MONTAN
En 171, Éleuthère étant pape, et Marc-Aurèle empereur, le Phrygien Montan se mit à enseigner que Dieu, après avoir inutilement tenté de sauver le monde par Moïse, par les prophètes et par lui-même, était enfin descendu en lui, son serviteur Montan, l'avait illuminé de son esprit et choisi pour perfectionner la morale prêchée par le Christ. Il se faisait appeler le « Paraclet », c'est-à-dire le « Consolateur ». Plongé dans une ivresse extatique, il exposait ou plutôt imposait ses doctrines, semblable à la sibylle antique rendant ses oracles. Cette fantasmagorie fit la moitié de son succès; sa morale, sévère d'ailleurs comme ses habitudes, fit le reste. Il condam-
nait les secondes noces, qu'il qualifiait d'adultères, éloignait de lui les pécheurs endurcis, réprouvait tout plaisir, proscrivait toute recherche dans la parure, multipliait les jeûnes, instituait trois carêmes rigoureux, et défendait de fuir la persécution et le martyre. Les évoques, réunis en concile, ne tardèrent pas à déclarer que « le Saint-Esprit perfectionne <vu\ à qui il se communique, au lieu de les dégrader, et qu\ n faisant parler les prophètes, il ne leur ôte pas l'usage de la raison et des sens ».
Montan refusa de se soumettre; il continua ses prédications, - disciples envahirent la Phrygie. la Galatie, Constantinople et l'Afrique. C'est en Afrique qu'il lit sa plus célèbre et sa plus regrettable conquête. 11 séduisit TertuUien. Ce génie ardent, excessif, implacable aux faiblesses humaines, se laissa entraîner par des erreurs qui convenaient à sa nature. TertuUien a soutenu les doctrines de Montan dans son livre Je la Monogamie, dans Y Exhortation à la cliastetr, dans son traité Sur les jeûnes. Il finit par s'éloigner des Montanistes, mais, ni dans ses écrits ni dans ceux de ses contemporains, on ne trouve une seule trace de son repentir ou même d'un désir quelconque de se réconcilier avec l'Église. Il oublia que, dans son livre contre Marcion, il avait prononcé lui-même cette condamnation sans réplique de toutes les hérésies passées, présentes ou futures :
• Il est constant que ce qui est le plus ancien est le plus vrai; que ce qui est au commencement de l'Église esl ce qu'il y a de plus ancien: que ce qui esl au commencement de lise est ce qui a été enseigné par les apôtres. e1 qu'enfin ci' qui a été enseigné par les apôtres esl ce qui a été consacré dans les Eglises qu'ils onl fondées. »