LA PERSÉCUTION EN ASIE
1 en Asie que la persécution commença, et c'est à
Smyrne qu'elle i avec Le plus de violence. Le nombre
des victimes fut considérable, leur courage héroïque. Nous avons à ce sujet une lettre précieuse des fidèles de Smyrne aux églises de Pont; tableau émouvant qui redira à tous les siècles la fermeté incomparable des martyrs et la rage impuissante des bourreaux. Nous en reproduisons les principaux traits :
« Les martyrs on été tellement déchirés à coups de fouet, qu'on leur voyait les veines, les artères et même les entrailles. Au milieu de ces cruels tourments, ils demeuraient fermes et inébranlables,... ne jetant pas le moindre cri ni le moindre soupir. Ils voyaient sans pâlir leur sang couler par mille ouvertures, et regardaient d'un œil tranquille leurs entrailles palpitantes... Leur bouche, fermée à la plainte, ne s'ouvrait que pour bénir le Seigneur... On les étendait nus et sanglants sur des écailles et des pierres pointues; on s'efforçait, par mille autres sortes de tortures, d'abattre leur courage et de les faire renoncer à Jésus-Christ...
« Un jeune homme, nommé Germanicus, fortifiait ses frères par son exemple. Avant qu'on l'exposât aux bêtes, le proconsul, par un sentiment d'humanité, l'exhortait à avoir pitié de lui-même. Le saint martyr lui répondit qu'il aimait mieux perdre la vie mille fois que de la conserver au prix d'une trahison. Puis, s'avançant hardiment vers un lion qui venait à lui, et cherchant la mort dans les griffes et les dents meurtrières de l'animal, il se hâta d'y laisser la dépouille sanglante de son corps, et de sortir d'un monde où l'on ne respirait que l'impiété et le crime. »
A la vue de tant d'héroïsme, le peuple furieux fit retentir l'amphithéâtre de ces cris :
« A mort les impies ! à mort Polycarpe ! Polycarpe aux bêtes 1 »
MARTYRE DE SAINT l'OLYCAnPE (166)
Pol donl le peuple demandait la mort, était évoque
de Smyrne depuis soixante-dix ans. Les apôtres eux-mêmes l'avaient instruit de la religion chrétienne, et ce fut saint Jean l'Évangéliste qui le consacra premier pasteur de l'église de Smyrne. Malgré son grand âge, il était plein d'ardeur pour l.i gloire du Christ et de zèle pour son troupeau. Lorsque Ignace traversa la ville pour aller mourir dans le cirque de Rome, Polycarpe le reçut, baisa respectueusement ses fers, et ne se sépara du vieux confesseur de la foi qu'en enviant ion sort. Ignace, en témoignage d'affection, écrivit de Rome aux fidèles de Smyrne et à Polycarpe lui-même. Ces lettres, réunit par le pieux évoque et adressées par lui aux chrétiens le Phi lippes, en Macédoine, forment un recueil qu'il est impossible de lire sans être touché de pitié pour tant de souffrances, et d'admiration pour tant de cour
Les fidèles, tremblant pour la vie de leur pasteur, l'avaient contraint à chercher un refuge hors de la ville. Mais sa retraite ! it bientôt découverte, et'les archers qui l'avaient arrêté l'amenèrent devant le proconsul, au milieu des menaces et des malédictions de la foule. Le magistrat lui dit :
a Vieillard, épargne les jours qui te restent à vivre et Bacrifie à César; penses-tu donc pouvoir soutenir des tourments dont la vue seule épouvante la jeunesse.' Hate-toi, jure I ar la fortune des empereurs.
— Vous prenez une peine mutile, répondit Polycarpe; Durez qui je suis, et moi, je vous le déclare hardiment: us chrétien ! p peuple criait :
i Qu'on livre Polycarpe aux bêtes! c'est le père des impies! inemi de nus dieux I »
Mais comme le temps des jeux publics était passé, le proconsul condamna Polycarpe à être brûlé vif.
Quand le vieillard parut sur le bûcber, sa figure était radieuse; ses yeux s'élevaient au ciel, comme impatients de le conquérir. On l'entendit louer, bénir, glorifier Dieu de la grâce qui lui était accordée. C'était comme un chant de triomphe. Debout sur le bûcher, appuyé contre le poteau auquel il avait refusé de se laisser attacher, selon Tusage, avec des chaînes de fer, dominant la foule immense, dans laquelle il reconnaissait des frères qui pleuraient, Polycarpe, terminant sa prière, dit à haute voix :
« Amen! »
La flamme monta, enveloppa peu à peu le grand vieillard, et les cieux s'ouvrirent pour recevoir un martyr nouveau.
Les chrétiens de Smyrne, qui ont écrit la mort de Polycarpe, terminent ainsi leur relation :
« Nous retirâmes du feu ses ossements plus précieux que des pierreries, et nous les mîmes dans un lieu convenable, où nous espérons nous assembler tous les ans, pour célébrer avec joie la fête du saint martyr, afin que ceux qui viendront dans la suite soient excités à se préparer au combat. »