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L'EMPIRE SOUS GALLIEN ET LES TYRANS. — LES CHRÉTIENS DURANT LA PESTE

Pendant la captivité de Valérien et les huit années qui sui- .l'iit. L'empire romain présenta un spectacle affreux. Les Barbares franchissent les frontières; l'Egypte se révolte; la Gaule et l'Asie sont perdues. Trente, ou plus sûrement dixueul tyrans surgissent sur les différents points du territoire, se pariaient le commandcmcnl des armées, se battenl entre eux, résistent aux troupes du César de Rome, repoussent ou appellent à leur secours les ennemis du dehors. Gallien, coulé de Heurs, passe sa vie dans les festins et les jeux, indif-

férent à tout, excepté lorsque le bruit d'une rébellion ou d'une invasion trop voisine menace sa paix. Terrible alors et féroce défenseur de son repos, il donne des ordres impitoyables : il écrit à l'un de ses officiers en Illyrie, où venait de se révolter Ingéniais, souverain improvisé par l'armée :

« N'épargnez pas les mâles, quel que soit leur âge, enfants ou vieillards. Tuez quiconque s'est permis une parole, une pensée contre moi. »

Et tout en s'amusant à des jeux d'enfant avec des roses ou des fruits, il fait mettre a mort quatre ou cinq mille soldats rebelles. Puis, selon la parole de Chateaubriand, « il se replonge avec activité dans sa paresse. »

La terre, faute de culture, cesse de produire. Famine, tremblements de terre, inondations, météores étranges dans le ciel, ténèbres surnaturelles, et, pour couronnement à toutes ces calamités, la peste. La peste, à Rome seulement, emporte parfois cinq mille personnes en un jour. Elle ravage Alexandrie avec la même violence. Mais tandis que les païens se lamentent, fuient effarés, se déchirent dans les rues, ou s'enferment dans leurs demeures comme dans des forteresses, les chrétiens ne trouvent dans le fléau qu'une occasion d'exercer la plus héroïque charité. Eux seuls ont le courage de secourir les malades.

« Ils les visitent, dit saint Denis d'Alexandrie, ils les consolent, ils les soulagent; ils ne sont point arrêtés par le danger de gagner eux-mêmes la maladie, de sorte que plusieurs sont morts en guérissant les autres. Beaucoup de prêtres, de diacres, de laïques vertueux ont aussi sacrifié leur vie; mais ceux qui restent prennent leur place et continuent de rendre aux malades les mêmes services. Les païens, au contraire, prennent la fuite; ils abandonnent ceux qu'ils aimaient le plus; ils les jettent dans les rues, même avant leur mort, et ils laissent les corps sans sépulture comme du fumier, tant

ils craignent de contracter la maladie, que toutefois ils n'évitent pas

Au milieu de toutes ces désolations, le lâche Gallicn meurt ssiné devant Milan. Claude II reçoit la pourpre, qu'il 1 à Aurélien, «près avoir, pendant deux :m>, suspendu par son courage la décadence de l'empire.

aurélien (270-275)

Ce que la valeur de Claude avait commencé, la main de fer d'Aurélien l'acheva. Après avoir contenu, repoussé ou écrasé les ennemis du dehors, ce soldat d'aventure, qui se montra ■ iit à la hauteur de sa fortune inattendue, s'occupa mes que l'administration intérieure exigeait. 11 y apporta sa rigueur naturellement excessive, qu'il poussa bientôt jusqu'à la cruauté. Dans les commencements de son règne, il avait laissé les ens en paix, non pas qu'il leur lut favoral

comme «m l'a cru, mais uniquement parce que les grandes guerres des frontières l'absorbaient tout entier. Itéjà. lors de son passage dans les Gaules, où il était allé combattit : vaincre Tétricus, il était sur le point de signer un édit de persécution, quand la foudre tombant tout à coup presque à ses pieds lui lit ajourner l'exécution de ses ordres contre les chrétiens. Une fois maître de l'empire pacifié, il n'hésita plus à

r le sanjj d'une secte « ennemie dis dieux et du peuple

romain

« Il méditait une persécution générale, dit Eusèbe, mais la mort violente, qui, de Commode à Constantin,

