‹ Les premiers siècles du christianismeChapitre 40 sur 74 · JUSTIN · texte numérisé non relu

JUSTIN

Justin, l'apologiste, naquit à Sichem, ancienne capitale de Sann.iie.'dans les premières années du ne siècle. Après avoir étudié dans toutes les écoles de philosophie sans pouvoir, comme il nous l'apprend lui-môme, y trouver la vérité, il quitta lidolàtrie pour le christianisme. Mais, en devenant chrétien, il ne cessa pas d'aimer et de pratiquer la philosophie, « en ce qu'elle avait de conforme à cette parcelle de raison divine répandue partout, » 11 en conserva même les insignes, et pendant toute sa vie, couvrit du manteau platonicien le disciple du Christ. Le voyage qu'il avait fait à travers tout les sectes fut pour lui comme une marche progressivement ascendante vers le christianisme. C'est là qu'il découvrit « la ■ nce sublime et la vérité parfaite et irréfutable ». Justin avait trente ans lorsqu'il se fît chrétien. L'épicurien Ise venait de publier son Discours véritable contre le , hristianisme. Cctait la philosophie qui, pour la première is, apportait son concours aux édite de persécution. Justin sohit dès lors de répondre à la critique païenne et de faire luire la lumière sur les institutions et les pratiques de cette nouvelle qu'on voulait en même temps écraser et flétrir. Sa première apologie, composée vers Tanné.' 139, fut .dressée à l'empereur Antonin, à son fils adoptif. au sénat et au peuple romain. Elle respire d'un boni à l'autre une noble

indépendance.

« On vou> appelle, dit-il, princes, philosophes, gardiens et

amia de la justice : vos actes feront voir ce qu'il en est, Nous

ous flatter par cet écrit, mais vous demander

ju ; la plus exa.-te raison, et vous prierde n'écouter

,„ les préjugés, m la complaisance pour les superstitieux, ni

la passion, ni les faux bruits sernés depuis longtemps, pour rendre des jugements qui vous nuiraient à vous-mêmes. Car, en ce qui nous concerne, nous pensons que .personne ne nous

Le baptême aui premiers siècles de l'Église.

peut faire du mal tant qu'on ne pourra nous convaincre d'être des hommes méchants et criminels; vous pouvez nous tuer, mais vous ne pouvez nous nuire! »

Quelle éloquence, et aussi quelle force et quelle habileté de raisonnement dans le passage qui suit :

116 LES PBEMIERS SIÈCLES DU CHIUSTIANISM E

c On ne peut punir les chrétiens pour leur nom. C'est faire ssion de vertu que de k> porter... Est-ce donc que les

tiens conspirent contre l'État? Quand nous disons que nous attendons un royaume, ce n'est pas un royaume humain, mais le royaume de Dieu. Est-ce donc que nous menaçons l'ordre et la morale publique? Dire que rien n'échappe à la morale de Dieu, qu'il voit le méchant, l'avare, le perfide, c imme le vertueux et le juste, et donne à chacun, selon ses œuvres, la vie ou le supplice éternel, n'est-ce pas inviter à la vertu et détourner du crime?... Personne n'est plus exact que nous à payer l'impôt : nous reconnaissons volontiers votre une; nous adorons seulement un seul Dieu et croyons à l'immortalité qu'il nous a promise... Avec les démons, nous avons abandonné les débauches, l'ambition, l'insatiable avidité, et nous avons dit adieu aux meurtres et aux larcins. Nous partageons avec les pauvres tout ce que nous possédons; nous prions pour nos ennemis et pour ceux qui nous persécutent » Justin se garde bien d'oublier qu'il importait de justifier les

itiens au sujet de leurs assemblées et de leurs cérémonies, sur lesquelles étaient répandus tant de bruits absurdes ou de calomnies infamies. Et il nous trace un touchant et précieux t bleau qui, après dix-huit siècles, nous fait pénétrer dans ces réunions de nos premiers frères, où nous les voyons demandant leur régénération à l'eau purificatrice versée au nom de Dieu, père de toutes choses, du Sauveur Jésus-Christ et de l' Esprit-Saint, priant en commun pour les initiés et pour tous I fidèles, se saluant du baiser de paix, et recevant de la main

diacres le pain el le vin consacrés par l'oraison du Verbe

Dieu <t devenus la chair et le Bang de Jésus-Christ incarné.

