‹ Les premiers siècles du christianismeChapitre 52 sur 74 · PARTAGE DE L'EMPIRE — GALÉRIUS ET LES CHRÉTIENS · texte numérisé non relu

PARTAGE DE L'EMPIRE — GALÉRIUS ET LES CHRÉTIENS

Le règne de Dioclétien (C. Valerius Jovius Diocletianus), qui embrasse une période de vingt ans, a été souvent appelé, dans l'histoire : « l'ère de Dioclétien. » Les chrétiens l'ont appelé : « l'ère des martyrs. »

Or, comment s'accomplit l'acte qui vint tout à coup déshonorer un règne longtemps sage et modéré? Quelle est, d'un autre côté, la part de solidarité qui doit être attribuée à Dioclétien dans ce grand crime et dans cette grande faute? c'est ce qu'il est nécessaire d'cxpliqun \

Dioclétien, proclamé par les Légions, trouva l'empire dans une situation peu rassurante : insubordination générale dans les troupes, invasion des barbares, révolte des Bagaudes dans Gaules, insurrection de Carrausius dans la Grande-Bre- L'édifice politique d'Auguste s'écroulait Une reconstruction totale était indispensable, d'iivre immense qui dépassait les forces d'un seul homme. Dioclétien n'hésita pas à

partager le pouvoir. Le 1er avril 286, il s'adjoignit un de ses anciens compagnons d'armes, Maximien, avec le titre d'Auguste. Dioclétien adopta le surnom de Jovien, son collègue celui d'Hercule, indiquant ainsi que l'un était la sagesse qui dirige, l'autre la force qui exécute. Quelques années après, comme les difficultés étaient loin d'être aplanies, les Perses ayant pris la Mésopotamie, les Goths, les Germains, les Sarmates occupant les frontières du Rhin et du Danube, prêts à les franchir, les deux Augustes s'associèrent deux Césars : Constance Chlore (le pâle) et Galérius. Ils se divisèrent l'empire.

Dioclétien se réserva la Thrace, l'Egypte, la Syrie, l'Asie, et établit sa cour à Nicomédie.

Il donna à Maximien l'Italie, l'Afrique, la Sicile et les îles de la mer Tyrrhénienne, avec Milan pour capitale.

Constance eut la Bretagne, la Gaule et l'Espagne; Trêves fut le siège de son gouvernement.

Galérius alla fixer sa résidence à Sirmium, ayant sous son commandement la Grèce, l'Ulyrie et les bords du Danube.

Dioclétien, fils d'un affranchi dalmate, soldat de fortune, vaste esprit, âme faible : « Tout ce qu'il a fait de grand et de petit, dit Chateaubriand, découle de l'une ou de l'autre de ces sources. »

Maximien, fils d'un paysan, rude, ignorant, grossier, mais brave et expérimenté, soumis d'ailleurs à l'ascendant et à la supériorité de son collègue.

Constance, cœur honnête, loyal et clément, estimé des païens, aimé à juste titre des chrétiens, qu'il protégeait.

Galérius, Dace d'origine, berger dans son enfance, le mauvais génie de l'empire et de l'empereur, souple, ambitieux, rusé, superstitieux, cruel.

Tels étaient les quatre hommes qui commandaient au monde. L'organisation nouvelle produisit rapidement des résultats favo-

râbles. Les provinces pacifiées, les barbares repoussés, la paix conclue avec les Perses, Rome célébra la brillante série de victoires par un triomphe splendide. Dioclétien, déjà vieux. souffrant, las du pouvoir peut-être, rentra à Nicomédie, après une apparition de treize jours à Rome. Galérius le suivit bientôt dans sa capitale de l'orient. C'était dans l'hiver de 302 03. Entouré de sophistes, défenseurs acharnés des vieilles croyances, excité par sa mère, paysanne fanatique, que 1chrétiens avaient outragée en refusant de sacrifier avec elle aux dieux des montagnes, Galérius avait juré d'obtenir de l'empereur un édit de persécution. Il manoeuvra habilement : mais, si affaibb" qu'il fût, l'esprit prudent et modéré de Dioclétien résistait aux mesures extrêmes. Galérius ne se découragea pas. Aidé de quelques personnages éminents, il ne cessait de représenter au prince le danger de la situation : les temples abandonnés, les écoles des philosophes désertes, la secte des chrétiens se multipliant de plus en plus, formant un véritable État dans l'État, entravant l'action de l'autorité légitime, et décomposant ainsi l'indispensable unité des lois et des croyances. C'était une question de vie ou de mort pour l'empire. L'empereur pouvait-il hésiter?... 11 hésita, car il ail que l'administration aussi bien que l'année n'avaient qu'à se louer .1rs chrétiens, soit comme fonctionnaires, soit comme soldais. Les chrétiens qui remplissaient sou palais - plus fidèles serviteurs; il les avait entourés de sa tolérance, mieux encore de son estime, si bien que sûrs de dispositions favorables, leschrétiens de Nicomédie avaient instruit leur église sur une hauteur, en vue même du palais impérial. Il n'ignorai! pas en outre que sa femme, l'impératrice Prisca, et sa fille Valéria, objets de sa plus tendre affection, avaient embrassé la religion nouvelle. Frappera-t-il à la toul ce qu'il aime, tout ce qu'il respecte, tout ce qu'il a .m devoir au moins tolérer? Après plusieurs mois d'une

Un chrétien indigné avait déchiré l'édit.

lutte sans répit, il céda. Un premier édit de proscription générale fut signé, mais sous cette condition qu'aucune violence personnelle ne serait exercée.

Le 23 février 303, jour des fêtes Terminales, le préfet du prétoire et les principaux fonctionnaires entrèrent de force dans l'église de Nicomédie. Les saintes Écritures furent brûlées, le temple fut abattu.

Le lendemain, l'édit fut promulgué et affiché dans les rues de Nicomédie. Les églises devaient être démolies dans toutes les provinces, les livres saints jetés aux flammes, les biens des églises vendus à l'encan ou confisqués. Défense, sous peine de mort, d'assister à des conventicules secrets. Le refus de rendre hommage aux dieux était puni, pour les hommes libres, par l'exclusion des honneurs et des emplois; pour les esclaves, par la perte de tout espoir d'affranchissement. Les uns et les autres, du reste, mis hors la loi, n'avaient ni la faculté de se défendre ni le droit de se plaindre.

Ce décret, si despotique qu'il fût, ne satisfaisait pas Galérius. Il y manquait les supplices et le sang. L'occasion de le compléter se présenta bientôt. Un chrétien, indigné, avait déchiré l'édit : Galérius s'écria que les impies venaient d'offenser la majesté impériale dans la manifestation de ses volontés sacrées, « en attendant qu'ils l'attaquassent dans sa personne elle-même. » Il eut soin que la prédiction ne tardât pas à s'accomplir. Deux fois, dans cette même journée, le feu se déclara au palais de l'empereur; plus de doute possible, une vaste conspiration unissait tous les chrétiens, et Galérius triomphant obtint les décrets atroces qui, pendant dix années, inondèrent le monde de sang innocent.

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