QUATRIEME PERSECUTION
lis Trajan, Adrien (Publius /Elius HadriaDUs) n'avait été" que soldat courageux el général habile. Dès qu'il fut sur le trône, il oublia la guerre pour cultiver les arts de la paix. Il se lit artiste, peupla de statues Rome et le monde romain, bâtit uu rebâtit des villes, entre autres Jérusalem, à laquelle il donna le nom d'^Elia Capitolina, étudia la médecine el l'astrologie, la grammaire et les mathématiques, la musique i ! les sciences occultes. Sa mémoire était prodigieuse. Il lui suffisait d'avoir lu un livre pour le savoir par cœur. Il dictait, comme César, plusieurs lettres à la t'ois, et connaissait par li ar8 noms tous ceux qui avaient servi sous lui. Il s'entourait île sophistes, se plaisant aux querelles de l'école et toléranl toutes l< sct< d embrasser aucune. Historien, poète,
orateur, il écrivit el publia sous le nom de ses affranchis les ■ e composa des vers licencieux el lutta avec éloquente rhéteurs de son temps. Malheur toutefois à
qui osait lui disputer la palme! L'exil ou la mort frappait inévitablement l'imprudent adversaire. Il professait du reste un grand dédain pour Homère, dont il voulut même détruire les poèmes, pour Virgile, pour Cicéron, pour Salluste, auxquels il préférait Ennius, Caton et Cœlius. Enfin, comme sa femme, Sabine, petite-nièce de Trajan, avait le caractère morose, et qu'elle lui déplaisait, il l'empoisonna. Mais il fit rendre les honneurs divins à son favori Antinous, qui, au milieu d'opérations magiques, avait consenti à sacrifier son existence pour prolonger celle de son maître. Des temples lui furent élevés, et sur les bords du Nil, où son sang avait coulé, une ville fut bâtie, qui reçut le nom d'Antinopolis.
Il est facile de comprendre quels sentiments ces indignités devaient faire naître dans le cœur des chrétiens. Adrien, qui ne pouvait ignorer leur manière de penser à son égard, n'étendit pas jusqu'à eux la tolérance dont il couvrait les diverses sectes de l'empire; il renouvela les édits de proscription et permit de tuer ceux qui offensaient ses dieux.
Il se produisit alors un fait nouveau et qu'il importe de constater. Les chrétiens étaient devenus un peuple, et ils sentaient la puissance que donne le nombre. Pour la première fois, ils se défendirent, non par la violence et la révolte, mais par le raisonnement et la discussion. Sans refuser leur vie aux bourreaux, ils protestèrent devant les juges et essayèrent, non pas de les attendrir, mais de les éclairer, en proclamant, en justifiant leur innocence, et en prouvant l'iniquité des rigueurs qui les frappaient.
Adrien, dans ses courses continuelles à travers les provinces de son empire, s'était arrêté à Athènes, pendant l'hiver de l'année 125. Dévoré de cette insatiable curiosité qui voulait soulever tous les voiles, il se fit initier aux mystères d'Eleusis. C'est à ce moment que l'évêque d'Athènes, Quadratus, et l'un des plus savants chrétiens de la ville, Aristide, lui présentèrent
68 LES PREMIERS SIÈCLES DU Cil [USTI ANISME
une apologie de la religion persécutée. Ebranlé par ces plaira éloquents, Adrien adressa au proconsul d'Asie, Minutius Fondatus, le rescrit suivant qu'Eusèbe nous a conservé .
« Si quelqu'un accuse les chrétiens et prouve qu'ils agissent contre les lois, jugez-les selon la faute qu'ils auront commise; s'ils sont calomniés, punissez le calomniateur. »
Il parla même d'ouvrir un temple au Christ; mais les oracles l'en détournèrent en lui représentant que ce nouveau temple ferait déserter tous les autres. Quant au rescrit, ce n'était là, si l'on y réfléchit, qu'un bienfait illusoire. Est-ce que la loi ne défendait pas la pratique de la religion chrétienne, et ne suffisait-il pas dès lors de prouver que les Nazaréens étaient restés fidèles à l'observation de leur culte pour démontrer leur culpabilité? Il est certain toutefois que la persécution fut à cette époque, non pas suspendue, mais ralentie. Elle ne devait pas tarder à se réveiller plus ardente et plus implacable.
NOUVELLE GUERRE DE JUDÉE GARKOKIIKDA, CHEF DE L'INSURRECTION — JKKUSALEM,