LA PERSÉCUTION DANS LES GAULES
Les impresssions favorables de Marc-Aurèle pour les chrétiens ne durèrent que trois années. Peu à peu, sous les calomnies incessantes des accusateurs acharnés qui remplissaient le palais, le sentiment de la tolérance s'effaça dans le cœur du prince, et la voix des philosophes qui le poussaient aux rigueurs parvint à étouffer celles des défenseurs du christianisme. Miltiade, Claudius Apollinaris, Athénagoras d'Athènes, tentèrent de vains efforts pour faire luire la vérité. Dix années auparavant (167), l'un de ces apologistes et le plus éloquent, Justin, avait dit à ceux qui accusaient les chrétiens de crimes monstrueux :
« Si ces crimes étaient vrais, ne nous en vanterions-nous
; tuer un homme, ne serait-ce pas célébrer les mysti
tturne? déshonorer des enfants, commettre les actes les plus infâmes, ne serait-ce pas imiter Jupiter?... Rougissez de reprocher à des hommes sans taches des actions qui sont propres à vous et à vos enfants. »
plère de Justin lui avait coûté la vie. Plus que jamais l'autorité de César fermait les yeux à la lumière et
[le à la vérité. Au nom de la religion nationale mena au nom de la sécurité de l'État compromise, la persécution tnmença. Elle sévit surtout à Rome, dans le Pont, la Phrygie, l'Egypte et les Gaul ss.
Parmi fous ces héros qui, sur les divers points de l'empire, renouvelèrent alors la passion de leur divin Maître, nous citerons seulement quelques noms, en nous renfermant dans le martyrologe gaulois.
A Lyon. Pothin, premier évêque de cette ville, ancien disciple de saint Polycarpe, fut conduit devant le gouverneur, qui lui demanda quel était Le Dieu des chrétiens. Le vieillard, — il avait quatre-vingt-dix ans, — lui répondit : ■ Si vous en êtes digne, vous le connaîtrez. » Accablé de cou]i- et traîné à demi mort dans un cachot, il y expira deux jours après. En môme temps que l'apôtre des Gaules, quarante-sept fidèles répandirenl leur sang pour la toi. Les annales sacrées noin onl conservé les noms de Sancdiacre; de Maturus, qui n'était encore que néophyte; du jeune Epagathe, qui, transport.' d'un saint zèle, vint défendre ■ os devanl le tribunal, où il n'obtint que sa propre lamnation; de Ponticus, enfant de quinze ans: d'Attale, que sa qualité de citoyen romain fui Impuissante à proti de Blandine, jeune esclave, qui, au milieu d'atroces supplices, alla demander sa liberté dans Le ciel : d'Épipode et d'Alexandre, jeunes patriciens qu'une étroite amitié avaH unis jusqu'alors, it qui u' voulurenl pas se séparer, môme devant Le bourreau.
Ce furent là les premiers martyrs des Gaules. Leurs restes mortels furent placés sous l'autel d'une église bâtie sous l'invocation des Apôtres et aujourd'hui consacrée à saint Nizier. Leur histoire, écrite en grec au nom des fidèles de Lyon, est attribuée à saint Irénée, successeur de saint Pothin : précieux monument des premiers siècles de l'Église, qu'Eusèbe nous a conservé dans son Histoire ecclésiastique.
.A Autun, Symphorien, jeune homme d'une famille distinguée, avait refusé de se prosterner devant la statue de Cybèle, dont le culte était en grand honneur dans cette ville. Héraclius, gouverneur de la province, le fit battre de verges, et, n'ayant pu vaincre sa résistance ni par les promesses ni par les tortures, il le condamna à mort. Comme on le conduisait au supplice, sa mère lui cria du haut des remparts :
« Mon fils, mon fils Symphorien, souvenez-vous du Dieu vivant et soyez courageux jusqu'à la fin. Ne craignez point la mort, elle vous conduira à la vie éternelle! »
Ingres, notre illustre artiste, a immortalisé sur la toile le martyre de saint Symphorien.