NÉRON (G-4-67). — PREMIÈRE PERSÉCUTION
Les chrétiens n'avaient eu à souffrir jusqu'alors que de la part des Juifs et des païens. Ils avaient à peine éveillé l'aiten-
Fête donn.'e par Néron dans les jardins du Vatican.
tion du peuple souverain. Les actes du procès de Jésus, envoyés à Rome par Pilate, avaient passé inaperçus au milieu des débauches de Caprée. Toutefois Claude , à son insu sans doute, avait touché l'Église naissante en expulsant de Rome les Juifs, « lesquels, dit Suétone, excitaient constamment des troubles, à l'instigation de Chrestus. »
Il était réservé à Néron de donner le signal des persécu-
lions et de faire, le premier, couler ce sang qui devait être a la semence des chrétiens ».
Néron, en qui se résumaient Tibère, Caligula et Claude, semblait avoir à cœur de surpasser ses prédécesseurs en folie sauvage et cruelle.
Il trouvait la vieille Rome indigne de lui. Ses rues étroites el tortueuses, ses édifices délabrés par le temps déplaisaient au César artiste. Il rêvait l'embrasement d'une nouvelle Ilion, des cendres de laquelle sortirait une cité de marbre. Le 29 juillet «le l'an 817 de sa fondation (64 de notre ère), Rome se réveilla dans les flammes. L'incendie dura neuf jours. Le peuple n'hésita pas à voir la main de Néron dans cette épouvantable catastrophe. Il L'appela incendiaire. Néron, pour se justifier, rejeta le crime sur les chrétiens.
Les supplices commencèrent; supplices inouïs, comme Néron seul pouvait en inventer. Revêtus de peaux de bêtes, les m nt y rs étaient dévorés par des chiens dans les jeux du cirque. D'autres étaient attachés en croix ou jetés dans les flammes des bûchers. A la tombée de la nuit, la foule se précipitait dans les jardins impériaux, où l'attendait un autre Bpectacle. Le prince, en habit de cocher, poussait son char à travers les allées qu'illuminaient des flambeaux étranges d'où s'échappaient des gémissements et d'où le sang coulait. C'étaient les chrétiens qui brûlaient, enveloppés dans des tuniques imprégnées de poix, servant ainsi de flambeaux humains aux fêtes nocturnes que César donnait au peuple.
Ln persécution s'étendit aux provinces. L'Espagne, évangépar Paul, eut ses martyrs, et des monuments incontestables [trouvent que, là comme ailleurs, Néron s'efforça, mais en vain, de noyer dans le sang la « superstition nouvelle ».
Les deux plus illustres victimes des édita impériaux furent, à Rome, saint Pierre el saint Paul.
int Pierre fut crucilié comme son maître, mais la tête en
bas, sur le mont Janicule, le 29 juin de l'an 67, et enterré le long de la voie Aurélia, près du temple d'Apollon, à l'endroit où l'on admire aujourd'hui le palais du Vatican et l'églide Saint- Pierre, la cathédrale du monde.
Martyre de saint Pierre. (D'après Michelangiolo.
Saint Paul, comme citoyen romain, eut la tête tranchée auprès des Eaux Sal viennes, sur le chemin d'Ostie, et fut enseveli en ce lieu même, non loin de la basilique appelée Saint-Paul-hors-des-Murs.
Lin, dont il est question dans les épitres de saint Paul, et qui avait été le coadjuteur de saint Pierre, devint le chef de l'Église.
LES CATAC.om
Au milieu des souffrances el des luttes auxquelles ils se voyaient désormais condamnés, les chrétiens éprouvaient le ni de trouver an asile où ils pussent, avec quelque sécurité, prier en commun, pleurer, s'affermir dans la foi, et rendre aux héroïques victimes de la tyrannie impériale les pieux hommages qui leur étaienl dus.
Rome avait puisé les matériaux dont elle avait construit ses demeures, » - temples et ses palais dans les entrailles mêmes du sol sur lequel elle reposait Le travail des siècles avait creusé là d'immenses galeries aux détoors nombreux, parfois à plusieurs è Cesl dans ces retraites pleines d'ombi
de silence que les chrétiens, conduits peut- Mn par quelques mineurs convertis, se réunirent dès les premiers temps des ■ ■ utions.
C'est là qu'ils enterraient leurs m<uts. dans des niches pratiquée le long îles galeries, el qu'ils muraient ensuite, en y renfermant aussi les instruments de leur supplice, une fiole de leur Bang, !<■> insignes de leur dignité, des couronnes pour tombeaux, sur lesquels ils inscrivaient parfois le nom du défunt, étaient ornés de Bymboles sculptés, représentant des palmes, des cœurs, des triangles, des vignes, des "il-, des croix, et particulièrement le monogramme du Chn>t.
li nuit t bée, les fidèles se dirigeaient, par des voies
détournées, vei isiles mystérieux auxquels ils avaient
donné' le nom poétique de « cimetft '-à-dire dort
l i Rom< luterrame .-'illuminait. L'évoque et l'ancien des prérn entendre la parole de vie, expliquant les
Baintes Ecritures, louant Dieu, encourageant les faibles el lorieux des martyrs de la veille ou du joui-.
Humbles et puissants, pauvres et riches, tous s'asseyaient à la même table. Le calice du sang divin circulait dans l'assemblée ; et, après ces agapes fraternelles, que terminaient les prières et les chants sacrés, après la distribution des aumônes destinées à venir en aide aux orphelins, aux naufragés, aux exilés, aux condamnés, les fidèles, avant l'aube, rentraient dans Rome, consolés, éclairés, fortifiés, prêts à subir toutes les épreuves que le Seigneur pouvait leur envoyer.
Et c'est ainsi que les catacombes furent en quelque sorte le second berceau du christianisme.