usagi vous paraissent raisonnables, dit Justin eu

,.nant sa défense, respectez -les; si vous n'y voyez qu'un jeu, méprit ez-les comme un jeu ; mai* ne frappez pas. comme

des ennemis et des coupables, des gens qui n'ont fait aucun mal, car nous vous affirmons que vous n'échapperez pas au jugement de Dieu, si vous persévérez dans cette injustice. De

L'Eucharistie aux premiers siècles de l'Église.

notre côté, nous disons : Que la volonté du Seigneur soit faite! »

L'apologie de Justin fit impression sur l'empereur. Le règne d'Antonin fut un règne de trêve et de repos pour l'Église. Mais Antonin mort, la persécution recommença. C'est alors

166) que Justin adressa au sénat romain sa seconde apologie. Dans oel écrit, plus incisif, plus énergique peut-être que le premier, il reproche aux persécuteurs les procès iniques lesquels on arraelie. à l'aide «le tortures horribles, à des femmes, à des entants, à des esclaves, l'aveu de crimes su p- 3; il expose les nouvelles doctrines, et les met en parallèle avec les autres philosophies dont il démontre l'infériorité sur tous les points qui touchent à la connaissance de Dieu, de l'âme et de la morale. Puis, s'adressant aux païens, il leur (! mande de quel droit ils osent accuser les chrétiens de crimes monstrueux, de débauches inouïes :

a Pourquoi donc, si ces crimes étaient vrais, ne nous en vanterions-nous pas? Tuer un homme, ne serait-ce pas célébrer les mystères de Saturne? Déshonorer des enfants, se livrera la débauche et commettre des incestes, ne serait-ce pas imiter Jupiter?... Plût au ciel que quelqu'un s'écriât d'une voix tragique : Rougissez, vous, roug d'attribuer à des

hommes innocents ce que vous commettez au grand jour, et •le reprocher à des hommes sans tache des actions qui sont propres à vous et à vos dieux! »

Ce cri d'indignation jeté à la face du paganisme obtint sa récompense. Justin fut martyrisé en I

A.THÉNAGO

Alhénagoras étail d'Athènes, contemporain de Justin, mais de quelques années plus jeune. Comme Justin, il passa de la. philosophie au christianisme, et. comme lui. défendit la foi qu'il avait embrassée, ha date de l'apologie qu'il adressa à Maro-Aurèle et ,ï son iï!> Lucius Vérus Commode peut être placée entre 176 et 17'.». Dans cet écrit, comme dans celai qu'il cm ,11s le titre de : /<< /■ rectum dt . on

remarque un style d'une pureté vraiment attique qui rappelle les meilleurs modèles de l'antiquité.

« Il mit de l'esprit dans sa défense, » dit Chateaubriand.

Il y mit aussi l'accent énergique d'un cœur révolté par l'intolérance païenne. Nous en avons la preuve dans le passage qui suit :

« Les persécuteurs ne se contentent pas de nous enlever nos biens, sachant que nous y renonçons volontiers; ils nous attaquent dans notre existence par des accusations qui s'adresseraient mieux à ceux qui nous les opposent. Qu'ils nous convainquent du moindre tort, et nous ne refusons pas le plus cruel châtiment; mais tout ce qui nous a été imputé jusqu'ici n'est qu'une vague rumeur; aucun chrétien n'a jamais été convaincu de crime... Et il pourrait se faire que nous mangeassions des hommes! nous avons des serviteurs qui voient tout ce que nous faisons, et aucun d'eux n'a déposé contre nous. Comment tuerions-nous des hommes, nous qui traitons d'homicide l'avortement et l'exposition des enfants; nous qui ne pouvons même pas souffrir la vue de justes exécutions; nous qui ne supportons pas, comme vous, celle des gladiateurs et des bêtes féroces offerts en spectacle, et ne croyons pas qu'il y ait de différence entre celui qui assiste à un massacre et celui qui le commet. »

On a longtemps attribué à Athénagoras, sans doute à cause

du charme de son style, le roman des Amours honnêtes de

Théogène et de Charichlée. Disons en passant qu'il est reconnu

aujourd'hui que ce roman n'est pas de l'apologiste athénien.

Page 1