-

cédoine et TËpire. Lorsqu'ils trouvaient un peupi étranger, ils l'exterminaient impitoyablement, plantai les honmies sur le pal, tuant les femmes à coup de haclu écrasant les enfants contre les pierres, semblables au fourmis qui dévorent à l'entour de leurs demeures toi les autre^ insectes. Bientôt cette terrible invasion attei gnit l'illyrie et même le littoral de T Adriatique. Parfo les Slaves sortaient de leurs nouvelles colonies pour n vager la Grèce et l'Italie; mais ces expéditions, ne conformes à l'esprit national, duraient peu, et les gue riers revenaient vite chez eux. Au contraire, quand i s'étaient une fois fortifiés et établis dans un endroit, i y restaient toujours, et se laissaient anéantir plut< que de changer de place.

Bien que les Slaves commencent déjà à faire la guern jusqu'ici leur arme est plutôt aratoire que guerrière; i ressemblent moins à des soldats qu'à des gens envoyi pour défricher des forêts. Us allaient au combat à pie< demi-nus; ils attaquaient l'ennemi avec la hache, '. bâton et la pique, employaient rarement le bouclier, i connaissaient pas d'autre genre d'armes et étaient in propres à la cavalerie.

Les démêlés avec les peuples étrangers et les guerre de plus en plus fréquentes firent naître le besoin i Conseils nou plus seulement familiaux, mais encore p< litiques, et communs à beaucoup de horodyszcze. On r connut aussi la nécessité de créer une autorité qui dir geât les mouvements militaires. Cependant ces Consei d'un nouveau genre avaient lieu suivant leur ancie usage patriarcal. De même que, dans la vie domestiqi

île

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ordinaire^ la eoncorde règne communément entre les enfants, de même aussi dans les Conseils des tribus entières on chercha la concorde et l'unanimité. Si quelqu'un s'opposait à la majorité, on le considérait comme un enfant entêté ; on mettait le feu à sa maison, ou bien on lui donnait des coups de bâton jusqu'à ce qu'il changeât de conviction et se soumit à l'avis général. Car les Conseils résultaient d'un besoin momentané, ils ne décidaient pas un grand nombre d'objets, et se terminaient vite. On voit les chefs, que les Slaves des bords du Is Danube commencent à se choisir, sous le nom de Pan et ^si Zupan^ déposer, lors de la conclusion de la paix, l'auto- >t rite qui ne leur a été confiée que pour le temps de guerre. Les anciens noms des tribus slaves, attachés à plu- ',\ sieurs peuplades, se sont conservés jusqu'à nos jours dans cette nation opiniâtre et immobile. Le nom de Syrbes, qui est le plus ancien, existe sur les bords de l'Elbe et dans quelques contrées qu'arrose le Danube. Aujourd'hui encore les Hénètes, Vinides, ou Vénètes, sur les bords de l'Adriatique, au-delà de TOder et près de l'embouchure de la Vistule, témoignent d'une antique parenté avec l'Asie; le souvenir de leur séjour sur le littoral de la Baltique, s'est conservé dans le nom de mer Baltique ou Vinidique. Les Grecs qui maintenant apprennent à connaître de plus près la Slavie, en appellent les peuples, en général, Antes ou Slaves ; mais ces deux noms signifiaient la même chose, ces deux formes appartenaient à une même langue, provenaient d'une même souche; et la dénomination commune de Slaves devient de plus en plus universelle.

26 PREMIERS SIÈCLES bE L'HISTOIRE

Nous voyons déjà lai Slavie délivrée dès hordes étrangères; déjà quelques-unes de ses tribus sont appelées à la vie politique ; déjà elles sont àrnléès et redoutées de leurs voisins ; et cependant, alors même, pèse siir cette race malheureuse l*ancien arrêt de leur esclavage. Conline jadis les Syriens et les Cariéiis étaient, à Tinstar des nègres actuels, les esclaves antiques, ainsi là Slavie va fournir au moyen âge dés esclaves, el le nom national des Slaves, nom qiii dans leur langue maternelle signifie gloire, doit, chez tolis les peuples chrétiens, devenir l'expression de l'esclavage : esclàvon, esclave, slavo, sclave^ slave.

Et en cela Jrieii d'étonnant. Les peuples chrétiens s'organisent eh corps politiques, eh Étals, quand la Slàvie est encore éparpillée en tribus et en horôdyszcze particuliers. L'ancienne religion patriarcale he peut pas arriver à former une hiérarchie, une église^ elle ne peut pas produire l'idée de l'unité. Là où il n'y à pas d'église, il n'y a pas d'autorité morale^ stable et certaine, pas de sentiment national universel. Sans religion révélée et sans autorité, la race slave s'éteûddit comme sans ccteur et sans tête, comme un polype fécohd et fatnifié, cloué à terre, mais non comme un êtte supérieurement organisé et qui à des mouvements indépendants. Les Slaves ne pouvaient pas créer d'eux-mêmes un État, mais ils commençaient à sentir de pliis en plus généralement et de plus en plus fortement le besoin d'Une nouvelle force, d'une nouvelle idée, d'une nouvelle existence.