l'rap; [ue tous les princes ,1,. ces temps malheureux,

empêcha la i tion de ses pi

11 ne- mourut pas cependant sans avoir trempé ses mains

>it qu'il eût donné désordres form

comme l'atteste Lactance, soit que sa haine bien connue contre les fidèles ait suffi pour stimuler le zèle des magistrats, il y eut des martyrs sous son règne. Le pape Félix 1er souffrit le '22 décembre 274. En Lycaonie, saint Comon et son jeune fils furent jetés dans l'huile bouillante. Dans les Gaules périrent saint Firmin, premier évêque d'Amiens; saint Lucien, premier évêque de Beauvais; saint Denys, premier évéque de Paris. Denys, l'apôtre des Gaules, le fondateur des Églises de Chartres, de Senlis, de Meaux, de Cologne, etc., fut arrêté avec le prêtre Bustique et le diacre Éleuthère. Tous trois, après avoir été cruellement tourmentés, eurent la tête tranchée sur cette colline de Lutèce, que les chrétiens appelèrent dès lors morts Martyrum, et qui est aujourd'hui Montmartre.

LE CHRISTIANISME A LA FIN DU Ilie SIÈCLE (275-300)

Les successeurs d'Aurélien, Tacite, Probus, Carus, Carin et Numérien, donnèrent la paix à l'Église. Dioclétien lui-même, qui devait lui porter des coups si terribles, ne l'inquiéta point dans les premières années de son règne, de sorte que, pendant vingt-huit ans, elle jouit encore d'une de ces trêves que la Providence lui avait ménagées de temps en temps comme pour lui permettre de reprendre haleine, de se consolider dans la foi, et de faire éclater aux yeux du monde les grandes vérités qui devaient le régénérer.

Dans cet intervalle, on releva les temples chrétiens brûlés sous Maximin, on en construisit de nouveaux, on agrandit ceux qui avaient été épargnés. Les conversions se multipliaient partout. Le pape Fabien avait envoyé dans les Gaules plusieurs évoques apostoliques chargés d'y continuer l'œuvre d'Irénée, et parmi eux saint Paul, qui fonda les Églises de Narbonne, de Béziers et d'Avignon; saint Martial, premier

évoque de 1 saint Gatien, premier évêque do Tour?;

saint Taurin, premier évêque d'Évreux; saint Ast rémoine,

le l'Auvergne. Ces missionnaires zélés cicatrisèrent

que la persécution avait laites à l'Église

l'heure du triomphe n'avait pas encore sonné

pour la - du Christ. Le paganisme résistait d'ailleurs

une habileté extraordinaii de la o nouvelle semblaient le réveiller de sa torpeur et

lui i qui l'avaient abandonné depuis 1(

ninent historien, César Cantu, peint parfaitement

« L as, dit-il, qui n'avaient qu'indifférence ou mépris

pour leui in, s'y attachèrent par esprit de réaction quand

mirent à en démontrer la fausseté et l'indé-

idirent que les doctrines ou les pratiques dont

le bon sens faisait justice dès qu'on les connaissait, étaient des

additions populaires ou «les symboles d'une sagesse mysté-

e et d'une morale sublime. On revint donc au respect

des anciennes fables, et le dépit de les voir dénigrées parles

nouveaux sectaires fil qu'on voulut les soutenir par tous les

Moyens. Les sacrifices lurent en conséquence plus multipliés,

plus pompeux que jamais, et l'on eu introduisit môme de nouveaux. Des initiations et des expiations, destinées à suppléer à ce que l'Église promettait par le baptême et la con- >n, furent proposées aux croyants. Puis vinrent les miracles, les prophètes, les oracles, les guérisons aux temples

tllape; le fanatisme du peuple s'en exalta tellement que

les villes et les corporations demandaient à l'envi aux empereurs l'exécution des anciennes lois, c'est-à-du e l'extermination

■ lu 'i uns. »

Dioclétien ne «levait pas taider à prêter l'oreille aux réclamation- du peuple et à leur donner satisfaction.

Catacombes de Saint- Calliste.

