SAINT IRENEE. — LA PERSECUTION A LYON
Irénée avait puisé la foi aux sources primitives de la pure doctrine apostolique. Il avait eu pour maîtres, d'abord saint
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Polycarpe, évoque de Smyrne, puis saint Papias, évoque d'Hiérapolia C'est dans L'Asie Mineure, à Smyrne probablement, que naquit, vers l'an 140, celui qui devait être en même temps la lumière et la gloire de l'Église. L'enseignement du vénérable Polycarpe avait fait sur lui une si profonde impression, que, dans les dernières années de sa vie, il en rappelait encore avec précision jusqu'aux moindres détails.
« Je gravais ses instructions, dit-il, non sur des tablettes, mais au plus profond de mon cœur. J'ai toujours présentes ù l'esprit la gravité de sa démarche, la majesté de son visage, la pureté de sa vie, les saintes exhortations dont il nourrissait son peuple ; il me semble que je lui entends encore dire de quelle sorte il avait conversé avec saint Jean et avec plusieurs autres qui avaient vu Jésus-Christ, les paroles qu'il avait entendues de leur bouche, toutes les particularités qu'ils lui avaient apprises des miracles et de la doctrine du divin Sauveur; et tout ce qu'il en rapportait était conforme aux Keri-
tures. »
Irénée ne fut pas seulement un théologien versé dans toutes les études sacrées et prêt à lutter contre l'hérésie ou à répondre aux entiques des païens, il fut encore, dans toute l'étendue de l'expression, un érudit. Son àme ardente, disait ïertullien, était « curieuse de toutes les connaissances humaines ». Il axait pratiqué, sans y laisser une étincelle de sa ferveur, les philosophes et les poètes de la Grèce, et, dans ce commerce avec les grande génies des temps passés, il avait puisé une élégance, une grâce, une clarté que d'autres apologistes ont peut-être trop négligées. — Son nom signifie, en grec, « ami de la paix; » [renée étail l'homme de son nom. « Il se montra, dit ESusèbe, véritablement amateur de la paix par la douceur de ses mœurs, par la modération de sa conduite, et par les mouvements qu'il donna pour la procurer à l'Église. »
Envoyé eo mission dans les Gaules, il se rendit à Lyon, où
LES PIIKMIERS SIÈCLES DU CHIUSTI ANISME
l'évêque saint Pothin s'empressa de l'attacher à son église, comme prêtre. Le zèle qu'il déploya contre la secte de Monta-
Saint Irénée composant son Traité contre les Hérésies.
nus, qui, chassée de Piome, s'efforçait de pénétrer en Gaule, le désigna naturellement aux fidèles de Lyon pour porter au pape Éleuthère une lettre dans laquelle ils réclamaient, ainsi
que nous l'avons déjà dit, le concours de son autorité contre l'hérésie nouvelle. Le début de cette missive indique la haute influence qu'Irénée exerçail dans l'Église lyonnaise et la grande me qu'il y avait promptement conquise.
« Nous avons, disaient-ils. prié notre très cher frère et igue [renée de te remettre cette lettre; nous te le recommandons, et nous te prions de le regarder comme un homme brûlant d'ardeur pour l'Évangile de Jésus-Christ. Si nous dons que son mérite pût être relevé par sa dignité, nous te le recommanderions en qualité de prêtre. »
Or, tandis qu'il était à Rome, la persécution de Maro-Aurèle faisait couler en Gaule des flots de sang chrétien. Pothin, on le sait, fut l'une de ses premières victimes (178). Lesfidèlesde Lyon, persuadés qu'ils ne pourraient lui trouver un plus digne successeur, s'empressèrent de donner àlrénée son siège d'é vèque, '■il attendant que Sévère lui donnât sa couronne de martyr.
L'épiscopat d'Irénée dura vingt-quatre ans (178-202). Que de travaux accomplis pendant ce long espace de temps! Le successeur de saint Pothin avait tout à la fois à cicatriser les plaies saignantes de la persécution, à encourager les forts, : ranimer les faibles, à préserver son troupeau des erreurs du ninntanisme, à propager la foi, à intervenir auprès de la papauté sur des questions de rite qui menaçaient de diviser les ses d'Orient et d'< évident. 11 suffit à cette œuvra immense — Son livre : Exposition et réfutation des mensonges de la ijnnsc, plus généralement connus sous le titre de Traité contre * hérésies, est l'un des ouvrages les plus considérables de polémique chrétienne. La dernière partie contient l'opinion d'Irénée sur le millénaire, ou règne de mille ans, auquel il croyait comme son maître Papias, et comme saint Justin, son contemporain. Tache regrettable sans doute, mais qui disparait dan- l'ensemble de l'exposition de la doctrine chrétienne, et qu'Irénée, du reste, a lavée de son sang.
Infatigable apôtre, il parvint, dans un court espace de temps, selon le témoignage de Grégoire de Tours, à faire de Lyon une ville chrétienne. Par ses ordres, des missionnaires allèrent étendre la foi dans les pays voisins, et particulièrement à Valence et à Besançon. Enfin, grâce à sa médiation ferme et respectueuse, la grave question relative à la célébration de la Pâque, qui pouvait amener un schisme, fut réservée par le pape Victor, comme elle l'avait été par l'un de ses prédécesseurs, Anicet, sur les conseils de saint Polycarpe. Elle fut réglée dans des temps plus calmes (325) par le concile de Nicée, qui fixa le jour de la Pâque au dimanche qui suivait la pleine lune la plus rapprochée de l'équinoxe du printemps.
C'est au milieu de tous ces travaux que la persécution vint de nouveau frapper la capitale des Gaules. Elle y trouva un peuple de martyrs. Les ordres de l'empereur étaient impitoyables ; ils furent exécutés avec une véritable rage. Plus de formes judiciaires, plus d'instructions, plus d'interrogatoires. On égorgeait en masse. Les soldats du César romain entourèrent la ville, et tous ceux qui se déclaraient chrétiens étaient immédiatement immolés. Le sang inonda les places et les rues ; il descendit par torrents des hauteurs de la cité. La langue populaire a consacré ces souvenirs épouvantables; l'une de ces rampes ardues, qui conduisent à la montagne des martyrs, et d'où le sang tombait en cascades, s'appelle encore aujourd'hui « la montée du Gourguillon ». Une inscription ancienne, gravée sur la porte de la crypte souterraine où sont conservés les ossements des victimes de Sévère, nous apprend que le nombre des martyrs s'éleva à dix-neuf mille, et encore ne faudrait-il pas y comprendre les femmes et les enfants. Irénée tomba au milieu de son troupeau. Les actes de son supplice n'existent plus; ont-ils jamais existé? Il y avait alors des bourreaux et pas de juges.
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Un saint prêtre nommé Zacharie, qui échappa au carnage, prit soin, dit-on, de la sépulture d'Iréhée et lui succéda comme
pie.