Cette force nouvelle, là Slavie la recevra des deux extrémités du monde, de'deux races étrangères destinées

à se foa^re avec les Sl^vea et à former deux corps politiques âaQ9 lesquels doivent entrer, Tune venant du midi et l'autre du nord, deux âmes différentes; c'est du Caucase et de la Scandinavie que jailliront vers la Slavie ces deux ruisseaux de force organisatrice, et de Constantinople §t de Rome que deux âmes descendront dans cette double organisation.

Le Caucase est situé sur la grande route de l'Europe à FAsie, entre les mers Noire et Caspienne. Ses cimes s'él^ vent au-dessus d'un pays de neiges éternelles. Parmi I^ sommets moins élevés il y a un grand nombre de fertiles vallées» et au pied des monts, du côté du nord et du midi, s'étendent Içs steppes. Aussi, les climats et les pro« duits du Caucase sont immensément variés, et plus d'un peuple a eberché dans ses vallées un Ueu de séjour ou de refuge momentané, n y resta une partie des Syriens; ensuite s'y établirept les Arias ou Mèdes, appelés aussi Aspes et Azes; plus d'une fois i^ussi des bordes nomades y pénétrèrent. Mais les principaux maîtres du Caucase étaient les Arias ou Mèdes, divisés en nombreuses tribus. Au bord de 19, mer Noire, dans les lieux appelés jadis Colchide» demeuraient les Kerkètes, qui se donnaient le nom d'Adygues et Adzigues; sur les montagnes du mi* lieu habitait la principale branche des Arias, et, de l'autre càXéy aux bord& de la mer Caspienne,, les Legs ou Lechs. Le mot Lag ou Lach et Lech, Lek, signi&e^dans les langues caucasiennes, un homme, un guerrier, uu combattant; ce n'était donc pas le nom national d'une seule tribui mais le titre d'honneur de plusieurs des plus braives tribus qui demeuraient dans la ]^rtta sud*

est du Caucase. Les histoires arméniennes, appuyées sur d'anciennes traditions orientales, et les chroniques géorgiennes disent qu'Alexandre le Grand eut à lutter avec les Lachs, et établit des rois parmi eux. Dans les premières années de l'ère chrétienne, les Romains aussi connaissaient les Legs des bords de la Caspienne. Plus tard, une partie de ces tribus traversa le Caucase, et étendit sa domination sur les Arias ; puis elle descendit vers la mer Noire, où sur les deux rives du Phase (l'Iron ou Rioni d'aujourd'hui), elle fonda, dans le voisinage des Kerkètes, un Etat que les Grecs appelèrent Lazie.

Les Lazes ont occupé une position immensément importante dans l'antiquité, dans les siècles de l'extension des peuples; le Caucase était la forteresse centrale et la clef des deux parties du monde. Alors c'était surtout du côté du Don et du Volga que les peuples nomades menaçaient l'Orient, et le Caucase n'offre guère de passage, surtout pour une horde à cheval.

Il y a trois routes : une longeant la Caspienne, facile à barrer dans les environs du Derbent actuel ; une autre par la vallée de Tiflis, que des portes suffiraient à fermer près de Dariel ; une troisième, sur le rivage de la mer Noire, rencontre des obstacles dans le cours du Phase. Les Lazes devinrent maîtres de tous ces passages, et furent, par conséquent, les portiers de l'Orient; c'est ainsi, en effet, qu'ils s'appelaient eux-mêmes. L'empire perse des Sassanides et l'empire romano-grec, qui tous deux redoutaient également les hordes nomades, tournèrent leur attention vers ces portes fameuses, et ils les garnissaient de leurs soldats, ou

ils chargeaient les Lazes de les garder. Justinien, dans ses luttes avec les Perses, s'efforça spécialement de se concilier et de s'attacher les montagnards du Caucase ; il répandait parmi eux la foi chrétienne, payait généreusement leurs guerriers, et envoyait à leurs rois des couronnes. Malheureusement, l'Église grecque a toujours été sans énergie dans sa propagande , et nulle part elle n'a su éveiller l'esprit religieux ; aussi les montagnards, baptisés à plusieurs reprises , retombaient dans le paganisme ou montraient peu de zèle religieux. Les rapines et brigandages des fonctionnaires impériaux achevaient de dégoûter les Lazes de la Grèce, et, d'un autre côté, la puissance des Perses les menaçait d*un égal péril. Les Lazes se trouvèrent dans une situation fort difficile et dangereuse, ayant d'un côté les hordes nomades au nord, et de l'autre deux empires hostiles, à l'est et au midi.

Le principal siège des Lazes était sur l'un et sur l'autre bord du Phase. Auprès d'eux, dans la Cabardie d'aujourd'hui, demeuraient les Kerkètes, les Adzigues, et plus haut, dana les montagnes, les tribus des 1res, Mèdes, Azes. Une partie de ces Mèdes réunie avec les Adzigues sortit de ses demeures, forma, comme nous l'avons vu, parmi les Slaves, les Syro-Mèdes et les Jazigues,puis disparut confondue avec les Goths. Le reste du peuple, qui n'avait pas quitté le Caucase, se soumit a la domination des Lazes, et était connu des Grecs sous le nom de Zygues, Zyches, Zèches, Cèches.

