LES APOLOGISTES
Les premiers et les meilleurs apologistes de la religion du Christ furent sans contredit, après les apôtres, ceux qui souffrirent la mort pour elle. Mais, à mesure que la vérité se propageait, de monstrueuses calomnies s'efforçaient de la dénaturer. Les païens ne se contentaient plus de verser le sang des martyrs, ils outrageaient leurs victimes en les représentant comme des hommes voués à toutes les turpitudes. Les écrivains et les doctes accueillent et consacrent de leur autorité ces indignes accusations. Juvénal applaudit dans ses Satyres aux supplices des fanatiques que Néron fait brûler dans ses jardins. Tacite, dans ses Annales, dit que les chrétiens formaient une secte infâme parmi celles qui infectaient Rome, « cloaque de toutes les immondices. » Lucien, dans l'un de ses Dialogues, Celse, dans son Discours véritable, font sur les chrétiens d'absurdes plaisanteries. C'était une nouvelle forme de la persécution et la plus odieuse. Les bourreaux, qui jusqu'alors avaient simplement emprisonné, brûlé, déchiré, égorgé leurs victimes, se mettaient à les flétrir ou à les ridiculiser avant de leur donner la mort. Les chrétiens commencèrent à protester. Nous avons déjà vu l'évêque Quadratus et le philosophe Aristide prendre la défense de leurs frères devant l'empereur Adrien. Méliton, évêque de Sardes, et Apollinaire, évêque de Gérapolis, adressèrent également des représentations à Marc-Aurèle. L'exemple fut suivi. D'illustres apologistes parurent. Justin, Athénagoras d'Athènes, Tertullien, Origène, firent entendre leur éloquence indignée, et souvent d'accusés devinrent accusateurs. Désormais il ne fut plus permis aux hommes instruits et équitables de négliger la doctrine nouvelle qui provoquait l'examen et demandait justice.
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