‹ Les premiers siècles du christianismeChapitre 45 sur 74 · LA MORT DE SEPTIME-SÉVÈRE · texte numérisé non relu

LA MORT DE SEPTIME-SÉVÈRE

Lactance a écrit un livre qui a pour titre : De la mort des cuteurs. C'est le récit, comme il le dit lui-même, des châtiments dont le Juge céleste a usé envers les auteurs des persécutions qui ont afûi^r l'Église. Jetons un coup d'oeil sur les derniers moments de Sévère, et nous trouverons dans le spectacle qui va s'offrir à nous un nouvel argument au livre de l'apologiste chrétien.

A compagne de ses deux fils, Caracalla et Géta, Septime-

re s'était rendu dans la Grande-Bretagne, en l'an 208,

pour y réprimer une révolte des Calédoniens. La guerre fut

oe et terrible; les Romains y perdirenl plus de cinquante

mille hommes. Bien que goutteux et âgé. Sévère poursuivait

l'ennemi sans relâche, avec le fer et le feu, <lans ses reti

les plus inaccessihles. Épuisé de souffrances et de fatigui

a\;iit été forcé de confier à Caracalla le commandement de

l'armée. Ce monstre profita de sa situation pour séduire les

troupes el tenter d'assassiner son prie. Le complot ayant été

• ivert, l'empereur lit décapiter les plus coupables, mais il

pardonna à son dis, et cet acte de clémence, « unique dans

ie, dit un historien, fui plus nuisible au monde que toutes

i iules, i Rongé de chagrin, torturé par la goutte, le

vieil empereur, sentant sa tin approcher, appela près de lui

ses deux fils, et leur lit lire le discours .pie Salluste met dans

Micipsa, pour exhoi ter ses héritiers à la cono Il leur recommanda Burtout, ce qui est la principale habileté concilier les soldats par la libéralité, sans se

préoccuper du reste. Puis, leur montrant l'urne qui devait contenir ses cendres, il dit :

« Tu renfermeras bientôt celui que n'a pu contenir l'univers. »

Peu de jours auparavant, il avait donné ces ordres impitoyables :

« Que nul n'évite la mort, que nul n'échappe à l'épée, pas même l'enfant au sein de sa mère. »

Et il mourut incertain du succès de ses armes, en proie à tous les tourments qu'il avait fait subir à ses victimes, demandant à grands cris du poison, et ne pouvant en obtenir, sous le regard impatient de ce fils qui s'était déjà essayé au parricide, et qui ne devait pas tarder à se débarrasser d'un rival en égorgeant son frère. Il s'écria :

« J'ai été tout; que m'en revient-il? Rien. »

Ainsi mourut à Eboracum, le 4 février 211, l'empereur Lucius Septimius Sévère, à l'âge de près de soixante-six ans, après un règne de dix-sept ans et huit mois. Triste mais juste fin du tyran qui monta sur le trône par le meurtre, s'y affermit par le crime, et fut cruel jusqu'à sa dernière heure. La vengeance céleste ne se borna pas à lui infliger en ce moment suprême toutes les douleurs de l'âme et du corps. Elle poursuivit le persécuteur au delà même du tombeau, en lui donnant pour successeur Caracalla.

Page 1