L'état social des Lazes était semblable à celui des Sarmates et des Goths. Ils avaient une famille royale du

milieu de laquelle ils se choisissaient des souverainsf. La. nation était constituée à proprement parler par les Lechs, c'est-à-dire par les guerriers, occupés exclusivement de la guerre. Les esclaves gratifiés par les Lechs de la liberté, ou bien les gens employés au service domestique composaient une caste inférieure : quant au peuple qui cultivait la terre et faisait paitre le bétail, il payait par des présents la protection des Lechs, et restait dans une grande dépendance» Les Lechs étaient de haute taille, blancs, le crâne haut, le front presque carré, les yeux et les cheveux noirs, le nez aquilin. Un cou large, épais, et leur menton allongé donnaient à leur figure quelque chose de menaçant et de léonin. Ils étaient peu nombreux, mais vaillants dans le combat ,^ très-fiers et vains de leur puissance peu considérable ; prompts aux grandes entreprises, mais très-mobiles dans leurs projets. Un jour, après avoir écouté avec applaudissements le discours d'un orateur, ils décident unanimement de s'unir avec les Perses contre les Grecs, et, à cette même séance, ils accueillent avec d'aussi vifs applaudissements les paroles d'un second orateur, et ils prennent^ conformément à son avis, la résolution unanime de s'unir avec les Grecs contre les Perses.

Tandis que les empereurs de Byzance liaient ainsi des rapports avec la Lazie de la mer Noire, d'un autre côté , ils ne perdaient pas de vue les tribus Lazes, qui habitaient aux bords de la mer Caspienne. Parmi ces tribus, les Awares ou Obriens étaient les premiers par le nombre et par le courage. Us ne tardèrent pas à leur demander secours contre les hordes nomades des

Tares. Les Âwares, tour à tour vaijiqueurs et vaincus^ serrés de plus en plus près,, ayant pris dans une longue guerre le goût des voyages lointains^ résolurent de chercher de nouveaux et plus sûrs établissements , et leur horde tout entière se mit en route vers l'Europe avec les guerriers et le peuple. En se portant au-delà de la mer Noire, ils prirent avec eux une partie des guerriers Lazes et Dayniens ou Cècbes, et ainsi augmentés en nombre^ ils allèrent par la route ordinaire des nations asiatiques^ par le Kouban, le Don et le Dniepr, vers les Carpathes.

Cependant l'état politique de TOrient changea, et par là changea aussi la situation des peuples restés dans le Caucase. Le royaume des Lazes, affaibli par la sortie d'une partie considérable des guerriers, privé de liens et de secours du côté de l'empire grec qui s'écroulait, pressé par les Perses, les Arméniens, les Géorgiens, s'amoiixdrit et disparut. Il ne resta que le souvenir de son Qxisteuce sur la terre qui fut longtemps appelée Laziç, et maintenant Lazique ; on retrouve des traces lazes dans des noms de montagnes, de rivières et de villages, qui subsistent jusqu'aujourd'hui. Il y a encore, dans ces contrées, la rivière Lesken (dans la grande Cabardie), le mont Lagastou Lâchât (près de Kedela), la petite ville de Ka-Lach, les deux rivières Lachwa (en Cartlie), Les- Gor (en grande Cabardie), la rivière Lechkura (en Cartalinie), le village de Latz (sur le Fiagiam, dans le pays des Ossètes), etc., etc. Tous ces endroits sont actuellement peuplés par des tribus étrangères. Le reste des Lazes, tombé à l'état sauvage, s'est retiré de son ancien pays et erre plus loin, à l'ouest et au midi, parmi

les Turcs et les Tatars, près de la rivière de Kars.

Les anciens voisins des Lazes, les 1res, les Azes, appelés aussi plus tard Alains, descendirent souvent encore de leurs montagnes dans les steppes, et envoyèrent en Europe plus d'une horde ; aujourd'hui leurs débris restés à la même place ont conservé leur antique appellation d'Ires, et les étrangers les nomment Osses, Ossètes, Assiétiniens. De même les Adzigues, fréquemment maîtres des steppes, et derechef refoulés dans les montagnes, n'ont pas changé jusqu'à nos jours de demeures ni de nom. Les étrangers les appellent Czerkiesses (Kerkètes). Et même on retrouve jusqu'à présent l'antique peuplade des Zan, qui, au temps de Justinieu, habitait dans le voisinage des Lechs, mais qui à présent est expulsée des montagnes, et qui se maintient au nombre de quelques dizaines de familles.

Tous ces peuples conservent toujours le même état social que nous avons vu chez eux au temps des Lazes. Après avoir négligé la religion chrétienne, sans accepter le mahométisme, ils perdirent leurs rois, mais ne se soumirent pas au despotisme des pachas. Il en résulte que leurs anciennes castes, que la religion seule aurait pu fondre et unifier, ou bien renverser, se sont pétrifiées dans l'immobilité. Les princes, la noblesse, les affranchis et les paysans restent entre eux dans les anciens rapports ; ils ne s'unissent jamais par les liens du sang. La destinée semble les avoir conservés comme un Herculanum politique, souvenir de l'état gothique de la société.

