MAXIMIN (235-238) — SEPTIÈME PERSÉCUTION
L'empire sembla se lasser d'un prince qui, à Page où tant d'autres ont encore tout à apprendre, avait déjà fait preuve de qualités admirables et accompli de grandes choses. Alexandre avait vingt-six ans à peine lorsqu'il dut aller sur les bords du Danube refouler une invasion de Germains. Il y fut égorgé. Son meurtrier, Maximin, était un barbare, Thrace de i Bance, Goth par son père. Alain par sa mère, inscrit dans les gardes de Sévère, trente-deux ans auparavant, à cause de sa belle mine, de sa taille gigantesque et de sa force extraordi oaire, protégé par les buts de Sévère et toul partieu-
ment par Alexandre. La nature lui avait donné tool ce qui pouvait assurer le succès. Les Romains admiraient ce lats l'appelaient Hercule et Ajax. Proclamé' par
les troupes, confirmé par le sénat, Maximin donna carrière à son humeur sanguinaire. Il avait pour principe que le pouvoir ne se conserve que par la cruauté. Sa rage tomba d'abord sur ceux qui avaient été les serviteurs ou les favoris de son ancien bienfaiteur, et dès lors un grand nombre de chrétiens de tout rang et de tout sexe se trouvèrent enveloppés dans le massacre.
Un fait qui se produisit aux premiers jours de son commandement fut, selon toute probabilité, l'origine de la persécution générale. Un jour que Maximin faisait des largesses à ses soldats défilant devant lui avec des couronnes de laurier sur la tête, l'un d'eux vint à passer, tête nue et portant sa couronne à la main. Un tribun signala cet homme à l'empereur, qui lui demanda pourquoi il se présentait devant lui autrement que ses camarades :
« ,Je suis chrétien, dit le soldat, et ma religion ne me permet pas de porter vos couronnes. »
Cette fière réponse exaspéra les fureurs du barbare, et les édits de persécution furent publiés.
Il y eut alors des supplices nouveaux. Enfermés dans des peaux de bêtes fraîchement tuées, les chrétiens étaient jetés en pâture aux lions et aux ours. On les crucifiait avec des criminels; on les égorgeait en masse. Ceux qui enseignaient le peuple et dirigeaient l'Église, c'est-à-dire les prêtres et les évêques, furent surtout l'objet de poursuites et de condamnations implacables. Deux papes, saint Pontien et saint Antère, sont généralement considérés comme ayant été victimes de la persécution de Maximin. De nombreuses églises, que la tolérance du dernier empereur avait laissé construire, furent pillées et brûlées.
Dans le Pont et la Cappadoce, un tremblement de terre qui causa quelques désastres fut attribué aux maléfices des chrétiens. On fit couler leur sang pour apaiser les dieux. La mort violente du tyran mit seule un terme à la persécution.
PHILIPPE l'arabe (244-249)
Tout en combattant les deux premiers Gordien, puis le soldat Maxime Pupien et le jurisconsulte Claude Balbin, que le sénat lui avait opposé dans l'espoir d'écraser un odieux tyran, Maximin n'avait pas cessé de mener de front et la guerre contre ses ennemis du dedans ou du dehors, et la persécution contre les chrétiens. Mais ceux-ci respirèrent sous Gordien III (238-244), et lorsqu'un crime eut donné le trône de ce jeune prince à l'Arabe Philippe, ils purent croire pendant quelques années que les beaux jours d'Alexandre Sévère étaient revenus pour eux.
Une tradition qui s'appuie, il faut le reconnaître, sur des autorités respectables, représente Philippe comme ayant appartenu à la religion chrétienne.
Eusèbe, sans se prononcer toutefois, cite des lettres qu'Origène aurait adressérs à l'empereur ainsi qu'à sa femme, L'impératrice Marcia Otacilla Sévéra. Plusieurs écrivains ecclésiastiques attestent qu'il fut chrétien, et il résulte d'un passage de saint Jérôme, qu'aux solennités de Pâques, Philippe B'étant présenté dans l'église d'Antioche pour prendre part à la fôte, l'évêque saint Babylas le repoussa comme meurtrier de Gordien, et lui imposa une pénitence à laquelle il se soumit. Ce qui est certain, c'est qu'il favorisa la religion chrétienne, qu'il gouverna avec douceur et avec justice, et que Rome lui dut des mesures auxquelles la morale publique ne pouvait qu'applaudir. Bien qu'il y ait eu dans la vie de Philippe une époque où • tout à coup il parut meilleur », ainsi que le remarque ! net, l'Église ne saurait avoir un grand intérôl à réclamer comme un de ses prosélytes cet Arabe, fils d'un chef de voleurs, qui, apri avoir, selon toute probabilité, empoisonné
Misithée, le sage conseiller de Gordien, et sans nul doute assassiné Gordien lui-même, conclut une paix honteuse avec Sapor, roi des Perses, et lui vendit une fraction du territoire romain. Il paraîtrait plus sage d'adopter sur ce point l'opinion des anciens auteurs qui considèrent, non pas Philippe, mais Constantin, comme le premier empereur chrétien.
décius (249-251)
Les légions s'étant révoltées, Philippe avait chargé un Pannonien, déjà célèbre sous Maximin, Quintus Trajanus Décius, de les faire rentrer dans le devoir. Décius, arrivé au camp, se laissa proclamer empereur, marcha contre son maître, qu'il rencontra près de Ravenne, le battit, le tua et lui trancha la tête. À Rome, les prétoriens égorgèrent le César enfant que Philippe avait confié à leur garde, et le sénat s'empressa de couronner le traître et le meurtrier.
Tel est l'homme dont le nom, dans l'histoire sanglante des premiers âges du christianisme, se place tout à côté de celui de Néron et de Domitien. Mais comment devint-il l'un des plus implacables persécuteurs? C'est ce qu'il convient d'expliquer.
Décius, en prenant le pouvoir, avait été effrayé de l'état de dissolution dans lequel l'empire semblait se précipiter. D'un côté, les mœurs corrompues au dernier degré, les anciennes institutions foulées aux pieds, le sénat, l'ordre équestre, souillés d'éléments impurs, les impôts mal répartis, la justice vénale; de l'autre, les temples déserts, les dieux méprisés. Décius eut l'idée de se faire réformateur. Il rétablit la censure; il frappa le christianisme. Mais que pouvait la censure dans les circonstances actuelles? Comment espérer que la dépravation armée se soumettrait à une magistrature sans armes? Et d'ailleurs
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