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DISPERSION DES JUIFS

Le Christ avait dit en s'adressant à Jérusalem : « Tes ennemis t'environneront d'une muraille, et ils te serreront de toutes parts. » La prophétie se réalisait. La division qui régnait dans la ville entre les chefs, les soldats et les habitants, avait permis à Titus de pousser rapidement ses travaux de siège. Bientôt Jérusalem fut entourée d'un fossé de circonvallation. Les machines battaient les murs. En quinze jours, les Romains se rendirent maîtres de la première enceinte (Béjétha). Neuf jours après, ils étaient dans la seconde (Cusa).

Titus envoyait de nouveaux messages aux Juifs :

« Sauvez la ville sainte; sauvez-vous vous-mêmes; sauvez le temple, la merveille de l'univers. »

Les Juifs persistaient dans la résistance.

Un paysan inspiré, et dont il faut remarquer le nom, Jésus, fils d'Ananus, parcourait les rues en criant :

« Malheur à Jérusalem! malheur au temple! malheur à tout le peuple! »

Le peuple le considérait comme un insensé. Enfin il s'écria :

t Malheur à moi-même! »

Et au même instant il tomba frappé d'un coup de pierre, lancée par une machine.

Le 17 juillet de l'an 70, le vingt-quatrième jour du siège, Jérusalem tomba au pouvoir des Romains. Toutefois, restaient encore à conquérir le Temple, que défendait Jean de Giscala, la tour Antonia et la citadelle de Sion, où s'était retiré Simon de Gorias. Titus, après avoir dressé toutes ses machines contre les trois derniers remparts de la nationalité juive, envoya Josèphe parlementer avec les assiégés. Josèphe fut reçu à coups de pierres et de traits.

La lutte suprême devint épouvantable. C'était une guerre de bêtes fauves. Chaque nuit, des habitants s'échappaient. fuyant la famine. Titus permit d'abord à ces malheureux de traverser les lignes romaines; mais quand il vit que ces ménagements étaient sans résultat, il les fit crucifier; d'autres lurent renvoyés dans la place avec les mains coupées.

Maître enfin de la tour Antonia, Titus avança ses travaux, vint jusqu'au Temple et pénétra bientôt dans les deux galeries extérieures. Cest à ce moment que se place le fait horrible raconté par Josèphe : une femme égorgea son enfant et le nian

Titus avait hâte d'en unir. Les murailles du Temple ré tant au bélier et à la sape, il lit mettre* le feu aux portes, et l'incendie dura un jour et une nuit Titus, qui voulait conserver au moins un monument de sa victoire, donna l'ordre d'éteindre les flammes qui allaient attaquer le Saint des saints. Mais un soldat, instrument aveugle d'uni1 volonté supérieure, se tait hisser pai ■inarades jusqu'à l'une des fenêtres d'or

du sanctuaire, el y jette un tison ardent. Le feu éclate de toutes parts; fou-; de rage et ne songeant plus qu'à mourir, les Juifs se précipitent à travers les flammes sur les épées des Romains qui let repoussenl dans le Temple incendié.

Ainsi fut réduit en cendres le second Temple de Jérusalem,

le 10 août de l'an 70. Six cent cinquante-cinq ans auparavant (585 avant Jésus -Christ), jour pour jour, le premier Temple avait été brûlé par Nabuzardan, général de Nabuchodonosor II.

Le vainqueur, après avoir détruit la ville basse, pénètre sur les hauteurs fortifiées qui se défendaient encore, massacre tout ce qui se rencontre, et met le feu aux maisons. Le 8 septembre, la ruine de Jérusalem était consommée.

Plus d'un million trois cent mille Juifs périrent, soit pendant la guerre, soit pendant le siège. Quatre-vingt-dix-sept mille prisonniers, sur lesquels onze mille moururent de faim, volontairement ou par la cruauté des geôliers, allèrent à Rome servir d'ornement au triomphe de Titus et de Vespasien, s'entr'égorger dans les jeux du cirque ou aider à la construction du Colisée. Tout ce qui échappa au glaive du vainqueur se dispersa dans l'univers entier.

« Témoins vivants de la Parole vivante, les Juifs, dit Chateaubriand, subsistèrent, miracle perpétuel, au milieu des nations. Étrangers partout, esclaves dans leur propre pays, ils virent tomber ce Temple dont il ne reste pas pierre sur pierre. Une partie de leur population enchaînée vint élever à Rome cet autre monument où devaient mourir les chrétiens. Le ciseau sculpta, sur an arc de triomphe, qu'on admire encore, les ornements qui brillaient aux pompes de Salomon... L'orgueil d'un prince romain et le talent d'un artiste grec ne se doutaient guère qu'ils fournissaient une preuve de plus de la grandeur de la nation vaincue et de ses mystérieuses destinées. Tout devait servir, gloire et ruine, à rendre éternelle la mémoire du peuple que Moïse forma et qui vit naître Jésus- Christ. »

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