De l'autre côté du Caucase, aux bords de la mer Cas-

pienne, les plus anciennes et les plus belliqueuses peuplades des Lechs^ telles que les Awares, les Téhariens^ les Didiens, les Âkoucziens, etc., coupées de la mer Noire après la chute du royaume des Lazes, achevèrent de retomber dans la barbarie et se fusionnèrent avec les peuplades turques et mongoles; mais elles n'ont cessé d'être indépendantes et vivent de brigandages. Les étrangers du nord les appellent Lesghiniens, ceux de l'ouest Lugen et Leschen,les Arméniens et les Géorgiens Leks etLechs; quant à eux-mêmes^ ils n'ont pas de nom national général, car ils ne forment pas une nation. Chaque tribu prend un nom diiférent; cependant ils dbnnent jusqu'à présent aux guerriers le titre de Lechs^ Leks.

Quittons maintenant le Caucase, et suivons cette horde qui en est sortie et qui se porte vers la Slavie.

Les guerriers^ ou Lachta Obrzymska, Lazes et Leks, passèrent le Danube, occupèrent tout le pays d'au-delà des Garpathes, et s'enfoncèrent dans la Pannonie.

Les Slaves ressentirent plus douloureusement que jamais ce nouveau coup politique. Ils commençaient précisément à respirer plus librement depuis la retraite de leurs maîtres étrangers; ils ne faisaient, sur les bords du Danube qu'essayer leurs forces, et s'ils n'agissaient pas encore de leur propre impulsion, du moins ils résistaient à Faction étrangère; or voici que tout à coup il leur tombait sur les épaules un nouvel hôte, plus lourd que les anciens. Les Goths et les Huns, semblables à des régiments en garnison, dépouillaient les Slaves et dévoraient leurs biens; mais les Awares, comme plus tard les Européens en Amérique et chL^iY^^ ^^^gtfe^n

changeaient les indigènes eux-mêines en esclaves, en l^êtes de somme. Ils attelaient hommes et femmçs aux voitures et, les poussant à coups de fouet, parpouraieut ainsi les horodyszcze. Par leur taille, leur courage et leur cruauté, ils effrayèrent tellement les Slaves q^e le nom d'Aware, d'Obre,et d'Obrzym, géai^t fabuleux, est resté jusqu'à présent dans la langue coBDtme un vestige de l'ancienne épouvante de$ tribus slaves. Les Goths et les Huns ruinaient le pays sur leur passage; les Awares s'y implantèrent : car il devenait de plus eu plus difficile aux hordes de parcourir l'Europe; déjà les Awares se rencontrèrent en Bavière avec les Gerxaains, peuple vaillant, sédentaire, chrétien et constitué en État. Après des combats opiniâtres, ne pouvant triompher des Germains, ils furent se retirer vers la Panuonie, et Ift rivière Lech, en Bavière, semble marquer le terme extrême de leurs excursions.

Une partie de 1é^ Lachta de la trib\i des Leohs et Lazes rebrousse vers les Carpathes, eu remontant les rivières Wag et Arwa. On retrouve partout leurs traces dans les noms des localités. Depuis la ville d'Owar, les villages de Delach et de Nedlesz sur le Wag, uous trouvons plus loin, au bord de TArwa, Lesliu, Legota, puis une seconde et une troisième Legota, et sur le Wag Likawa, une seconde Likawa, Liskowa. Non loin des sources du Wag, jaillit le Poprad, qui court des Carpathes vers le nord. Sur la droite du Poprad est situé le village de Lengwart, la ville de Lentschau ; plus loio, près du ruisseau Torisz, Laczno ; çn su^yant le cours de l'eau on trouve, tout près du Poprad, Leszno et

Uj-Les2ho; plus bas, à gauche, Landock, Lachnica ; à âfiôitë, LesiiBzina, Legnawa, Leluchow. C'est à un poiut ccdmiiiaiit des Caî'pathes, dans les environs du Krenpak (où fut plus tatd le comté de Zips), qu'une ancienne tradition rapporte que les Lechs trouvèrent un nid d'aigles, foiseau national au Caucase ; tirant de ce fait un heureux àdguîe, ils fondèrent en cet endroit une ville qui fdt leut siège principal, Gniazdo (aujourd'hui Kniesen); puis ils s'étendirent sur les deux versants du Krenpak. C*est le long du Poprad que l'on trouve le plus de leurs traces : stir la rive gauche Szhchtowa^ Oblazy, plus bas iûzjr, puis de nouveau iazy, auxquels répondent Lazy, sûr le Danube, et plus loin fMzUy dans les environs de Nowy-Targ. Toutes les localités qui viennent d'être dénoMmées se trouvent dans un circuit de dix milles autour de l'ancien Gnesen. Plus loin, à gauche, dans le comté de Zywiec, près de la rivière Sala, il y a Ladziele; sur la route qui mène de là à la rivière Skava, on trouve Lekawica et Lachowice, entre Kalwarya et Cracovie, la vallée de Lencze, et plus loin le village de Lencze. En se dirigeant à droite vers la Wisloka, nous trouvons sur ses deux rives Lazy, et un peu plus haut Lazany; puis, sur le Wislok, Ladzin^ et dans les environs Szlachcenie. Enfin, en allant des sources du San à l'endroit où la rivière Hoczewka tombe dans le San, on voit la ville de Lisko, plus loin le village Osada-Liska, et derrière^ à peu de distance» Liszna. A partir de Przemysl, où le San fait un détour, si nous tirons une ligne par Mosciska jusqu^à Grudek, nous rencontrons Laczki, Laczkowa Wola, Laszkij et, sur la route de Mosciska à Santok,