LES PAPES DU Ilie SIÈCLE

Quinze popes se succèdent sur la chaire de saint Pierre, pendant le me siècle.

Ce sont :

Zéphirin (202-219), Romain de naissance; l'Église célèbre sa fête le 26 juillet.

Calixte (219-223), né à Rome dans l'esclavage; institua le jeûne des Quatre-Temps; fonda, sur le chemin de Rome à Ardée, le cimetière chrétien, qui s'appela d'abord les catacombes de Calixte, et qui s'appelle aujourd'hui le cimetière de Saint-Sébastien. Une inscription placée sur la porte fait connaître qu'il renferme cent soixante-quatorze mille martyrs.

Urbain 1er (223-230); son père, Pontianus, était l'un des principaux citoyens de Rome; fut enterré aux catacombes de Calixte; ses reliques sont vénérées comme celles d'un martyr.

Pontien (230-235), Romain, issu de l'illustre famille Calpurnia. exilé sous Maximin dans l'île de Tavolato, voisine de la Sardaigne, où il mourut de misère et d'abandon. Saint Fabien fit rapporter son corps à Rome.

Antère (225-236), Grec de naissance, martyr sous Maximin.

Fabien (236-251), martyr sous Décius, combattit les hérétiques, entre autres Privatus, évêque de Lambesa, en Afrique, et envoya des missionnaires dans les Gaules.

Corneille (251-252), exilé sous Décius à Centum Cellae (Civita-Vecchia), où il mourut. Son corps fut, dit-on, transporté à Compiègne, dans l'abbaye qui porte son nom.

Lucius 1er (252-253), né probablement à Rome; exilé sous Décius avec saint Corneille à Civita-Vecchia; martyr sous Valérien.

Etienne 1er (253-257), Romain, martyr sous Valérien, com-

Il LES PREMIERS SIÈCLES DU CHRISTIANISME

battil avec zèle les erreurs de Martien, évoque d'Arles, qui avait embrassé les doctrines de Novatien touchant L'exclusion absolue de la communion chrétienne de tous ceux qui, pen- ,],i,it [es |" rsécutions, avaient eu la faiblesse de retomber momentanément dans l'idolâtrie. Il s'éleva également contre Basilide, évêque de Mérida, et contre Martial, évoque de Léon et d'Astorga, accusés d'être « lihellatiques », c'est-à-dire d'approuver ceux qui, à prix d'argent, obtenaient des magistrats un certificat attestant qu'ils avaient sacrifié aux dieux. Sixte 11 (257-259), né à Athènes, martyr sous Valérien. iys (259-269), né en Calabre; condamna l'hérésie de Sabellius, qui n'admettait aucune distinction entre les trois personnes de la Trinité. Saint Basile l'appelle « un homme illustre par l'intégrité de sa foi et par ses vertus de toutes sortes ».

Félix (269-275), Romain, lutta contre les novateurs et surtout contre Sabellius et Paul de Samosate; martyr sous Aurélien.

Eutychien (275-283), né à Luni; institua l'offertoire de la messe; prit des mesures sévères dans l'intérêt de la discipline religieuse.

Caîus (283-296), d'origine dalmate, neveu de Dioctétien; obligé de s'enfuir de Rome pour échapper aux premières poursuites dirigées contre les chrétiens, sous le gouvernement de Dioctétien et de Maximin, il ne cessa, du fond de sa retraite, d'exhorter les confesseurs et les martyrs. C'était, disent les historiens, un homme d'une rare prudence et d'une vertu courageuse.

Mai-eellin (296-308), iils d'un riche citoyen romain nommé Projectus, converti à la foi chrétienne. Son pontifical a été .•n anglanté par la terrible persécution de Dioctétien. Pétiliua et les Donatistes l'accusèrent d'avoir sacrifié aux idoles. Saint Augustin a répondu à cette calomnie :

« Ou appelle Marcellin scélérat, sacrilège; moi. je le déclara

innocent. Il n'est pas nécessaire que je me fatigue pour prouver sa défense; car Pétilius ne se hasarde pas à prouver son accusation. »

La plupart des écrivains ecclésiastiques, d'accord avec saint Augustin, proclament le courage et la foi de Marcellin.

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