‹ Les premiers siècles du christianismeChapitre 46 sur 74 · ALEXANDRE SÉVÈRE · texte numérisé non relu

ALEXANDRE SÉVÈRE

De la mort de Septimc-Sévôre à l'avènement de Maximin, c'est-à-dire dans l'espace de vingt-quatre ans, quatre empepeurs se succèdent sur le trône : Caracalla. Macrin, Élagabale et Alexandre Sévère. Tout entiers à leurs crimes et à leurs débauches, les trois premiers laissèrent l'Église en paix; Alexandre Sévère lui fut même favorable. Mammée, sa mère, avait fait venir autrefois d'Alexandrie à Antioche le jeune Origène el avait voulu l'entendre parler du Dieu et de la religion des chrétiens. Sans admettre qu'elle eût renoncé au paganisme, bien qu'Eusèbe le laisse supposer, et qu'Orosc, rien du v siècle, l'affirme, il es1 certain que cette femme, remarquable à tant d'égards, et qui pril un soin si particulier de l'éducation de son fils, conserva une vive impression des entretiens d'Origène, el qu'elle enseigna à son élève les piinde la morale évangélique. Elle lui apprit les destinées immortelles de l'âme, l'existence d'un Dieu unique, source de

toute justice, l'oubli des injures, l'amour du bien, l'horreur du mal. Sa main prudente l'éloigna de toutes les flatteries et de toutes les corruptions, et s'il put entrevoir les infamies de la cour d'Élagabale, ce spectacle, en excitant son dégoût, ne fit que redoubler son ardeur pour la vertu. N'oublions pas d'ailleurs que, né en Asie, et élevé sur les frontières mêmes de la Palestine, il avait en quelque sorte aspiré dès l'enfance le souffle spiritualiste des dogmes chrétiens, qui, de la Judée, se répandait sur le monde, chassant devant lui le polythéisme occidental. Tout se réunissait donc pour que cette âme droite, honnête, ardente au vrai, comprit l'inanité d'un fétichisme qui n'était que l'aliment grossier des superstitions de la foule. C'est à la vertu que le jeune prince rendait son culte, et il la vénérait dans tous ceux qu'il considérait comme ses plus augustes représentants : Abraham, Orphée, Jésus-Christ. Leurs images étaient placées dans son lararium, où, chaque matin, avant les travaux de la journée, il se renfermait pour méditer et prier. Il était accessible à tous, mais un héraut, sur le seuil de la porte d'audience, répétait à haute voix cette formule des mystères d'Eleusis :

« Que celui dont l'âme n'est pas innocente et pure s'abstienne d'entrer ici. »

Avant de faire graver sur le fronton de son palais et sur les édifices publics cette maxime qu'il tenait des chrétiens : Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu'on te fasse, il l'avait prise pour règle absolue de sa conduite. Sa cour était pleine de chrétiens; il y avait des chrétiens parmi les officiers qui approchaient le plus près de sa personne. Des évêques, des docteurs obtinrent ses bonnes grâces. Il consultait les usages des chrétiens, et, comme faisaient ceux-ci à l'égard des prêtres qu'ils choisissaient, Sévère publiait le nom des gouverneurs désignés pour les provinces, invitant ceux qui auraient des reproches à leur adresser à parler librement.

ili LES PHEMIERS SIÈCLES DU CHRISTIANISME

A sa mort, les chrétiens avaient acquis tant de force qu'au lieu de se réunir, comme par le passé, dans des maisons particulières, ou dans des lieux cachés, ils purent élever des églises, acheter de- terrains dans Rome, procéder publiquement à leurs élections, et accomplir sans entraves les cérémonies de leur culte. Sévère leur adjugea lui-môme, pour eD faire une église, un ancien édifice public que leur disputaient des marchands de comestibles, qui voulaient en faire une halle.

Ainsi, grâce à la protection éclairée de ce prince qu'un pas seulement séparait de la vérité, le christianisme sortait enfin des catacombes, prenait sa place au grand jour, et pouvait entrevoir déjà, dans un avenir que tant d'épreuves toutefois (lovaient traverser encore, le moment où, vainqueur des dernières résistances, maître des cœurs et des âmes, il entrerait triomphant dans les conseils de l'État et dans la politique du gouvernement.

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