Laszki Zawionzane. En revenant à Przemysl et desceudant le San, nous avons sur la rivière Wisznia Lazy^ et, tout auprès du lac Moszczan, Laszki; plus bas, près de Sieniawa, Lezakow, et enfin sur la rive gauche du San Zezay^A;. (Sur le San encore, près de Sanok et delisznay il y a trois villages nommés Leszczawa, et un autre qui s'appelle Leszczawka Lachowa). Je n'énumère pas les nombreux endroits de ce pays appelés Lety, Letownie Ludiez, Luzy, Luchy, Zaluzy, etc., qui, bien qu'évidemnient ils ne soient pas slaves, n'ont pas cependant une étymologie léchite çianifeste. (Il est à remarquer qu'entre Wieliczka et Dobrzyce on trouve Lazawy et Wola Podlazanska). Ainsi donc du Krenpack, de l'ancien Gnesen, les Lechs descendaient dans les vallées le long des bords du Poprad, des deux Dunajec, du Wislok et delà Wisloka,du San et de la Sala, jusqu'à la Vistule et au-delà de la Vistule; et à droite et à gauche, ils s'élançaient vers les montagnes de la Silésie et vers le Bug. On trouve aussi en Silésie Lazy, sur la route de Bielica, et au-delà d'Oswiecim, entre les lacs, Lenzyw, puis audelà du San, aux environs de Tyszowce, la ville de Laszczow et le village de Lachowce. Le nom même de Silésie n'est pas slave mais léchite.

Les Lachs trouvèrent la Slavie dans l'état où l'avaient laissée les Huns, c'est-à-dire éparpillée et divisée. Les tribus-frontières, séparées de la branche principale, tourmentées par les invasions des voisins, se donnèrent des noms d'animaux, suivant l'usage des peuples dégé* uérés et qui deviennent sauvages. Telle fut sur l'Oder la tribu des Loups (Wilzes), connus des Slaves pour leur

cruauté; les Terribles (Lutyces); aux bords de l'Elbe, la tribu des Souris (Misnie) ; et dans les forêts de la Polésie les Turs, ou taureaux sauvages. Le reste des tribus, dans la vallée de la Polésie et dans la plaine centrale, prirent des noms de montagnes, de rivières, de forêts, de champs, etc. Ainsi les habitants des montagnes {chreptes^ chrabotes) s'appelaient Cbrobates; les colonies des vallées (dolina), Doléniens; celles des forêts (drzewa), Drewlaniens; celles des endroits fourrés de broussailles (krzewina), Krywiczaniens. Il en résulte que, quand les localités étaient semblables, des noms semblables se trouvaient portés par des peuples très-éloignés Fun de Tautre.

D'abord les Lechs fondirent sur les Cbrobates dans les Carpathes et autour des Carpathes, ainsi que sur les Polaniens, habitants des champs entre la Yistule et le Bug. Il était facile de se rendre maître de ces pays. Les Lechs avaient déjà leur nid, leur capitale, foyer et siège de l'autorité ; ils avaient, suivant l'ancien usage caucasien, un seul chef (roi), qui donnait au pouvoir l'unité et dirigeait leurs mouvements ; enfin ils composaient une seule caste guerrière nombreuse, que l'on pouvait ébranler en masse et jeter sur tel point qu'il fallait. En outre, d'un aspect terrible, d'une taille énorme, à cheval, bien annés, ils mirent facilement en fuite un peuple divisé, à pied et demi-nu.

Histoire mythique des Slaves sous les Lechs.

Les traditions les plus reculées ont conservé le souvenir du roi Lech qui, venu soit de Colchide, soit d'IUyrie ou de Moravie, était, suivant les Bohèmes, le frère cadet de Czech, et qui fonda Gnesen, après avoir choisi l'aigle blanc pour emblème de la nation. Dans cette courte légende mythique, le peuple a renfermé la véritable histoire abrégée de l'ancienne patrie de Lech, de son séjour sur le Danube, de sa séparation d'avec les Bohèmes, de la fondation du premier Gnesen, qu'on a plus tard confondu à tort avec le second Gnesen de la Grande^ Pologne, et enfin du rapide essor d'aigle de ce peuple cavalier.

Il est habituel à tous les montagnards, chaque fois qu'ils trouvent un peuple sans défense dans les plaines, de fondre sur lui et de s'aventurer au loin dans leur course s'ils ne trouvent pas de résistance. Les Lechs s'emparèrent rapidement de toiit le triangle situé entre le San et la Vistule; ils passèrent la Vistule, et, laissant à leur droite les grandes forêts qui formaient la frontière de la Polésie, peu accessibles à la cavalerie, ils s'étendirent dans les plaines ouvertes de la Grande-Pologne.

Bientôt les fils des premiers conquérants, descendant avec le cours de la Vistule et de l'Oder, atteignirent

l'embouïîhnre de ces fleuves et aperçurent la irier Baltique. (Le fils de Lecli s'appelait Wizimierz, Widzimorz [qui voit la mer].) Après la conquête de ces fertiles contrées, les pluspuûsants d'entre les Lechs s'y transportent, et le siège de l'autoHté, la capitale descend des Carpathes vers la Vistule, vers Cracovie.

Mais au milieu d'un peuple étranger, nombreux, le royaume des Lechs ne pouvait ni s'asseoir tranquillement, ni rester stalionûaire. Les Lechs n'avaient sans doute paâ beaucoup defemiûes avec eui ; ils se marièrent donc avec des Slavonnes; les enfants, commençant par parler la langue de leurs mères, oubliaient l'idiome paternel. Ce rapprochement des deux races influait mutuellement sur les mœurs et sUr Fétat politique. Au-delà des Càrpathes, les Slaveâ, opprimés par les Awares, qui s'étaient établis en hordes nombreuses avec leurs femmes et enfants saiis s'allier aux indigènes, ont recours aux armes et né tardent guère à secouer le joug. En Chrobatie et dans le pays des Polaniens, resi»rit slave réagit plus lentement. L'ancienne coutume de l'égalité patriarcale, avec les coiùïnunes indépendantes et les charges temporaires était opposé à l'organisation léchite : aussi les Slaves s'efforçaient-ils de revenir à la leur. Cependant dans les villes de Cracovie, de Cracoviec, et les autres Cracovies des deux côtés des Càrpathes, les Allemands établis de longue date étendent leur industrie et acquièrent dé rinfiuettce. Sous les successeurs de Lech, il se produit un grand désordre, les tupanies ressuscitent de nouveau, les villes maintiennent leur îudépetidance ; et la nationalité slave, placée entre la double action des AUeiîi^ds ^1

des Lechs, se détériore et même se perd sur les bords de la Vistule. Ces temps de troubles sont exprimés par la légende mythique des douze palatins et des règnes de Krakus, de Wanda ; enfin la race des cavaliers lechs l'emporte de nouveau (jeux de course des Leszeks) et prend autorité sur les villes et les communes. Cependant les Lechs se mêlent de plus en plus aux Slaves, ils diminuent aux yeux du peuple (Leszeks), et enfin, devenus à moitié Polaniens (Popiels), incorporés dans la race soumise, ils perdent le caractère de horde étrangère, de caste séparée, ils dégénèrent et disparaissent (Popiel mangé par les souris).Dans la légende des partages entre les fils de l'un des Leszeks, on retrouve le souvenir des possessions léchites de cette époque, qui comprenaient les pays des bords de TElbe et du Hawel, la Poméranie, les Cassubiens, la Serbie saxonne, la Lusace, les pays de Brandebourg, de Magdebourg et de Wismar.

Les Lechs cessèrent d'être une horde à part, mais leur sang caucasien resta dans la Slavie ; leurs mœurs guerrières s'introduisirent, et leur idée politique s'implanta sur les bords de la Vistule. Les Slaves ne pouvaient plus revenir à la vie patriarcale, ils avaient senti le besoin de l'unité, de l'autorité d'un foyer central; maintenant qu'ils se sont assimilé cette idée léchite, ils veulent produire d'eux-mêmes un nouvel état de choses et le développer. Ils ont besoin d'une existence politique, d'un roi qui les gouverne avec l'autorité léchite, mais qui soit slave. Leur nouvelle royauté doit porter le caractère d'une vie domestique, simple^ agricole, des spins du ménage» de l'hospitalité et de l'égalité patriarcale et

familiale. Ces vœux de la nation, cette divination instinctive de l'avenir, inspiration tirée du ciel, le peuple la raconta comme un événement singulier, merveilleux. Suivant les anciennes traditions, le ciel exauça les Slaves, il envoya des anges qui leur désignèrent le roi désiié ; et ce roi Piast, agriculteur, charron, qui donnait Thospitalité aux anges devant lesquels étaient restées fermées les portes de Popiel, l'orgueilleux descendant de Lech; ce Piast qui traitait avec de Thydromel le peuple assemblé pour délibérer, et qui fut appelé au trône par des voix unanimes, ce Piast renferme en abrégé dans sa personne et dans ses actes toute l'histoire de ces rois honnêtes, généreux et populaires, jusqu'au dernier Piast élu de famille polonaise.

Il est digne de remarque que, dans l'histoire romaine, après l'union des deux races romaine et sabine, un roi, issu du peuple conquis, devint conciliateur et législateur, et revêt un caractère mythique qui a beaucoup d'analogie avec celui de Piast.

Le successeur de Piast, Ziemowid, gouverna en ayant en vue toutes les parties du royaume ; puis Ziemomysl distribua l'armée en régiments. Il ne se porte plus au combat comme avec une horde ni une caste : les rois des hordes hunniques, gothiques et léchites partageaient leurs peuples par tribus et non par régiments.

Ainsi donc, le nouvel État est né, et déjà il se développe. La Slavie constitue sa masse, la Léchie sa force organique. Mais cet État, cette nouvelle personne politique, doit avoir, comme chaque individu véritablement historique, sa mission, son but d'existence, qu'il lui faut

pressentir ou prévoir afin d'agir raisonnablemeot. Le petit-fils de Piast naît encore aveugle, et représente la teudance d'alors de TÈtat. Au moment où cm lui coupait les cheveux et où il allait devenir païen, il pénètre et devine miraculeusement sa destinée. Il reçoit le baptême. Assemblés autour de lui^ les chevaliers, en écoutant la parole de Dieu, eurent la même vision de Tavenir, et involontairement ils tirèrent leurs sabres au-dessus du livre des Évangiles; ce geste-là sera visible dans tous les mouvements futurs de leur État, depuis le premier Mieczyslas jusqu'au dernier roi célèbre par le glaive, Jean III. Dans ce moment ia Léchie avait pressenti que ses armées t)olonisi^s s'appelleraient un jour Wiara (la Foi).

•Et la Providence avait longtemps préparé les Lechs pour cette nouvelle mission. Tant que l'arche des vérités et de la civilisation reposa en Orient et que des orages grondnient dans les steppes du Volga et du Don, il^ était nécessaire qull y eût au Caucase un peuple belliqueux, indépendant et aimant avant tout la liberté. Il empêcha les Scythes, qui subjuguaient facilement TAâie, de s'établir en Orient, car il coupait sans cesse leurs communications avec la horde principale et ses camps, il détourna sur l'Europe barbare les Huns et les hordes de leurs alliés. Mais quand la capitale de la foi et des lumières se trouva transportée en Occident, quand l'orage qui menaçait l'humanité ne s'amassa plus sur les steppes d'au-delà du Caucase , mais dans le lointain Orient, quand cet orage s'apprêta à fondre de divers côtés sur l'Europe par les steppes et par la Grèce, alors il fallut pour la civilisation un rempart plus large que

le Caucase, il &llut un camp dans toute la largeur de l'Europe, d'une mer à l'autre^ il fallut des défenseurs plus nombreux qu'une horde caucasienne, et les Lechs, anciens portiers des deux parties du monde^ abandonnent des portes devenues inutiles, et se fixent en Slavie; là, unis avec une génération nouvelle et nombreuse, ils tirent le glaive à la fois contre l'Orient et le Nord, contre tous les ennemis de la Croix et de l'Église universelle.

Cependant, ceux des Slaves, qui habitaient a l'est et an nord, dans des lieux d'où les Huns s*étaient retirés, et où les Âwares n*avaient pas pénétré, conservèrent leur repos et leur liberté. Les communes du littoral de la Baltique, situées sur la lisière du plateau qui se déploie entre les sources des grands fleuves de la Dzwina, du Dniepr et du Volga, avaient moins souffert de l'invasion étrangère; elles s'enrichirent par le commerce, s'accrurentet sechangèrent en villes. Sur les bords de l'Ilmen s'éleva Nowgorod-la-Grande, et elle subsista, durant un long temps, comme un Herculemum slave, comme un souvenir de la vie sociale des Slaves à son plus haut degré d'épanouissement. Polock et Smolensk devinrent également des villes. Ces villes, régies par un gouvernement communal, repoussaient leurs voisins de race étrangère, les Finnois et les peuplades d'au-delà des lacs, et elles étendaient leur protection sur ceux de leurs compatriotes qui étaient proches. Aucune d'elles ne parvint à élaborer une idée politique, à s'annexer les autres tribus, aucune n'arrivait à être capitale; et la Slavie, menacée au nord par les Scandinaves, troublée

à rintéricur par le mélange des Finnois, tourmentée au sud et à l'est par les restes des hordes nomades hunniques et caucasiennes^ sentit le besoin de s'unir et l'impossibilité d'accomplir cette union par ses propres forces. Les anciennes traditions assurent que le peuple slave appela lui-même un nouveau maître^ un hôte (Gostomysl) étranger, et le chercha outre-mer.

Après la chute des Huns^ plus d'une fois déjà les Scandinaves s'étaient montrés au milieu des Slaves. Autrefois on les avait appelés Goths; à cette époque, au nord, les nations les appelaient Warègues, et parmi les Warègues la peuplade des Russes était la plus proche des Slaves. L'état politique et les mœurs des Warègues étaient entièrement les mêmes que chez les Gotbs; seulement ils possédaient à un plus haut degré encore l'esprit d'aventure et d'entreprise. Les chefs des tribus particulières considèrent la guerre conune l'imique but de leur vie; ils regardent comme le plus grand honneur le titre de roi de -la mer, et^ montés dans des barques peu npmbreuses, ils régnent sur les flots. Leur religion altérée ne promet le séjour du paradis qu'à ceux qui tomberont sur le champ de bataille, et elle enflamme sans cesse leur esprit guerrier. La poésie déifie les guerriers qu: ont succombé , et remplit d'enthousiasme les vivante qu'elle entretient toujours dans un état de surexcitation Aussi arrivait-il fréquemment qu'un Warègue , sais d'une véritable frénésie de combat, d'une sorte de mala die, s'élançait armé contre tout ce qui l'entourait. Gett( peuplade, ainsi élevée pour une guerre perpétuelle, e

dans le mépris de toute autre occupation et travail, était naturellement née pour commander.

Appelé par les Slaves, Ruryk, avec ses frères et un petit nombre de Russes, pénètre sur le territoire slave. Il n'arrive pas pour fonder quelque colonie détachée ou pour conquérir une ville, mais il consent à protéger les communes qui se soumettent à lui, et il promet de les défendre. livré à des incursions et guerres continuelles, il devient bientôt aisément le souverain de vastes territoires. Si les Lechs à cheval s'étaient répandus par les montagnes et les plaines et avaient évité les forêts et les marais, au contraire les Warègues piétons, venus d'outre-mer dans leurs barques, aiment à se lancer sur les eaux. Us descendent avec le cours de la Dzwina vers les pays d'au-delà des lacs; c^ suivant le cours du Dniepr, ils atteignent le Prypec, puis occupent les vallées de la Polésie; enfin, se portant avec le Dniepr inférieur vers la mer Noire, ils se heurtèrent contre TEmpire grec d'Orient.

L'État russe commence à grandir rapidement dans le nord, les Warègues lui servent de lien politique. Le chef des Warègues adopte la religion chrétienne d'Orient, il baptise son peuple et les Slaves, il les fond ensemble, et il se fait le dominateur d'un empire dont la matière est slave, la force organique warègue, et dont l'esprit sera byzantin.

Depuis lors la Slavie, qui a reçu deux éléments étrangers, se partage en deux États : l'un Czecho-Léchite, l'autre Russe; ces deux États en croissant se séparent de plus en plus et finissent par entrer en lutte. Toutefois

le souvenir de rancienne unité, de l'ancienne fraternité resta dans la Slavie, et le peuple savait que Rus était le frère cadet de Czech et de Lech.

La Slavie d'au-delà des Carpalhes, située sur la route par laquelle tant de nations débordaient du Dniepr sur rOccident, était plus malheureuse que laLéchie et que la Russie. Nous avons vu comment les Awares Tarcablaient et comment enfin la race opprimée prit les armes. Mais là encore les Slaves ne purent aboutir à rien par leurs propres forces. Il leur fallait une tète et un bras étrangers. Une ancienne tradi lion rapporte qu'un certain Sa mo, d'origine frauque, se mit à la tète des insurgés et trouva sa principale force non dans les Slaves, mais dans les enfants awares qui, poussés à la révolte par leurs mères slaves, combattirent contre leurs père^, coiume les mulâtres contre les blancs. Avec la mort de Satno touiba son empire. Délivrés des Awares, les Slaves commencèrent à soufirir de l'invasion des Allemands et des Francs. Charlemagne avait reculé au loin les limites de l'empire des Francs, et, après avoir défait les Awares, il avait pénétré jusqu'à la Pannonie et jusqu'à la Vistule. Ses successeurs s'efforcèrent de conserver ces conquêtes. Parmi les Slaves d'au-delà des Carpathes, une portion du royaume de Samo forma l'État Morave dont les princes de sang mêlé awaro-slave s'étendirent sur le Danube et repoussèrent les Allemands avec l'aide des Czechs et des Lechs. Le plus puissant des princes morales, Swiatoplug, reçut la foi chr»Hienne et s'efforça de Timplanter dans j^es États et chez ses voisins. La force des armes et la su|>ériorité des lumières donnaient à Swiatoplug la primauté,

une sotte de suzeraineté sur les princes czechs et lechs des deux versants des Carpothes jusqu'à la Yistule. La puissance morave fat éphémère. Gomme jadis le Gotib Berebistas, et comme le Dace Décébale^ ainsi le Morave Swiatoplug ne put asseoir une autorité durable ni fonder un empire. Bientôt ses possessions furent morcelées, lorsque Ik Slavie transcarpatfaienne eut été accablée d'un cMé par les Magyars, de l'autre par lés Aile* mands.

Ces troubles cowespondent à l'époqtie de l'histoire mythique dés Lechs et des Czechs. Ces deux peuplades sœurs ne s^étaient pas aicore scindées en deux personnalités distinctes. Les Czechs avaient établi leur siège principal à Prague, et ils avaient aussi de l'autrô côté des Carpathes des colonies enclavées dans la Léchie proprement dite. Les Lechs^ qui régnaient à Gnesen près des Carpatbes et plus tard à Cracovie^ avaient également des colonies en Bohême; leur souvenir s'y perpétua dans une célèbre famille, qui forma d'abord un duché séparé, puis resta toujours en opposition avec la race bohème, la famille des Wrzszowic.

Les noms de Lechs et de Czechs se confondaient même des deux côtés des Carpathes. Dans le Caucase et dans la Chrobalie, Lech signifiait encore un guerrier, soit tchèque, soit léchite. Peu à peu le nom de Czech se nationalise à Prague, et celui de Lech sur la Vistule. Le pays situé au milieu, habité par les deux races, ne se lie d*abord intimement ni avec l'une ni avec l'autre.

Cependant en Bohême, après différents troubles intérieurs, un Slave pur (un Piast), Przemyslas, épouse une

Bohême et fonde un empire. Ses successeurs acceptent la religion chrétienne. L'Église métropolitaine, établie à Prague, envoie des apôtres, et par conséquent elle propage son influence spirituelle au-delà des Garpathes jusque vers la Yistule et commence à attirer et lier à la Bohême les populations de ces contrées.

Tel était l'état des choses quand, sous les fils de Piast^ les Lechs, poussant leurs conquêtes bien loin au-delà de la Vistule, vers la mer Baltique et vers TElbe, concentrèrent de ces côtés leurs forces principales. Au milieu de ces vastes pays, ils se créent un nouveau nid, un nouveau Gnesen sur les bords du lac Goplo, et c'est là que leur premier prince chrétien^ Mieczyslas, fonde la capitale politique de la Léchie.

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